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Entretien avec Daniel Dugléry

Les municipales approchent à grands pas et les différentes têtes de listes se mettent en ordre de bataille. Regardactu a déjà donné la parole à Abdou Diallo et à Frédéric kott. Daniel Duglery a aussi accepté de répondre aux questions, sachant que beaucoup d'entre elles ont été aussi posées aux autres candidats. L'entretien a été assez long puisqu'il a duré 1h50. Le candidat de droite soutenu entre autre par l'UMP et l'UDI s'est livré sans langue de bois et de manière directe. L'homme fonctionne avec un logiciel libéral et à ce titre, il joue sa partition. Le but pour lui est de rendre sa ville compétitive, attractive afin de remporter des parts de marché. Bref, Daniel Dugléry n'est pas seulement un Maire. Il se comporte aussi comme un chef d'entreprise et parfois même comme un VRP. Cela se vérifie dans son discours tout au long de cet entretien et la question qui se pose est : une ville peut-elle être dirigée comme une entreprise et est-ce souhaitable ? Nous laissons les lecteurs juges et donnons la parole au Maire sortant.

Questions de politique générale :

Regardactu- Monsieur le Maire, vous sollicitez un troisième mandat auprès des montluçonnais. 19 années à la tête d’une municipalité, ne pensez-vous pas que cela fait beaucoup, et n’est-ce pas le mandat de trop ?

Daniel Dugléry- Le mandat de trop, on le dira éventuellement dans 6 ans. Si j'ai fait ce choix de me représenter c'est que je crois que ce sera le mandat le plus difficile. Vous voyez que je ne recherche pas la facilité. Plus difficile du fait de la diminution des dotations des collectivités locales. C'est historique. C'est la première fois depuis le début de la Vème République que les dotations vont baisser. On a une première annonce du gouvernement qui se situe autour de 4 milliards et demi et ma grande crainte, c'est que compte tenue de la situation économique du pays, le gouvernement soit tenté de se servir de cette variable d'ajustement. Si tel était le cas, les collectivités locales se trouveraient dans une difficulté majeure. Car depuis 1958, nos concitoyens se sont habitués à ce que les villes s'agrandissent, se transforment, qu'elles augmentent régulièrement les services à la population. Et dire d'un seul coup à des consommateurs, car nos concitoyens sont devenus des consommateurs de services publics, que l'on va réduire l'investissement et les frais de fonctionnement, croyez moi, ce sera très difficile à expliquer et il faudra à la tête des municipalités des élus parfaitement informés des circuits administratifs et financiers pour continuer à assurer un niveau de prestations convenable.

Or il se trouve que j'ai remis à niveau un certain nombre d'équipements au cours des 13 années écoulées. On peut dire que j'ai passé en revue tous les équipements qui étaient défaillants (équipements sportifs, sociaux ou service à la population). Il y avait beaucoup de choses à faire.

Aujourd'hui, nous avons remis les choses à niveau. Nous avons également agit sur la dette de manière considérable puisque nous avions une dette supérieure à 55 millions d'euros en 2001 et elle est aujourd'hui de 45 millions d'euros. Donc je considère que nous avons parfaitement maîtrisé la dette et il faudra donc continuer cette gestion saine et équilibrée des finances locales par rapport à la baisse des dotations qui va frapper les conseils régionaux et départementaux. Cela veut dire que nos partenaires habituels (État, Conseil Régional et Conseil général) ne seront plus en mesure de nous apporter le soutien nécessaire pour faire vivre un certain nombre de services et envisager de nouveaux équipements.

Voila pourquoi j'ai décidé de me représenter. Non pas pour un troisième mandat tranquille, mais au contraire pour prémunir notre collectivité des difficultés qui se pointent à l'horizon, fort de mes 13 années d'expérience. Car si certains candidats déclarent que « demain on va raser gratis », comme j'ai pu le lire dans certains programmes, il faudra être très réservé sur leurs déclarations. Ce n'est pas servir l'image d'un élu que d'annoncer un certain nombre de gratuités au moment où nous avons de fortes préoccupations par rapport aux baisses de dotations.

RA : Certains prétendent que vous vous êtes représenté pour préparer votre succession qui pourrait intervenir en cours de mandat. Qu'en est-il ?

DD : Oui, il est vrai que je prépare ma succession. Mais quand je m'engage, ce n'est pas à moitié. Donc, ce n'est pas pour faire une moitié de mandat. Je le fais pour assumer mes responsabilités et donc j'irai jusqu'au bout de ce mandat si j'étais élu.

RA-Vous êtes actuellement Maire de Montluçon, Président de la Communauté de Communes, Président de Montluçon-Habitat, Président du Conseil de Surveillance de l’Hôpital de Montluçon, Président du Pays de la Vallée de Montluçon et du Cher.

Comment est-il possible d’assumer réellement toutes ces responsabilités et à l’aune des deux mandats qui viennent de s’écouler, quel est votre regard à propos du cumul des mandats dans la durée et dans le nombre ?

DD- Merci de me poser cette question, car il y a tout un débat parfaitement hypocrite et démago autour de cette question. Un certain nombre de sénateurs ne sont pas en faveur du non cumul des mandats. Je suis de leur avis. Je considère qu'un élu qui serait uniquement Maire, qui n'aurait pas la possibilité de faire entendre sa voix au niveau départemental, régional ou national serait un Maire gravement handicapé car ce sont nos partenaires habituels. Or toutes les réalisations que j'ai initiées pour la ville ont été subventionnées à hauteur de 50 à 80%. Au passage cela a fait mentir ce qui prétendent qu'avec tout ce que j'ai réalisé, on payerait plus d'impôts.

Or la fiscalité à Montluçon n'a pas augmenté, elle a diminué et ce malgré tout ce qui a été fait pour la bonne et simple raison que je suis allé chercher, parfois avec les dents, des subventions au niveau européen, au niveau régional et au niveau départemental. Or si j'ai pu le faire, c'est que j'étais le porte parole du bassin montluçonnais auprès de toutes ces instances. C'est vrai qu'il ne faut pas cumuler un trop grand nombre de mandats, mais il faut avoir un pied soit au niveau national (assemblée, Sénat), soit au niveau régional. C'est au niveau régional que se joue une grande partie des négociations des subventions. Si le Maire n'a pas cette capacité d'intervention, soit au niveau national, soit au niveau régional, ce n'est pas un Maire de plein exercice. Il faut pouvoir se faire entendre.

