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Entretien avec Abdou Diallo.

Cela ne fait plus de doute pour personne, Abdou Diallo qui siège actuellement au conseil municipal de Montluçon dans le même groupe que le parti socialiste et les verts présentera sa propre liste en Mars prochain pour les élections municipales de 2014. regard actu a souhaité le rencontrer afin d'en savoir plus sur ses intentions et sur le projet que lui et son équipe entendent porter durant la prochaine campagne des municipales.

Les élections municipales

Regard actu : Pour les prochaines élections municipales à Montluçon, il va y avoir beaucoup de listes en compétition. A gauche, il y aura la liste du PS, celle du Front de Gauche, celle de Lutte ouvrière et la liste que tu conduis. A droite, il y aura la liste conduite par Daniel Dugléry qui ne fait pas vraiment mystère de ses intentions et peut être une liste du FN conduite par Pascal Courty. Ne pense tu pas que cela va faire beaucoup ? Et dans ce contexte la liste d'Abdou Diallo ne va t-elle pas être la liste de trop à gauche.

Abdou Diallo : Il n'y a pas d'un coté, ceux qui sont soutenus par un parti politique qui ont le droit se se présenter et de l'autre, ceux qui ne sont pas soutenus par un parti politique et qui ont juste le droit de les soutenir. A partir de là, je ne suis pas dans une démarche partisane et notre liste a toute légitimité pour se présenter, portée ou pas par un parti politique.

RA ; Puisque cette liste est une liste apolitique ?

AD : Non, cela n'existe pas les listes apolitiques. Nous faisons de la politique dans le bon sens du terme. Je crois beaucoup plus dans les citoyens libres pour s'occuper des problèmes de la cité. C'est pourquoi j'ai voulu rassembler des personnes d'horizons divers.

RA : Pourtant toi même tu ne viens pas de nul part ? Tu es étiqueté Radical. Tu es actuellement élu au conseil municipal dans le groupe d'opposition socialistes, verts et radicaux de gauche. Si tu a décidé de constituer ta propre liste n'est pas pour te démarquer du parti socialiste ?

AD : Je n'ai aucun jugement à apporter par rapport au parti socialiste. Ce que je souhaite, c'est redonner la parole aux citoyens. Trop souvent, les professionnels de la politique sont occupés par des débats futiles et en oublient de s'occuper des vrais problèmes des gens. Ce que nous voulons, c'est leur redonner la parole.

RA : Oui, mais toi même tu es un professionnel de la politique. C'est tellement vrai que tu sera obligé de faire un choix au second tour, si tu n'arrive pas en tête de la gauche au soir du premier tour, non ?

AD : Justement, non. Il n'y aura aucune alliance car j'ai pris conscience des limites des alliances de circonstance. Quand on part avec une liste, il faut aller jusqu'au bout. Nous disons aux citoyens : Nous sommes 39 au départ, nous serons 39 à l'arrivée. Pas d'alliance et pas de partage des places entre les deux tours. Je me refuse d'ailleurs à demander aux colistiers qui partagent cette aventure humaine avec moi de laisser leur place au prétexte d'une alliance de deuxième tour. D'ailleurs, on ne peut pas s'échanger des noms d'oiseaux pendant la campagne, afficher des différences pour expliquer ensuite aux électeurs qu'il n'y a plus de problèmes.

RA : Mais dans l'hypothèse ou la liste que tu conduis arrive en troisième position avec plus de 12%, que faites-vous ?

AD : On ne se maintient pas, car nous ne voulons pas de triangulaire.

RA : Cela veut dire que vous refuseriez de rentrer sur une autre liste si on vous le proposait ?

AD : Tout à fait.

RA : Mais n'avez-vous pas peur que les électeurs qui ont voté pour vous au premier tour, soient déçus que vous refusiez de fusionner au second tour ?

AD : Non, parce que nous ne croyons pas que nous pouvons le faire après avoir affiché nos différences. On ne fait pas cela pour avoir des places.

RA : Même pas de discussion pour que vos propositions soient prises en compte ?

AD : Non, aucune discussion entre les deux tours.

Les transports et des déplacements en ville :

RA : A propos de la gratuité des transports pour tous, quels est votre position sur cette question ?

