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Les organisateurs de la conférence débat qui avait lieu à 18H quai Turgot à Montluçon peuvent être satisfaits, car les deux intervenants ont été tout deux captivants.

Le thème qui avait été choisi était celui du titre de l'ouvrage co-signé par Maryse Dumas et Robert Guédiguian "Parlons Politique" aux éditions Arcane et plus précisément Communisme, nouvelle génération.

C'est Maryse Dumas qui a pris la parole en premier. Il n'est pas très étonnant qu'elle ait commencé à réaffirmer la nécessité de la séparation de l'activité syndicale par rapport au politique comme étant la condition sine qua non de son indépendance. Chacun ayant son rôle dans la société. L'un posant les revendications des salariés, l'autre jouant son rôle d'acteur politique. Une mise au point dès le départ qu'il importait pour elle de rappeler afin de mieux appréhender le cadre de l'engagement politique et le respect vis à vis de l'engagement syndical. Pour tous les syndicalistes, ce rappel était frappé du sceau du bon sens car c'est ce principe même qui est inscrit dans la charte d’Amiens et qui n'a pas toujours été respecté par les uns et les autres. Dans ce sens Maryse Dumas a vivement souhaité que les partis politiques de gauche se prononcent à propos de ce principe d'indépendance et le disent clairement. Oui ou non approuvent-ils que les syndicats soient considérés comme indépendants du politique ?

La syndicaliste a ensuite expliqué comment, une fois "libérée" de ses mandats confédéraux, elle a été contactée par les éditions Arcane pour le projet de ce livre "Parlons politique". L'éditrice lui a proposé que ce livre soit conçu sous la forme d'un entretien avec une personnalité du monde culturel. Et ce fut Robert Guédiguian qui accepta de jouer ce rôle. L'affaire était donc d'autant bien engagée qu'entre les deux, le courant passa vite et bien. l'entretien fut très dense. Tellement dense qu'il fallut par la suite "tailler à la serpe" dans le dialogue initial car le livre devait paraitre dans un format raccourci.

Cet ouvrage fut édité en 2011, c'est à dire avant l'élection de François Hollande à la présidence de la république. Pourtant les deux auteurs n'ont pas le sentiment que beaucoup de choses aient changées depuis qu'ils ont été actrice et acteur de cet entretien.

la première observation de Maryse Dumas est qu'il y a dans la société actuelle un sentiment d'impuissance parmi la population par rapport aux décisions qui sont prises en dehors d'eux, comme si plus personne ne pouvait maîtriser les évènements, entendu que ces décisions sont prises ailleurs et qu'elles tombent de haut sans que l'on puisse agir et peser pour être écouté. Pourtant, ce n'est pas faute de ne pas avoir tenté de se faire entendre. Par le vote certes, mais aussi par les manifestations. D'où le sentiment pour beaucoup d'avoir tout essayé pour être entendu et "d'avoir échoué". Ce sentiment de l'échec est d'autant plus dangereux pour la syndicaliste qu'il peut conduire à essayer, par désespoir, ce qui peut malheureusement apparaitre à certains comme l'ultime recours : Le vote pour le front national, (ce que l'actualité confirme), et c'est une chose excessivement grave pour notre pays.

C'est cette réflexion qui a conduit Maryse Dumas à se poser la question "Qu'est-que c'est la politique ?" et voir au delà du simple bulletin de vote. "La politique à gauche s'est construite sur un projet émancipateur" ajoute-elle. Or à l'heure actuelle une grande majorité de personnes, si elles admettent que la lutte de classe existe, ont du mal à identifier la classe à laquelle elles appartiennent.

On a donc besoin de repenser la politique et de faire le point. Où sont les pouvoirs réels ? Sont-ils politiques ou économiques ? Nationaux ou transnationaux ? Et si le pouvoir se situe au niveau économique, alors peut être faut-il avoir une stratégie globale de conquête du pouvoir économique. Or de stratégie globale, il n'y en pas et les gens qui nous entourent le ressentent. Quand les gens disent "tous pourris", peut être que cela veut dire en réalité "tous impuissants". D'où l'idée que certains se font des élus qui sont perçus comme des carriéristes avec une représentation nationale très décalée par rapport à la réalité sociétale (peu d'ouvriers et de femmes à l'assemblée nationale).