Alors c'est vrai que c'est beaucoup de « boulot », mais quand on s'engage pour être Maire, il faut le faire jusqu'au bout. Par ailleurs sur tous les mandats cités, il y en a qui sont directement liés à la fonction de Maire comme par exemple Président du conseil de surveillance de l'hôpital et croyez moi, ce n'est pas une sinécure, surtout à Montluçon. Et puis, si je n'avais pas été Président de Montluçon-habitat, je n'aurais pas obtenu les 160 millions d'euros de rénovation urbaine pour le logement social à Montluçon.

Mais comme je suis quelqu'un de raisonnable, j'ai un vice-Président qui intervient pour les affaires courantes avec le directeur de l'office HLM et quand il y a un gros dossier à débattre au niveau national ou au niveau régional, j'arrive avec l'autorité du Maire et de Président de la Communauté d'agglomération de Montluçon.

Je voudrais faire œuvre de pédagogie pour expliquer que le Maire de la ville principale qui n'est pas Président de la Communauté d'agglomération porte un grave préjudice à son territoire et j'ai des exemples autour de moi comme Clermont-Ferrand ou Vichy où les Maires de ces deux villes ne sont pas Présidents de la Communauté d'agglomération. La conséquence, c'est qu'il y a deux administrations, donc deux fois plus de fonctionnaires et deux fois plus de services. Vous en conviendrez, ce n'est pas "top", sans compter les conflits de personnes lorsque le Maire de la Ville principale et le Président de la Communauté d'agglomération ne sont pas de la même sensibilité, vous avez deux administrations qui au lieu d'être complémentaires, passent leur temps à se combattre et coûtent très cher aux contribuables.

A Montluçon, aujourd'hui, il n'y a pas d'administration de la communauté. Tout le monde est rassemblé. Le Directeur général des services de la ville est le Directeur général des services de l'agglomération. Le Directeur financier des services de la ville est en même temps le Directeur des services financiers de l'agglomération. Je n'ai pas deux cabinets. Je n'ai qu'un seul cabinet, ce qui n'est pas le cas pour Vichy. Ici, tout est rassemblé, ce qui fait que l'on a fait des économies d'échelle extrêmement importantes. Il faut savoir qu'à Clermont-Ferrand c'est plusieurs centaines d'agents de même qu'à Vichy. Donc faites le compte. 200 à 300 agents à payer toute l'année, c'est une masse salariale extrêmement importante qui part en fonctionnement, alors que nous, nous faisons cette économie et nous pouvons agir beaucoup plus sur l'investissement, ce qui explique que Montluçon a pu progresser très vite en 13 ans, remettre à niveau toutes les infrastructures et tous les équipements car nous ne sommes pas surchargés par les frais de fonctionnement. Voila pourquoi je suis pour le cumul des mandats de manière raisonnée. C'est pourquoi j'ai fait ce choix de mandat régional pour faire entendre la voix des montluçonnais au niveau régional.

Entretien avec Daniel Dugléry

Si le Maire n'a pas cette capacité d'intervention, soit au niveau national, soit au niveau régional, ce n'est pas un Maire de plein exercice.

RA-François Hollande a opéré un virage à 180° par rapport à sa campagne électorale aux Présidentielles. Chacun se rappelle de sa fameuse phrase « Mon ennemi c’est la finance ». Depuis, celui-ci mène une politique de l’offre comme ses principaux lieutenants le reconnaissent eux-mêmes. Tout comme son prédécesseur à l’Elysée, il prend avant tout en compte les revendications du Medef. D’après vous, cette politique va-t-elle dans le bon sens pour endiguer le chômage et relancer l’économie ?

DD- Je pense tout simplement qu'il ne faut pas mentir aux français. Il ne faut pas leur raconter d'histoires. Quant on dit que l'on veut combattre le chômage en créant des emplois jeunes ou des emplois d'avenir, je trouve que c'est se moquer du monde. La seule manière de sortir le pays de la crise c'est de permettre à nos entreprises d'être compétitives et le dernier discours de François Hollande me va bien. Sauf que j'ai une crainte, c'est qu'après avoir enfin dit la vérité aux français et effectué ce changement de cap, presque à 180%, il ne soit pas capable de mettre en œuvre ce programme. Il a fait toute une campagne dopée à la démagogie, à l'illusion et au mensonge, puis s'est fracassé sur le mur des réalités et aujourd'hui, il dit « je me suis trompé, on va partir dans l'autre sens ». Il a fait naître un certain nombre d'espoirs. Il rencontrera, y compris dans son camp, les pires difficultés pour mettre en œuvre la politique qu'il propose aujourd'hui.

Je pense qu'il faut avoir un discours de vérité vis-à-vis de nos concitoyens, parfois de façon un peu dure. Il faut leur dire que nous sommes en crise et nous devons prendre un certain nombre de dispositions. Et je rêve que pour un temps la société française déciderait de jouer la carte de l'union nationale et c'est pourquoi je propose à un certain nombre de nos concitoyens qui ne sont pas de ma sensibilité, de venir travailler avec moi en disant la vérité aux montluçonnais pour que l'on sorte de ces batailles stériles. Quant on sait que 98% des décisions ont été votées à l'unanimité, cela veut dire que l'on peut travailler ensemble dans l'intérêt général. Et d'ailleurs, j'ai de très bonnes relations avec Frédéric Kott qui est quelqu'un de très courtois et de réfléchi et on peut travailler ensemble, j'en suis intimement convaincu.

Entretien avec Daniel Dugléry

La seule manière de sortir le pays de la crise c'est de permettre à nos entreprises d'être compétitives et le dernier discours de François Hollande me va bien

Questions Montluçon :

RA-Le gouvernement a décidé de supprimer plus d’un milliard d’euros de dotations aux collectivités. Cela va avoir des conséquences importantes sur leur budget, y compris à Montluçon. Approuvez-vous ces coupes budgétaires et quelles économies faudra t-il faire selon vous ?

DD – Ce n'est pas 1 milliard mais 4 milliards et demi. Je pense que malheureusement il faudra aller au-delà. Je sais comment les choses se passent à Matignon pour les arbitrages, car dans une autre vie, j'étais Directeur d'Administration Centrale. Chaque ministre arrive avec « ses grenades et sa dague » pour défendre son budget. Le Président avait annoncé 60 milliards d'économies, soit 12 milliards par an. Sauf que la première année, non seulement il n'a pas fait 1 centime d'économie, mais en plus il a aggravé le déficit. Aujourd'hui, il se retrouve confronté à un rappel de nos collègues européens qui lui disent « attention, il faut respecter les engagements ». Je crains que pour respecter ses engagements il ne soit obligé d'aller encore plus loin que les 4 milliards et demi. Et là, j'ai peur que cela place les collectivités dans un dispositif infernal.