AD : Oui, il y avait l'exemple de Châteauroux. J'en ai discuté avec certains professionnels du transport, notamment avec deux contrôleurs. Ils pensent que la gratuité ne doit pas être totale. Il faut que les gens se rendent compte que le transport a un coût. Il faut donc qu'il y ait un prix, même symbolique pour que les gens en est conscience. Ce qu'il faut surtout, c'est changer les habitudes et on y arrivera en faisant de la pédagogie. Il faut inciter les personnes à utiliser des mode de transport alternatifs (vélo, bus). Strasbourg est un exemple pour cela, car tout y est adapté pour faciliter les déplacements.

RA : Il n'y a pas eu de réelle réflexion à propos de l'aménagement des pistes cyclables à Montluçon. Le Président de Cyclopède le rappelait ici même dans les colonnes de Regard actu. De nombreux exemples montrent que beaucoup de ces pistes ont été réalisées dans la précipitation et posent problème aujourd'hui. De votre côté, avez-vous des propositions concrètes à faire la dessus ?

AD : Non, c'est un thème sur lequel nous allons travailler à la rentrée. Mais à titre personnel, "j'interdis" à mes enfants de faire du vélo à Montluçon. Quand je croise des familles avec des enfants à vélo, j'ai peur pour eux. Pourtant Montluçon est une ville où les gens faisaient beaucoup de vélo dans le temps. Mais depuis, le vélo n'a pas été intégré dans la vision de la ville. Il faut donc revoir tout ça.

RA : Le centre aqualudique ne dispose d'aucune protection pour les vélos. Outre le fait que le centre est éloigné de Montluçon, les gens renoncent le plus souvent à prendre leur vélo, car il y a des problèmes de vols sur place. Si tu es élu Maire, t'engage-tu à aménager un lieu pour la sécurité des vélos ?

AD : Je ne vais jamais au centre aqualudique et je n'avais pas eu connaissance de ce problème. J'allais régulièrement à Descartes quand la piscine était encore ouverte. Mais il est certain que nous regarderont cela de prêt afin de faciliter l'accès aux vélos au centre aqualudique.

L'environnement et les déchets :

RA : Vichy a mis en place une recyclerie. Ce n'est pas le cas à Montluçon. Que pense-tu d'un tel projet pour notre ville ?

AD :On est dans un système complétement obérant. Je suis dans une activité où il faut changer d'ordinateur tous les 3, 4 ans. Du coup j'en ai plein dans mon bureau. c'est pourquoi je suis très attaché au recyclage. En plus pour recycler il faut du savoir faire. Il faut donc former des personnes. C'est des gisement d'emplois. Il y a deux intérêts à mettre en oeuvre un tel projet. Le traitement des déchets et des emplois à forte utilité sociale.

RA : Dois-je comprendre que pour un tel projet, c'est banco ?

AD : complétement. C'est un point sur lequel je suis sensible car je suis originaire du Sénégal et là bas tout est recyclé.

La démocratie participative

RA : Les citoyens ne doivent-ils pas être associés directement au niveau de la commune à la répartition des financements sur des projets précis, comme l'avait fait une sénatrice verte pour sa réserve parlementaire ?

AD : D'abord, je précise que je suis contre le système de la réserve parlementaire. C'est un système scandaleux. Ensuite pour ce qui est de la participation des citoyens à l'élaboration du budget je suis pour que l'on aille plus loin pour associer les citoyens. Sur certains points, il faut que les budgets soient proposés par les citoyens. Techniquement c'est possible. Il y a certains budgets qui doivent être l'émanation des citoyens. On peut passer par un référendum pour le mettre en place. D'ailleurs s'ils participent à l'élaboration de certains budgets, ils accepteront plus volontier la notion d'impôts.

La fermeture de la piscine St Jean :

RA : Beaucoup de montluçonnais regrettent sa fermeture. Certes il y aurait des travaux à faire, mais accepterais-tu d'étudier la possibilité de sa ré-ouverture ?

