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Capitalisme, par ici la sortie...

Jeudi 28 novembre le thème de la conférence débat organisée par le groupe réuni autour de Pierre Goldberg avait pour intitulé : "Capitalisme, par ici la sortie". Mais il vrai que cette injonction suppose que l'on est un autre système à lui substituer et c'est toute la question qui a finalement retenu l'attention lors du débat de cette soirée. Yvon Quiniou et Jean Lojkine sont tous les penseurs marxistes. L'un est philosophe, l'autre sociologue. Ils étaient les invités de cette conférence débat.

D'emblée, Pierre Goldberg qui plante le décor en citant Yvon Quiniou dans le texte : "Le système capitaliste n'est pas réformable, c'est d'une rupture radicale avec un logique économique d'ensemble dont nous avons besoin".

C'est à partir de la chute du mur de Berlin que le penseur marxiste commence son exposé. Preuve du traumatisme collectif que cet évènement a pu générer dans les rangs des militants communistes et bien au delà. Car de là vient l'idée selon le philosophe "que la communisme aurait échoué" et par voie de conséquence le marxisme lui-même puisqu'il en est pour partie l'inspirateur.

Toute l'intervention d'Yvon Quiniou fut tendue par la suite vers l'exigence de réhabiliter la pensée marxiste en la dédouanant des régimes qui pourtant s'en réclamaient eux mêmes. Pour lui, la pensée marxiste est avant tout une pensée déterministe et évolutionniste qui s’appuie sur des lois quasi naturelles.

Par ailleurs Marx parle de prérequis pour que le communisme puisse Aboutir et notamment d'un industrie évoluée, ce qui n'était pas le cas pour la Russie lors de la révolution de 1917 et Yvon Quiniou ajoute "Le communisme ne peut être que l'aboutissement des contradictions du capitalisme développé, sinon on revient dans la même gadou"

Pourtant, Marx n'excluait pas que la révolution puisse survenir dans un pays dont l'industrialisation n'aurait pas encore atteint haut degré technologique mais avec très peu de chance d'aboutir. Quelle causalité entre les deux ? C'est cela que l'on a du mal à s'expliquer. Pourquoi serait-il indispensable qu'un pays est atteint un haut degré de technologie pour pouvoir espérer instaurer le communisme ? Pour l'expliquer Yvon Quiniou donne la parole à Lénine qui s'insurge contre les débats théoriques de certains intellectuels communistes russes durant la révolution et exhorte ceux-ci "à réussir la transformation industrielle en faisant aussi bien que l'organisation capitaliste du travail avant de passer à une organisation communiste". La réponse semble donc être que la maitrise de la production, (y compris le savoir faire du système capitaliste) est indispensable pour espérer pourvoir accéder au communisme.

C'est ainsi que l'échec de la révolution spartakiste de 1918 en Allemagne a pu signer l'échec de la révolution russe et par voie de conséquence du mouvement ouvrier international (du moins momentanément).

Yvon Quiniou peut bien s'en défendre, le rôle qu'il a joué dans cette conférence est celui d'un témoin de l'histoire. Il n'éclaire pas l'avenir, si ce n'est peut être avec des concepts qui lui permettent de théoriser à propos de possible renaissance du communisme sur les bases d'un capitalisme maitrisé, mais finissant.

C'est le sociologue Jean Lojkine qui intervient alors et nous fait entrer "dans l'inconnue marxiste". Marx et Engels appartenant à l'époque de la révolution industrielle. Or notre époque est celle de la révolution informationnelle à laquelle nous appartenons. Mais cette révolution informationnelle a aussi permis au capitalisme d'étendre sa toile et d'imposer ses critères conceptuels à la sphère publique (gestion des hôpitaux, des écoles, des universités etc..) à l'aune de ce qui se fait dans la gestion du privé. Nous touchons peut être là à ce que disait Marx à propos de "l'aboutissement des contradictions du système capitaliste développé". Est-ce cette généralisation des normes capitalistes à l'ensemble des activités de la société qui va provoquer sa chute et sommes nous dans cette phase ultime ? Question au combien intéressante.

Or des signes laissent à penser que les choses commencent à bouger dans certains domaines. Notamment la bataille qui se livre sur internet avec les logiciels libres et dont Jean Lojkine y voit quelques signes encourageants. Selon lui, il y aurait une conscience mondiale qui s'opposerait à la marchandisation en même temps que cette dernière continuerait à se développer. Mais cette conscience passe aussi par l'expression de personnalités individuelles comme expression collective, ce qui a pour effet de remettre en cause le fonctionnement des partis politiques et des organisations syndicales qui n'en ont pas pris la mesure.

Il y a pourtant des exemples qui montrent l'émergence de ces expressions individuelles dans la construction de l'expression collective. Et Jean Lojkine prend l'exemple des grèves de la SNCF de 1995 durant lesquelles des assemblées générales des grévistes se sont imposées comme seules légitimes de l'expression collective. On touche là à la démocratie directe et surtout aux moyens de son expression et du possible. D'une certaine manière affirme jean Lojkine "on se trouve à la croisée des chemins" car en même temps "tout cela vient de loin" rappelle t-il.

Pour lui, "le concept de dictature du prolétariat, suppose qu'il y ait un avant et un après. Avant, c'est la conquête du pouvoir par le haut. Après, les réformes pour le peuple suivront, et cela n'a jamais marché" conclut-il. "Ce qui aurait marché, c'est l'inverse" ajoute t-il (coopératives par exemple). Cela étant, le sociologue n'est pas dupe et sait fort bien que la volonté de transformation de la société se heurte à des forces conservatrices et réactionnaires considérables qu'il faudra trouver le moyen de dépasser.

D'une certaine manière, le capitalisme est sur la défensive. Cela ne veut pas dire pour autant que ce dernier va tomber, tel un fruit mur, comme le laissent à penser certains théoriciens comme Négris. En tout cas Jean Lojkine ne le croit pas. Comme quoi, il faudra certainement l'aider à laisser la place : Capitalisme, par ici la sortie...

Vous pouvez écouter l'intégralité de la conférence ICI

Avant même le début de la conférence, ça discute ferme dans la salle

Avant même le début de la conférence, ça discute ferme dans la salle

Pierre Goldberg présente le débat et les orateurs

Pierre Goldberg présente le débat et les orateurs

encore beaucoup de monde dans la salle

encore beaucoup de monde dans la salle

Les intervenants répondent aux questions de la salle

Les intervenants répondent aux questions de la salle

Tag(s) : #Montluçon

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