Si les dotations sont encore diminuées, immédiatement les collectivités vont réduire l'investissement. Or la commande publique, c'est 73% de l'investissement au niveau local. Si la commande publique se tarit, le moteur économique va se gripper au niveau local. C'est un mouvement infernal qui va s'enclencher partout. Donc j'ai des craintes importantes par rapport à notre économie nationale. Je voudrais que l'on soit capable d'avoir une grande politique nationale de redressement. C'est-à-dire une politique qui agisse sur les deux leviers indispensables : d'une part sur l'économie pour relancer notre appareil productif et d'autre part sur les dépenses de l’État et c'est là que le bât blesse. Sur l'économie, je souhaite de tout cœur que les entreprises joueront le jeu. Mais ce que je crains, c'est l'incapacité de l’État à agir sur le registre des dépenses. Or, en dehors de la variable d'ajustement sur le registre des collectivités locales, le gouvernement nous a montré qu'il n'y avait pas grand chose de neuf.

Entretien avec Daniel Dugléry

la commande publique, c'est 73% de l'investissement au niveau local. Si la commande publique se tarit, le moteur économique va se gripper au niveau local.

RA : Mais vous-même avez-vous anticipé et avez-vous effectué des arbitrages à propos de ces diminutions de dotations ?

DD : Oui, cela fait tout de même 2 ans que l'on sent venir ces mauvais nuages. Grâce à notre gestion de ces 13 dernières années, nous avons diminué la dette de manière extrêmement sensible. Aujourd'hui nous sommes sur une dette d'environ 45 millions qui est tout à fait maîtrisée et qui permet à notre collectivité de vivre tranquillement. En même temps, je n'ai pas augmenté les impôts depuis 13 ans et on a refait tous les équipements. Donc, on n'a plus aujourd'hui de grands investissements à réaliser. La seule dépense notable qui reste, c'est le boulodrome, un projet que nous allons engager au lendemain des élections si les montluçonnais nous accordent leur confiance. Un projet qui est financé, je tiens à le dire. J'ai fait l'écureuil j'ai mis des noisettes de côté durant la période précédente et donc nous avons 1 million 700 000 euros de prévu pour réaliser le chantier du boulodrome. Pour les travaux d'aménagement, on a notre enveloppe annuelle que l'on réduira peut-être un peu. La ville de Montluçon réalise entre 8 et 10 millions d'investissements. Alors ce sera peut-être un peu moins, 8 au lieu de 10, mais on fera face comme une ville normale.

Sur la Communauté d'Agglomération, on est sur un endettement tout à fait raisonnable qui nous permettra si les dotations ne sont pas trop en chute libre, de réaliser 1 à 2 structures sportives qui sont indispensables pour le sport montluçonnais. Ces projets sont d'ailleurs inscrits dans le programme que je vais prochainement présenter. Je n'ai donc pas d'inquiétude particulière pour la ville et pour l'agglomération. Il reste cependant cette crainte d'une possible ponction sur les dotations des collectivités. Cela étant, nous ne sommes pas les plus mal placés pour affronter une telle situation. Certaines collectivités qui avaient fait un plan pluriannuel d'investissement en comptant sur des augmentations de dotations sont beaucoup plus en difficulté.

Entretien avec Daniel Dugléry

la seule dépense notable qui reste, c'est le boulodrome, un projet que nous allons engager au lendemain des élections, si les montluçonnais nous accordent leur confiance.

RA-Pour les prochaines élections municipales à Montluçon, il va y avoir beaucoup de listes en compétition. A gauche, il y aura la liste du PS, la liste d’Abdou Diallo, celle du Front de Gauche, celle de Lutte Ouvrière. A droite, il y aura la liste conduite par vous-même soutenue par la section locale de l’UMP et l'UDI. Pensez-vous réitérer la surprise du premier tour des élections municipales de 2008 et être réélu dès le premier tour ou pensez-vous que c’est plus compliqué qu’il n’y parait ?

DD : C'est difficile à dire. On a déjà eu deux cas de figure. En 2001 c'était un choc droite gauche. Deux listes principales en présence. On a gagné avec 58%. En 2008, Ils ont ratissé plus large, en tout cas, c'est comme cela que je l'analyse. On a donc affronté cinq listes. Nous avons été élu de la même manière au premier tour avec un score moins important car il n'y avait pas ce choc droite gauche. Dans les deux cas nous avons été élus dès le premier tour, mais cela étant, je ne donne pas de pronostique pour cette fois.

RA-Montluçon est durement touché par la crise. Le taux de chômage y est le plus élevé de toute l’Auvergne (de mémoire plus de 13% de chômeurs). Chaque candidat a probablement sa petite idée pour relancer l’activité économique sur le bassin. Abdou Diallo par exemple parlait d’un grand projet de plate-forme numérique « Inopôle » (Ino pour innovation) comme il s’en est expliqué à regardactu. Vous-même, vous aviez parlé de la possibilité de l’implantation d’une usine de magnésium avant votre premier mandat. Un projet qui n’a jamais abouti. Cette fois-ci avez-vous un grand projet structurant pour les années qui viennent qui soit en mesure de relancer l’économie et de redonner de l’espoir aux jeunes et aux moins jeunes qui désespèrent de trouver du travail ?

DD : Non, je conteste ces chiffres car là aussi ils sont faux. Il y a une chose qui me choque, c'est que certains militants politiques s'ingénient à donner une image aggravée de la situation à Montluçon. Je trouve cela désespérant. Je reviens à mon idée: nous devons donner la meilleure image possible de notre bassin montluçonnais. A quoi ça sert de dire que l'on a perdu de la population ? A quoi ça sert de dire que le chômage est plus grave qu'ailleurs ? Moi je vais vous dire que le bassin industriel montluçonnais qui est le deuxième bassin industriel d'Auvergne résiste plutôt bien à la crise. Nous n'avons pas eu d'entreprise industrielle qui dépose le bilan. Alors on nous prend les chiffres de l'ensemble du bassin. Moi, je ne suis pas opérant sur Commentry ou sur Vaux, même si je le fus lorsque j'étais vice- Président du Conseil Régional. Notre bassin industriel a beaucoup mieux résisté que beaucoup d'autres. Cela demande une attention soutenue et je me bats pour les entreprises de manière permanente. Juste avant de venir, j'avais encore le Directeur d'une grande entreprise montluçonnaise au téléphone. Je travaille avec eux de manière permanente. J'ai réussi à lier avec eux, soit avec les PDG, soit avec les directeurs, des relations de confiance et c'est à ce prix-là que nous avons maintenu l'emploi sur notre bassin montluçonnais. Je pense que certaines entreprises seraient dans la sciure s'il n'y avait pas eu notre présence pour les soutenir.