AD : De toute façon, il faut qu'on se demande ce que l'on peut faire. Dans le temps, j'y emmenais mes enfants. Depuis que le centre aqualudique l'a remplacé, j'ai du les emmener que deux ou trois fois, pas plus. Or cette piscine de ST Jean était très populaire et c'est ce qui manque de nos jours à Montluçon. Car si le centre aqualudique a amélioré la pratique de certains sports de compétitions ( épreuves de natation, plongée), il ne répond pas aux attentes populaires des personnes habitués aux installations de ST Jean. Dans le temps on voyait les gens descendre de l'Allée Barbara et des personnes de tous ages s'y rendaient. Sa fermeture a donc été un gâchis monumental. Mais ensuite il faudra regarder de près ce que cela coûte de la ré-ouvrir.

Les moyens dispensés par l’État aux communes :

RA : Le gouvernement a décidé de réduire encore un plus la dotation pour les communes. On parle d'un milliard et demi d'économie sur le dos des collectivités locales. Que pense-tu de ces réductions de dotations et les approuve-tu ?

AD : Il y a aussi le problème du transfert des compétences. En effet, l'Etat veut transférer des compétences aux communes sans transférer les moyens qui devraient aller avec. C'est cela le véritable danger. Comme les moyens diminuent, les collectivités vont être amenées à faire des choix. Ce n'est pas l'emploi qui va être touché en priorité, car l'emploi ne dépend pas directement des collectivités. C'est toutes les actions de solidarité qui vont être fragilisées.

RA : Les communes ont tout de même la main sur l'emploi non ? Et par ailleurs l'Etat pèse pour que ces dernières diminuent leurs effectifs ?

AD : Ils ont la main uniquement pour ce qui les concerne. Cela étant il faut bien convenir qu'avec les communautés de communes, il y a des doublons qui sont regrettables. Je ne parle pas au niveau du terrain, mais au niveau de l'encadrement. Et quand on sait que le salaire d'un chef, c'est le double du salaire de quelqu'un du terrain, cela enlève des moyens sur le terrain. Il faudrait que les moyens servent plus pour des emplois utiles dans les cantines, pour les espaces verts ect..

RA : Pourtant, la réduction des dotations de l'Etat aura aussi des répercussions sur les commandes publiques et sur les commandes aux entreprises locales. Cela ne va t-il pas les mettre en danger ?

AD : Oui c'est vrai, mais je note aussi que c'est souvent elles qui se plaignent de l'impôt, et comptent ensuite sur les commandes publiques pour vivre. Ce n'est pas très cohérent.

Les fermetures de commerces dans le centre ville :

RA : A Montluçon des commerces ferment, même dans le centre ville. Le Maire a décidé d'ouvrir un site internet pour leur venir en aide alors qu'il a été par ailleurs l'artisan du développement des zones commerciales et de grandes surfaces à la périphérie de la ville. Pense-tu que le site internet permettra aux commerçants de surmonter cette nouvelle concurrence dans un environnement économique de plus en plus défavorable et concurrentiel ?

AD : La pire des choses, c'est que ce portail soit un outil de comparaison de prix. Je me suis rendu sur le portail que la ville du Puy a mis en place et c'est un peu cela. Et à ce petit jeux, je crains que les petits commerçants soient perdant face aux grandes surfaces.. Il fallait utiliser cette outil informatique de manière différente. C'est un outil sensationnel et moi je crois en l'économie numérique. Je le vois dans mon activité. Mais lorsque l'on affiche les prix sur le site, les gens ont envie ensuite de comparer et vont voir sur amazone par exemple. Et là, je ne suis pas sur que cela soit avantageux pour les commerçants de proximité. Pour ma part, j'aurais plutôt vu un site qui mette en valeur les magasins et qui donne envie de se déplacer pour se rendre compte sur place. Si nous avions à faire à des produits locaux, cela pourrait se comprendre, mais là ce n'est pas le cas. Après, le projet est prévu pour février. On verra alors ce qu'il en est.

Le désenclavement de Montluçon :

RA : L'enclavement de notre ville apparaît à beaucoup comme un problème central. L'état du réseau ferré et la qualité des dessertes par exemple. Certains affirment que cela ne rentre pas dans tes préoccupations immédiates et que tu serais plutôt intéressé par le développement numérique. Qu'en est-il ?