Tout ceci doit nous inciter, continue Maryse Dumas, à aborder aujourd'hui, autrement la politique. Car la politique n'est pas affaire de carrière. C'est ce que peuvent faire les gens au quotidien dans leur quartiers, mais aussi dans les luttes.

la conséquence logique de cette analyse aboutit à une conclusion logique. Celle qui consiste à affirmer que les travailleurs doivent aussi investir le champs politique pour le transformer et le faire recoller aux réalités sociales.

A écouter Maryse Dumas, on ne peut s'empêcher de se poser une question qui relève encore actuellement d'un tabou : La charte d'Amiens qui affirmait comme principe intangible et indépassable, la nécessité de l'indépendance du syndicat par rapport aux partis politiques, n'a t-elle pas dissuadé beaucoup de travailleurs et parmi eux, des syndicalistes à s'impliquer dans la politique, laissant ainsi le champ libre aux "professionnels carriéristes" ?

Toujours est-il que la syndicaliste se pose aujourd'hui la question de savoir comment les couches modestes peuvent réinvestir ce champ et redonner un sens au mot démocratie (pouvoir exercé par le peuple).

Pour autant, le tableau n'est pas si noir, car elle note tout de même qu'il existe un vrai "foisonnement" démocratique au travers d'associations et de groupements citoyens, mais qui n'aboutit pourtant pas à une prise de pouvoir sur l'économique faute de stratégie globale de conquête. "Il faut donc réfléchir à fédérer tous ces foisonnement citoyens pour que montent des exigences, car c'est par la mise en œuvre du plus grand nombre que l'on y arrivera" conclut-elle.

Robert Guédiguian c'est le cinéaste chéri de la classe ouvrière. Pierre Goldberg rappelle dans la présentation qu'il fait de lui ce soir là que son père travaillait sur les quais. On lui doit plusieurs films magnifiques comme "Rouge midi" (1983), "Marius et Jeannette" (1997), "A l'Attaque" ou encore "l'armée du crime" (2009) "les neiges du Kilimandjaro" (2011). Pierre Goldberg aura cette jolie formule "dans nos cœurs, vous avez la palme d'or".

Pour Robert Guédiguian la politique est en crise. "Faire de la politique est vécu comme une punition, il parait que ce serait pénible" et plus loin "mais on affirme pas assez que faire de la politique au quotidien, c'est amusant, c'est enrichissant, c'est ludique, cela nous apprend à parler, cela nous apprend à lire, cela nous fait rencontrer d'autres gens, bref, c'est une participation au monde, car c'est social, c'est convivial, c'est rigolo de faire de la politique". Mais, souligne le cinéaste, "il faut trouver une autre façon de faire de la politique, de manière intermittente par exemple".

D'une certaine manière Robert Guédiguian dit comprendre l'abstention grandissante qui vient selon lui de l'absence de programme. C'est vrai dit-il pour le parti socialiste qui lors de la primaire des présidentielles alignait 6 candidats, preuve pour lui que ce parti n'avait pas de programme, car s'il en avait été ainsi, il n'y aurait pas eu 6 candidats. Et tout ceci est d'autant plus vrai que le lendemain de l'élection, ces gens font l'inverse de ce qu'ils ont promis la veille. C'est la raison pour laquelle, conclut à son tour l'intervenant, il faut penser à transmettre l'envie de faire de la politique autrement, comme il l'indiquait juste avant.

Les interventions de la salle ont été nombreuses. Difficile de toutes les relayer ici. Disons simplement que quelques pistes ont été évoquées et on donné lieu à des échanges passionnés. Par exemple le problème du cumul des mandats a été évoqué pour expliquer pour partie la professionnalisation de la politique. L'intervention de Mireille Schurch a été particulièrement émouvante. Elle a fait part de son expérience d'élue (Sénatrice) et se dit absolument opposée au cumul des mandats et dans la durée et dans le nombre, car elle a pu vérifier les effets que produisent un tel système qui permet de cumuler sans retenue des mandats. "Il faut que les élus puissent continuer à faire le courses, faire le ménage pour rester collé à la réalité, car certains ne connaissent même plus le prix de la baguette". La sénatrice annonce t-elle "en creux" qu'elle ne briguera pas un second mandat au sénat ? C'est bien possible. En tout cas, ce serait logique.

Maryse Dumas et Robert Guédiguian

Maryse Dumas et Robert Guédiguian

Alain Passat présente le parcours de Maryse Dumas

Alain Passat présente le parcours de Maryse Dumas

Beaucoup de monde dans la salle.

Beaucoup de monde dans la salle.

Tag(s) : #Montluçon

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