Nous avons donc fait un travail considérable. D'abord en 2001, car je vous rappelle qu'en 2001, Dunlop partait en Allemagne. Il y avait déjà eu un plan social qui concernait 400 salariés et les 700 qui restaient partaient en Allemagne. Je me souviens également de ce déjeuner avec Pierre Fort, le PDG de la SAGEM qui voulait quitter Montluçon et Landis & Gyr qui quittait non seulement Montluçon, mais en plus l'hexagone. J'ai réussi en travaillant avec eux, à les convaincre de rester sur le bassin montluçonnais. Mieux que ça, l'ancien PDG de la SAGEM avec qui j'avais noué des relations de confiance et plus que ça, d'amitié, a créé la nouvelle unité de production Coriolis sur Montluçon avec 55 millions d'euros d'investissement. Quand la crise est arrivée, Dunlop avait 23 millions d'investissements programmés, quant à Landis & Gyr ils étaient sur un nouveau projet sur la zone de la Loue pour fabriquer le nouveau compteur Linky. Donc notre bassin montluçonnais n'est pas en mauvaise santé.

Entretien avec Daniel Dugléry

A quoi ça sert de dire que le chômage est plus grave qu'ailleurs ? Moi je vais vous dire que le bassin industriel montluçonnais qui est le deuxième bassin industriel d'Auvergne résiste plutôt bien à la crise.

Alors oui, on a eu effectivement des dépôts de bilan, mais de toutes petites entreprises. Souvent c'est 1 salarié. C'est le propriétaire de l'entreprise, mais cela, c'est vrai partout. Au niveau régional, c'est 1 000 entreprises qui ont déposé le bilan en 2013 et notre bassin résiste plutôt bien.

Et maintenant, je voudrais dire une chose. Pour soutenir les entrepreneurs il faut de la confiance pour les accompagner. J'ai eu dernièrement une expérience douloureuse avec une entreprise que j'ai accompagnée dès le début. Une entreprise qui a créé 160 emplois et qu'une centrale syndicale se proposait tout simplement de mettre à genoux.

RA : Vous parlez de Environnement Recycling, je suppose ?

DA : Bien sûr, et il a fallu que l’État mette les choses à plat en disant que tout ce qui avait été affirmé était faux et que l'entreprise avait mené le combat qu'il fallait pour préserver la santé et la sécurité de ses salariés. Il a fallu ensuite que je me batte avec le Conseil Régional pour obtenir l'enveloppe indispensable afin d'acquérir le matériel nécessaire pour assurer la sécurité des salariés et aujourd'hui, je déplore de ne pas être suffisamment écouté et entendu par le Conseil régional. Il y a un certain nombre de pistes qu'il faut regarder de manière pragmatique en mettant l'idéologie au placard car il faut regarder les choses en face. Et moi, j'ai un certain nombre de choses à dire. J'ai vu que René Souchon (Président de Région) était en soutien à Frédéric Kott sur son programme.

RA : C'est naturel, non ?

DD : Oui et non car quand on tire sur un bassin, je trouve assez singulier que l'on vienne soutenir celui qui veut devenir le leader de ce bassin. Car j'ai un tas de griefs à articuler contre la Région.

Quand j'étais Président du Comité d’expansion économique, on a réussi un certain nombre de coups tout à fait intéressants. On a complétement réhabilité la friche de Dunlop sur la Loue. Je peux dire que j'y ai mis toute ma volonté politique et j'ai obtenu des moyens pour le faire grâce à ceux qui étaient en place à l'époque. Si René Souchon avait été Président de Région en 2001, la zone de la Loue serait toujours en friche. Car à l'époque, j'ai obtenu des aides de la part de Valéry Giscard d'Estaing, des aides de la Région, mais aussi de l’État et de l'Europe pour l'immobilier industriel . Pour des raisons qui m'échappent complétement, René Souchon ne veut plus mettre un sou sur de l'immobilier industriel. Or il faut bien bien comprendre une chose, surtout avec la crise que nous vivons : si un investisseur vient voir le Maire pour lui dire "j'ai un projet industriel, que m'offrez-vous pour que je me pose dans votre territoire ?" si vous lui dites "on ne vous propose rien", eh bien, il va aller voir ailleurs.! Car il y a des Régions aujourd'hui où l'immobilier industriel est soutenu. Or ce qui intéresse l'investisseur, c'est son process, c'est pas la coque. Eh bien, nous, nous avions mis au point tout un dispositif qui nous permettait de dire à l'investisseur "la coque on s'en occupe". Pour des raisons que je n'arrive pas à comprendre, René Souchon est hostile, mais vraiment hostile à l'investissement dans l'immobilier industriel. Cela veut dire qu'il nous plombe complétement pour l'arrivée de nouvelles entreprises.

Il y a quelque chose que je ne peux pas non plus accepter, c'est le sectarisme. On a un Centre d'appels qui a fermé et là, je pourrais adresser un tas de griefs à Monsieur Montebourg, car à deux reprises j'ai trouvé des repreneurs et à chaque fois j'ai saisi le Ministère du redressement productif et à chaque fois, j'ai eu des réponses à la guimauve. Nous n'avons pas eu de réel soutien. Le premier repreneur reprenait les 73 salariés, immédiatement ! Il demandait simplement que le Ministère fasse pression sur les suédois qui quittaient la France dans des conditions scandaleuses, ce qui n'a pas été fait de manière suffisante. Et puis récemment, avec le Président du Conseil Général communiste avec qui je travaille très bien, on a retrouvé un repreneur pour le Centre d'appels. J'ai alors demandé à René Souchon qu'on applique la doctrine qu'on applique chaque fois pour ce type d'activité, c'est-à-dire 1 200 euros en accompagnement pour chaque emploi créé. Or tenez-vous bien, ce qui avait été accordé à une commune du Puy de Dôme pour un Centre d'appel a été refusé à Montluçon. Je trouve cela absolument scandaleux et indigne de la part d'un Président de Conseil Régional ! Et quand on est en crise, ce genre de situation est absolument inacceptable.