AD : Le TGV je ne suis pas pour et de toute façon si l'on doit attendre l'arrivée du TGV pour créer des emplois, on va attendre longtemps. Le train, c'est de toute façon un dossier qu'il faut traiter au moins au niveau régional.

RA : Cela n'empêche pas les communes de jouer un rôle dans ce dossier en pesant ?

AD : Bien sur et je suis un défenseur du train. Je le prend souvent d'ailleurs pour mes déplacements. Ce qui prétendent que c'est un dossier qui ne m'intéresse pas sont intellectuellement malhonnêtes. Je n'ai jamais dis cela. Par contre à ceux qui prétendent que Montluçon ne pourra pas se développer sans le train je répond que c'est possible avec l'économie numérique. Il y a un marché du développement numérique qu'il faut saisir. Notamment avec le développement des serveurs et de l'implantation des plates formes de serveurs. C'est un marché mondial et en plus, tout est en train de se redistribuer. Il y a des emplois à créer et du monde à faire venir. Ce qu'il faut, c'est du haut débit.

RA : Justement, à Montluçon on en est loin !

AD : Oui, mais justement on peut le faire et rapidement. Derrière cela peut permettre à des entreprises de travailler sur des logiciels, mais uniquement si elles ont du très haut débit.

RA : Cela suppose d'obtenir des investissements et c'est pas gagné.

AD : Quand on est capables de trouver des millions pour aménager une place de mairie, on est capables de trouver des millions pour équiper la ville en très haut débit. Donc c'est faisable. Et ça, cela peut permettre de créer des emplois, faire venir du monde et faire en sorte que les jeunes restent ici.

RA : Est-ce à dire que le très haut débit serait réserver à ce projet et du coup que les montluçonnais n'en auraient pas les bénéfices ?

AD : Non pas du tout. On peut faire mettre le très haut débit partout et réserver une zone que l'on pourrait appeler Ino-Pôle (Pour innovation) avec une partie campus numérique. L'idée étant de permettre aux jeunes Montluçonnais qui entament des études et sont obligés de partir loin de chez eux de pouvoir le faire à distance et par vidéoconférence grace au numérique de très haut débit. Cela permettrait aussi de réduire le coût des études pour les familles qui ne disposent que de moyens modestes. Et il y a bien d'autres applications possibles comme par exemple les conférences à distance dans toutes sortes de domaines.

Et puis il y un marché de sauvegarde des données en plein essor et on peut arriver à se faire une place tout de suite dans ce domaine en accueillant certaines de ces plates formes si nous avons les équipements numériques de très haut débit indispensables pour qu'elles soient intéressées à venir s'installer à Montluçon. Et cela est parfaitement possible.

Enfin, nous avons une population vieillissante sur notre bassin de vie et nous pourrions permettre aux personnes âgées d'être suivies à leur domicile grâce à la télésurveillance que les équipements numériques mettraient à notre portée et retarder ainsi le moment ou il devient nécessaire de les placer en maison de retraite. Moi qui suis évaluateur des maisons de retraite au niveau national, je sais que c'est intéressant pour tout le monde de leur permettre de rester chez elles le plus longtemps possible. En plus cela créerait de nombreux emplois qualifiés. C'est pourquoi Je crois profondément au maintien à domicile.

La sécurité :

RA : dernière question : Le Maire a fait installer des caméras de surveillance dans le centre ville et sous le pont supérieur. Cela représente un investissement de 150 000 euros. Certains montluçonnais ont été choqués par une telle dépense et estiment que cet argent aurait été plus utile ailleurs. Toi, qu'en pense-tu ?

AD : Moi, cela ne m'a pas choqué. Il y a des problèmes. Il y a des personnes âgées qui se plaignent d'avoir eu des visites dans certains quartiers.

RA : Oui, mais justement ces caméras ont été placées en centre ville.

AD : Oui, c'est vrai, ce n'est pas très cohérent ni très efficace, j'en conveins;

RA : Et toi, tu en ferais installer d'autres si tu étais élu ?

AD : Non, vraiment il y a d'autres priorités.

Propos recueillis par Philippe Soulié.

Tag(s) : #Montluçon

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