Autre point, cela fait des années que je demande que l'on consacre une enveloppe nécessaire au maintien du commerce de proximité, car celui-ci subit quelque chose de terrible aujourd'hui, c'est les normes. Je trouve d'ailleurs que nos parlementaires ne sont pas assez vigilants par rapport à ce qui nous arrive de l'Europe. Et pourtant, on rajoute des normes. J'ai des exemples très concrets à Montluçon de jeunes qui voudraient reprendre des commerces et qui ne peuvent pas car les banquiers ne font pas de prêts aux jeunes couples pour reprendre, qui une boucherie, qui une charcuterie ou un traiteur s'ils ne sont pas accompagnés correctement par la puissance publique, c'est-à-dire par la Région, voire par l’État. Or cela fait un moment que je demande que l'on mobilise une enveloppe suffisamment conséquente pour accompagner les jeunes couples dans la remise aux normes. Et si c'était le cas, nous ne verrions pas tous ces petits commerces fermer, comme dans toutes les villes de France. Cette enveloppe au niveau régional, nous ne l'avons pas.

Aujourd'hui, il y a un problème majeur dans notre économie et il y a unanimité sur l'analyse: c'est que nos entreprises ont trop de charges par rapport à nos voisins. Il faudrait que l'Europe aille un peu plus vite et que l'on ait pas de dumping social au niveau européen, ce qui fait que nos chefs d'entreprise courent le cent mètres avec des semelles de plomb du fait de ces charges qui sont excessives. L'ancien Président Giscard d'Estaing avait proposé un dispositif en partenariat avec les Chambres Consulaires pour participer à la prise en charge des charges des entreprises. Ce dispositif qu'il avait mis en place ensuite au Conseil régional avait permis de créer 4 000 emplois. Quand j'ai proposé cela à René Souchon, il a dit que "ce n'était pas le rôle de la région". Eh bien moi, je regrette, quand on est en guerre économique, il faut se donner les moyens d'affronter les batailles et un des moyens, c'est d'aider nos entreprises. La aussi, je me suis heurté à un principe idéologique qui veut que l'on n'aide pas les entreprises. Au final, on met de l'argent sur la communication qui ne sert à rien et on mégote pour 30 000 euros pour recruter une trentaine d'agents pour le Centre d'appels de Montluçon. Donc, je dis que nous ne sommes pas convenablement soutenus par la Région. J'en ferai demain un vrai combat. Je viens d'adresser une longue lettre à René Souchon pour lui exposer un plan en 7 points qui permettrait de venir en aide à l'économie régionale.

RA : Mais je vous demandais aussi si à l'instar d'Abdou Diallo, vous aviez un projet phare qui soit en mesure de booster l'activité économique sur notre ville ?

DD : Alors, je ne voudrais pas être désagréable à l'égard de mon ami Abdou, mais on voit bien que du développement économique, il n'en a pas fait beaucoup. On peut avoir des grandes idées, mais moi j'ai obtenu, lors du forum des villes, qu'Orange vienne équiper Montluçon de la fibre optique et Montluçon sera la première ville dans la région à être équipée de la fibre. Donc j'y crois, bien évidemment. Les nouvelles technologies vont porter un certain nombre de nouveaux projets et de nouveaux process. Mais quand on a dit cela, on n'a pas fait grand chose. On n'a fait que notre devoir, je dirai. C'est à dire que l'on a apporté les moyens de développement à notre collectivité. C'est bien, mais c'est largement insuffisant. Alors oui à l'innovation, mais après il faut aller chercher les entreprises. Il y en a qui lancent des grands projets et attendent ensuite que les entreprises viennent. Moi je lance des lignes partout et je tire la ligne quand le bouchon commence à frétiller et je reçois tous les chefs d'entreprises, quelque soit leur projet. Car certaines entreprises qui ne sont pas immédiatement intéressées par la fibre, peuvent l'être par la suite. Donc, il ne faut pas cibler sur une catégorie d'entreprises. Il faut cibler tous les moyens de développement économique de notre bassin et je dirai que cela commence par la confiance avec le tissu économique local. J'ai vu des entreprises arriver à Montluçon, car d'autres chefs d'entreprises avaient dit "ici on est bien accueilli".

Nous parlions d'environnement recycling tout à l'heure. Et bien cette entreprise va nous attirer d'autres entreprises spécialisées dans le traitement de nos nombreux déchets. Nous avons deux entreprises avec lesquelles nous sommes en discussion. Moi je crois beaucoup plus à ce type de réseau qu'à la "Silicon Valley" montluçonnaise. Car avec les moyens de transports que nous avons et je pense en particulier aux chemins de fer, quand un investisseur regarde la carte, si on a pas cette dynamique d'accueil des entreprises, cela ne marche pas. Il faut être attentif pour analyser toutes "les offres de développement" intéressées par notre territoire et surtout convaincre ceux qui sont déjà en place de faire venir d'autres partenaires industriels.

Entretien avec Daniel Dugléry

Si René Souchon avait été Président de Région en 2001, la zone de la Loue serait toujours en friche.

Démocratie participative

RA : Les citoyens ne doivent-ils pas être associés directement au niveau de la commune à la répartition des financements sur des projets précis, comme l'avait fait une sénatrice écologiste pour sa réserve parlementaire ?

DD : Cela fait 13 ans que nous pratiquons ainsi. A mon arrivée en 2001, j'ai souhaité avoir ce lien avec la population, de différentes façons. Avec le recul maintenant, je peux dire qu'il y a des choses qui ont fonctionné et il y en a qui n'ont pas fonctionné. J'avais même imaginé une certaine forme de sectorisation de la ville avec à la tête de chaque quartier un élu et une petite enveloppe budgétaire dédiée à des équipements. Ce projet s'est un peu effondré car on s'aperçoit quand on gère une ville que tout est dans tout. On a donc décidé de traiter les choses globalement mais en plein accord avec la population et à partir des suggestions de la population dans les quartiers. Et j'ai créé en plus ce que l'on appelle les "correspondants citoyens" qui sont des personnes qui acceptent d'être les porte-parole de leurs voisins immédiats. C'est d'ailleurs un dispositif remarquable, car ils nous font remonter toutes les difficultés du quotidien du quartier et en même temps, ils servent de relais auprès des gens du quartier sur nos vrais projets car ils sont régulièrement mis au courant par l'élu en charge du secteur. En plus de quoi, on organise des réunions de quartier et auxquelles je participe. On discute et nous agissons au niveau de la commission spécialisée.

Ensuite, j'ai créé le Conseil Municipal des Jeunes qui fonctionne très bien et le Conseil Municipal des Séniors qui fonctionne un peu moins bien car parfois ce dernier voulait se substituer aux Commissions et il y a eu quelques frictions. Nous avons donc en matière de démocratie participative, une très bonne expérience.

J'avais aussi essayé de créer un Conseil Economique et Social rassemblant quelques montluçonnais porteurs de compétences et qui auraient pu nous éclairer sur l'évolution de la ville. Là aussi je dois dire que c'est parti dans tous les sens car c'est compliqué de faire vivre ce type d'assemblée et là aussi il y a eu une sorte d'affrontement avec les Commissions. Je crois qu'il faut être toujours attentifs à la bonne pratique des fondamentaux. Il y a un bureau municipal où sont prises toutes les décisions de manière collégiale. Il y a un Conseil municipal qui valide ces décisions et puis il y a les Commissions entre les deux qui travaillent avec toutes les sensibilité politiques. On pratique aussi le référendum direct, notamment pour tout ce qui est circulation, stationnement, etc...

Entretien avec Daniel Dugléry

On organise des réunions de quartier auxquelles je participe. On discute et nous agissons au niveau de la commission spécialisée.

Les transports et les déplacements en ville :

RA- L’arrivée de l’A 71 n’a pas réussi réellement à désenclaver la ville. Côté chemins de fer, des travaux ont amélioré la ligne vers Clermont-Fd , mais nous n’avons toujours pas de ligne grande vitesse qui nous relie à Paris. Quelle est votre avis sur cette question et que comptez-vous faire si vous êtes réélu Maire ?

DD : Alors ça, c'est la mère des batailles. Heureusement que nous avons eu l'A71, sinon nous serions morts aujourd'hui, mais ce n'est pas suffisant et il faut absolument faire pression sur l’État et sur les Régions, car les deux sont concernées, pour obtenir dans les meilleurs délais la refondation de la ligne ferroviaire Montluçon/Bourges.

Coté routes, je rappelle que j'ai obtenu de haute lutte la RCEA à deux fois deux voies, grâce à deux Ministres à qui on doit tout, Gilles de Robien et Dominique Perben qui ont arraché cette deux fois deux voies jusqu'à Montluçon et l'A 714 que j'ai obtenu avec les deux mêmes Ministres, qui relie l'A71 et la RCEA. Cela, c'était vraiment fondamental pour le maintien de Montluçon.

Dans l'ancien gouvernement qui se penchait sur les dossiers des lignes à grande vitesse, nous avions encore un Ministre auvergnat, Brice Hortefeux qui s'était battu pour que le dossier qui était sous la pile, soit mis dessus et donc nous avons eu l'immense privilège de figurer dans le grand débat national sur l'implantation des lignes à grande vitesse dans notre pays. Je me suis impliqué de manière très forte dans ce débat national car nous avons été confrontés à un combat entre les sudistes (Montluçonnais) et les nordistes (Nevers, Moulins). J'ai fait en sorte de travailler avec les uns et les autres afin de trouver un sillon médian qui puisse satisfaire tout le monde. On a fini par trouver la pierre philosophale avec un sillon qui passe par Bourges. Un sillon qui nous intéresse puisque la refondation de la ligne Montluçon-Bourges est également prévue: pas un simple rafistolage mais une véritable refondation qui nous permette d'accueillir le TGV en gare de Montluçon.

Nous en étions là jusqu'à une date récente et tout le monde tirait dans le même sens. Sauf que depuis quelques temps, des voix s'élèvent au niveau national pour dire que l'on pourrait se contenter d'une amélioration de la ligne Clermont-Ferrand-Paris et on passe en pertes et profits la ligne Montluçon-Bourges. Mais là, je ne lâcherai pas. J'ai écrit à tout le monde et j'ai eu une réponse du Cabinet d'Arnault Montebourg qui m'invite à le rencontrer avec une délégation car je lui expliquais dans ce courrier qu'il s'agissait de la survie économique de Montluçon. Je me rendrai à cette invitation. pour que la ligne Montluçon-Bourges soit dans la première phase des rénovations des lignes. C'est 100 millions d'euros sur un projet de 14 milliards. Donc, c'est jouable..

RA- Certaines villes ont mis en place la gratuité des transports urbains (gratuité des bus notamment). Partout où cela a été fait, on constate que cela a permis de diminuer la pollution, fluidifier la circulation et resocialiser les personnes exclues ou avec peu de moyens. Peu de villes reviennent d’ailleurs en arrière. Nelly Depriester a inscrit dans le programme du Front de Gauche la gratuité des premiers m3 d’eau ainsi que la gratuité des transports urbains sur l’agglomération. Quelle est votre position et êtes-vous prêt à étudier cette question ?

DD : De nombreuses études ont montré que la gratuité ne renforçait pas la fréquentation des transports en commun. Pire que ça: on s'aperçoit que la gratuité conduit mécaniquement à une dégradation du réseau. Des dégradations du réseau qui augmentent les coûts d'exploitation de manière importante et on ne peut pas aggraver le coût du transport pour la Communauté d'agglomération. Certains disent que l'on va faire payer les entreprises. Est-ce le moment de dire cela aux entreprises ? Je ne le pense pas. Cette affaire de gratuité est donc une fausse bonne idée. Par contre, je suis ouvert à toute discussion avec nos concitoyens pour que l'on étudie des possibilités de transports à la demande, notamment pour les personnes âgées.

Entretien avec Daniel Dugléry

De nombreuses études ont montré que la gratuité ne renforçait pas la fréquentation des transports en commun. Pire que ça: on s'aperçoit que la gratuité conduit mécaniquement à une dégradation du réseau

RA- L'aménagement de certaines pistes cyclables à Montluçon sont l’objet de critiques. Le Président de Cyclopède le rappelait ici même dans les colonnes de Regard actu. De nombreux points noirs ont été identifiés par des usagers. Envisagez-vous de revoir les tracés, de les renforcer et d’améliorer la sécurité du réseau cyclable ?

DD : Nous l'avons déjà fait. Je ne suis pas sourd aux appels de Cyclopède, mais nous sommes dans un réseau urbain qui existe et qu'il est très difficile de modifier. Pour modifier les infrastructures pour mettre des pistes cyclables, c'est pas très facile. Moi aussi je fais du vélo et je constate qu'il y a très peu de gens qui en font. Montluçon est une ville vieillissante et les personnes âgées préfèrent prendre leur véhicule pour aller faire leurs courses et ce que je dis est également vrai pour les bus. Alors on intègre et on intègrera un certain nombre de réflexions de Cyclopède qui trouve que l'on n'en fait jamais assez, Mais on le fera progressivement car on ne peut pas changer toutes les infrastructures d'un seul coup.

Quand je suis arrivé en 2001, on a revu entièrement le plan de circulation. Les deux ponts principaux étaient en sens unique et cela provoquait une "thrombose" circulatoire à certaines heures de la journée. On a mis les deux ponts à double sens comme je l'avais connu quand j'étais gamin et il ne vient plus à l'idée de quiconque de remettre en cause cette décision aujourd'hui. Donc je tiens compte de ces observations, mais encore une fois, il n'est pas possible d'aller contre un certain nombre d'habitudes à Montluçon. Je constate que les cyclistes peuvent se déplacer dans Montluçon de manière relativement aisée et facile. Moi je le fais, j'ai 68 ans, les jeunes peuvent le faire aussi facilement que moi, mais on peut faire mieux et on a d'ailleurs un certain nombre de projets pour le prochain mandat.

Entretien avec Daniel Dugléry

Je constate que les cyclistes peuvent se déplacer dans Montluçon de manière relativement aisée et facile. Moi je le fais, j'ai 68 ans, les jeunes peuvent le faire aussi facilement que moi.

L'environnement et les déchets :

-RA : Vichy a mis en place une recyclerie. Ce n'est pas le cas à Montluçon. Que pensez-vous d'un tel projet pour notre ville ?

DD : Oui pourquoi pas, c'est une idée qu'il faut creuser. D'autant que l'on a Environnement-Recycling qui reçoit des appareils encore sous cellophane: c'est une unité de recyclage de déchets qui fonctionne bien. Par exemple pour l'informatique, ils remettent en état et revendent des ordinateurs. Moi, à plusieurs reprises je leur ai demandé des frigos, des gazinières pour des personnes âgées impécunieuses, ils nous les donnent immédiatement.. On pourrait donc adosser ce genre d'installation à Environnement Recycling, j'y suis tout à fait favorable.

La fermeture des commerces

RA Vous avez été l’un des principaux artisans de la zone commerciale St-Jacques et vous avez affirmé que l’implantation de nouvelles enseignes allait booster l’activité économique de la ville. C’est en tout point l’orientation de la politique de l’offre que défend le Président de la République qui pour le moment est mise en échec par la réalité des faits. Certains commerçants du centre ville n’ont pas manqué de contester cette analyse et craignent pour la survie de leur commerce. Que pouvez-vous dire pour les rassurer ?

DD : Nous vivons une vraie mutation du commerce et cette analyse a été faite au niveau communautaire. J'invite mes concurrents à faire preuve d'objectivité. Toutes les décisions concernant le commerce, ont été prises en Conseil communautaire et je dirais même mieux, dans l'exécutif communautaire, c'est-à-dire le bureau communautaire.

Le premier qui est venu me voir pour me dire "il faut relancer le commerce" c'est Jean Desgranges, Maire communiste de Domérat et il avait raison. Le deuxième, c'est Marc Malbet, Maire socialiste de Domérat. Alors quand j'entends un certain nombre de mes concurrents dire que l'on a tué le petit commerce en implantant des grandes surfaces à la périphérie, j'invite ceux-ci à plus de prudence.

Nous étions dans une situation particulièrement préoccupante à la fin des années 90, début des années 2 000. C'est pas moi qui le dis, c'est une étude qui portait sur les bassins économiques de la région réalisée par la CRCI de Clermont-Ferrand et qui montrait que la courbe du chiffre d'affaire commercial de notre bassin était en constante diminution. Pour un peu, on allait tutoyer celle de Moulins qui ne représente que la moitié des habitants de Montluçon et on était en train de décrocher par rapport à celle de Vichy. Que se passe t-il lorsque nous n'avons pas d'offres commerciales qui correspondent aux demandes des citoyens consommateurs ? Et bien, ils vont ailleurs ! Nous avions une évasion commerciale extraordinaire sur Vichy, Clermont-Ferrand et Bourges. Grâce à ce dynamisme que l'on a mis en place de manière concertée, toutes sensibilités politiques confondues, nous avons progressivement fait remonter le chiffre d'affaire global au niveau de celui de Vichy, avant l'ouverture du centre commercial St-Jacques. On a agrandi de manière formidable la zone de chalandise de Montluçon. Regardez ce qui se passe en fin de semaine avec les 23, les 18, les 63 qui viennent désormais à Montluçon. Si on élargit la zone de chalandise, cela doit profiter à tous les commerçants à condition toutefois qu'ils soient dynamiques.

Regardez le Bd de Courtais. Il reste combien de commerces familiaux ? Il n'y en a pratiquement plus. Ce sont des enseignes nationales et on retrouve le phénomène dans toutes les villes de France. Je pense que la zone de St-Jacques va drainer des clients vers le centre-ville et il faut que les commerçants du boulevard rentrent dans ce nouveau challenge. Pour cela, on est en train de mettre en place un outil extraordinaire qui est la plateforme I-commerce que j'ai voulue avec la Chambre de Commerce et d'Industrie de Montluçon. C'est Thierry Vincent, le Maire de St-Amand Monrond qui m'a mis sur la piste car la plateforme qu'il avait mise en service dans sa ville marchait bien. On est en train de vivre une évolution formidable du commerce en ligne et nous, on va l'accompagner. Je veux que nous ayons un drive qui rassemble toutes les commandes qui seront passées par les commerçants et j'ai mis dans la plateforme I-commerce 95 communes. C'est-à-dire que l'on va servir de vecteur en même temps à tous les petits producteurs. Je peux vous dire que les Maires de ces communes sont enchantés car cela va sauver le petit commerce chez eux. A terme, on ira encore plus loin, on fera des livraisons à domicile à partir du drive pour concurrencer les grandes surfaces et je veux que les petits commerces soient au même niveau de service que celles-ci.

RA : Beaucoup de personnes sont attachées au respect de l’environnement ainsi qu’aux problèmes de santé liés à la malbouffe. A Montluçon, des producteurs font de la vente directe de leurs produits sur le parvis d’Athanor tous les vendredis. Cette formule rencontre un franc succès et parfois les files d’attente s’allongent devant leurs étals. Dans certaines villes, on réfléchit à mettre en place des halles alimentaires (sortes de marchés couverts) afin d’améliorer les conditions de travail des producteurs mais aussi pour le bien-être des clients qui attendent parfois dans le froid ou sous la pluie. Cela suppose de trouver un lieu adapté et d’investir dans ce projet. Y êtes-vous prêts ?

DD : Cela fait 13 ans que j'en rêve. Une fois élu, ma première idée était de créer un marché couvert. J'ai alors entrepris des négociations avec des commerçants et j'ai compris tout de suite que si l'on faisait le marché couvert dans la vielle ville, on se mettrait à dos tout Ville-Gozet et vice versa. J'ai fait appel à un architecte qui m'a proposé un super projet. Un marché couvert sur le Cher qui relie les deux rives. Un projet magnifique qui serait le haut lieu du commerce de bouche, notamment. A tel point que j'ai toujours gelé la Place des Trois-Ayards et l'ancienne Gare routière et si un jour les commerçants en sont d'accord on le fera avec une possibilité d'extension sur les deux places. Alors oui, je pense qu'il faudrait un marché couvert entre les deux rives, mais pour cela il faudrait l'adhésion des commerçants.

Entretien avec Daniel Dugléry

J'ai fait appel à un architecte qui m'a proposé un super projet. Un marché couvert sur le Cher qui relie les deux rives

L’hôpital de Montluçon.

RA : L’administration provisoire de l’Hôpital de Montluçon a décidé de mettre fin au groupement de coopération sanitaire de cardiologie. Êtes-vous affecté par cette décision et pensez-vous qu’elle nuira à la qualité des soins sur notre bassin de vie ?

DD : Alors c'est beaucoup plus complexe que cela. L'hôpital de Montluçon, c'est ma préoccupation depuis mon élection. Quand je suis arrivé, l'hôpital était en totale déshérence. On avait ouvert un chantier sur le site de l'ancien hôpital. Ce chantier n'était pas maitrisé et on avait accumulé des erreurs qui avaient conduit à une dérive financière insupportable. Tant est si bien qu'en 2004, on avait consommé l'ensemble de l'enveloppe sur la première partie de rénovation. Nous n'avions toujours pas entamé la déconstruction du bâtiment et nous n'avions pas un sou pour construire le PT2. Comme il était impensable de laisser cet hôpital dans cet état, je me suis battu. D'autant qu'il y a eu des erreurs qu'il a fallu gérer. J'ai dû trouver l'argent pour construire le PT2: j'ai donc rencontré les ministres successifs de l'époque pour obtenir une rallonge, d'abord de 20 millions d'euros pour le PT2 et ensuite des rallonges successives d'environ 10 millions d'euros pour faire vivre l'hôpital. Car si c'était une entreprise, elle serait liquidée depuis longtemps. On ne peut pas liquider un hôpital. Donc tout mon travail a été de convaincre les uns et les autres de fonctionner normalement et surtout assumer les investissements permanents et essentiels pour la bonne vie d'un hôpital.

Or, nous avions une dette abyssale et les établissements bancaires ne voulaient plus nous prêter d'argent. Tout cela était lié aux erreurs de chantier et aux erreurs considérables de fonctionnement. Et pendant 13 ans, je me suis battu contre vents et marées pour revenir à des choses plus rationnelles pour le fonctionnement de notre hôpital. Je n'y suis pas parvenu, j'ai rencontré des oppositions politiques permanentes. Au moment où l'IGAS et la Chambre Régionale des Comptes demandaient la réduction de la masse salariale, on me proposait d'engager 127 agents nouveaux pour emménager dans le PT1. On sortait de locaux vétustes pour rentrer dans des locaux neufs et fonctionnels et on me disait qu'il fallait recruter 127 personnes. J'ai vécu des moments terribles avec l'hôpital !

Il y a deux ans, nous avions conçu un plan de retour à l'équilibre budgétaire avec l'ARS (Agence Régionale de Santé) à partir d'un redéploiement de 35 agents. Ce plan n'a pas été exécuté car on s'est heurté à des oppositions politiques, lesquelles disaient que l'on affaiblissait l'hôpital et qu'il fallait recruter. Tout ceci se passait sous l'ancienne majorité et c'était Xavier Bertrand qui était aux affaires. Puis François Hollande a été élu Président de la République et Madame Marisol Touraine est devenue Ministre de la Santé et ceux qui demandaient la veille toujours plus d'argent ont été confrontés à quelqu'un qui leur disait "non, et maintenant ça suffit l'hôpital d Montluçon! Puisque vous n'êtes pas capables de régler vos problèmes entre vous, nous allons mettre une administration provisoire."

L'administration provisoire est arrivée depuis quelques mois et supprime 96 emplois. Je pourrais faire de la politique et hurler avec les loups. je ne le fais pas, car j'ai le courage de le dire, l'administration provisoire fait son travail et remet l'hôpital sur les bons rails. On a voté hier le projet d'établissement, alors que cela faisait 10 ans qu'on essayait de le faire. Heureusement, deux administrateurs ont remis les pendules à l'heure et ils ont dit qu'il fallait remettre cet hôpital sur les ratios de fonctionnement qui prévalent partout en France. Ils sont en train de s'attaquer au déficit structurel de notre hôpital qui est de 8 millions/an et on a trois ans pour revenir à l'équilibre budgétaire. Je pense qu'ils y parviendront car ce sont de grands professionnels et ils ont pris les bonnes décisions.

Voila pour le fonctionnement. mais nous sommes aussi confrontés à un problème de démographie médicale. Nous ne sommes pas les seuls à connaître ce phénomène. Cela est vrai dans beaucoup d'endroits. On n'a pas le droit de se faire concurrence avec l'hôpital privé. Au contraire, on est dans une telle situation les uns et les autres qu'il faut rassembler nos forces: c'est-à-dire mutualiser nos savoir-faire et nos moyens. On a la chance d'avoir des plateaux techniques remarquables aussi bien sur la clinique que sur l'hôpital. On a moins de chance pour les praticiens. Il faut donc se rassembler. Maintenant il faut amener les médecins de l'hôpital et de la clinique à travailler ensemble. J'y consacre beaucoup de temps et je cois que l'on n'est pas loin d'aboutir. J'ai eu encore au téléphone tout-à-l'heure le Directeur de la clinique pour lui dire : "on a avancé sur tel point et tel autre". Il reste un point, c'est celui de la chirurgie. Il faut savoir comment on peut répartir la chirurgie du dur et la chirurgie du mou sur les deux structures. Certains scénarios penchaient pour un transfert de toute la chirurgie vers l'hôpital. Cela n'est pas acceptable ni pour les uns, ni pour les autres. Donc, il faut que l'on travaille intelligemment pour trouver le moyen terme. On ne peut pas avoir des urgences sans chirurgie orthopédique derrière. Cela fera l'objet d'une réunion très prochainement pour essayer d'arriver à l'essentiel. Je suis confiant car nous ne sommes plus dans la situation d'il y a trois ans. Les choses avancent et cela va produire très rapidement des effets. Quand nous aurons une population de cardiologues suffisante, nous allons pouvoir obtenir un plateau de coronarographie. J'ai l'assurance de l'ARS et pour nous c'est quelque chose d'absolument essentiel. C'est même un combat de 13 ans. On a toujours tort d'avoir raison trop tôt et finalement ce que je proposais de faire il y a 13 ans, on le fait 13 ans plus tard !

Propos recueillis par Philippe Soulié, le 13 février 2014 à Montluçon.

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