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Regard Actu clôt ses entretiens des 5 têtes de listes qui de Montluçon avec l'entretien de Véronique Dreyfus qui conduira celle de Lutte ouvrière à Montluçon. J'ai souhaité donner pleinement la parole à chacun des candidats afin que les internautes puissent avoir toutes les informations utiles et juger en connaissance de cause et se déterminer en conscience le jour des élections. Même si ce site est clairement orienté à gauche, j'ai tenté fais en sorte de rester le plus neutre possible dans les questions que j'ai posé aux uns et aux autres. D'ailleurs, vous êtes plusieurs à l'avoir remarqué, beaucoup des questions posées sont communes à tous les candidats.

Cependant pour l'entretien avec véronique Dreyfus, cela n'a pas été le cas et pour une raison bien simple. La candidate de Lutte Ouvrière n'aspire pas à devenir Maire et sait fort bien qu'elle n'a aucune chance si on se réfère aux résultats par le passé (et même au niveau national). Les questions qui portent sur la gestion de la commune auraient conduit à une impasse puisque c'est le système lui-même que Lutte ouvrière rejette. Pour eux, c'est la table qu'il faut renverser. Gérer selon les règles capitalistes ne les intéressent pas.

Véronique Dreyfus s'est fait accompagner par Cédric Lachaume, le N° 2 sur la liste de Lutte ouvrière. L'entretien a donc été réalisé avec les deux (VD pour Véronique Dreyfius et CL pour Cédric Lachaume).

Regardactu : Lutte Ouvrière présente une liste pour ces municipales. Cela fait la deuxième fois (la première fois c'était en 2008). Pourquoi cette liste et quel est l'intérêt pour vous de s'investir dans cette campagne ?

Cédric Lachaume : Pour nous l'intérêt, c'est de faire entendre le camp des travailleurs. Certes, il y a les problèmes municipaux, mais les principaux problèmes auxquels doivent faire face les classes populaires, c'est les licenciements et le chômage. C'est cela que nous voulons faire entendre dans cette campagne et nous nous voulons nous servir de cette campagne pour cela.

Véronique Dreyfus : Et nous faire entendre, c'est permettre aux gens de notre monde de voter pour la liste de Lutte Ouvrière.

RA : Précisément votre monde s'arrête-t-il à celui des travailleurs et des salariés ? Les artisans et les commerçants en font-ils partie ?

CL: Les artisans et les commerçants sont tenus par les banquiers à qui l'État a versé des milliards suite à la crise. Or ces aides, les banques ne s'en sont pas servi pour aider les petits artisans et les commerçants en difficulté. Aujourd'hui, artisans et commerçants sont dans la mouise, car ils dépendent des travailleurs, qui eux perdent leur boulot. Et quand on perd son boulot, on a moins de revenus et on fait moins appel aux commerçants et aux artisans.

VD : Les travailleurs, ce n'est pas que les ouvriers dans les usines. c'est tous ceux qui n'ont que leur force de travail pour vivre et qui font tourner toute la machine économique. Cela peut être les travailleurs intellectuels, les personnes qui travaillent dans les services publics, etc. Il faut donc qu'ils se réunissent.

RA : Dans les urnes pour faire plus de poids je suppose ?

VD : Ce n'est pas dans les urnes que la classe ouvrière doit s'unir pour faire plus de poids, c'est dans la rue, dans les usines car c'est là qu'elle est forte.

RA : Mais comme nous sommes là pour parler des municipales, je vous posais la question pour connaitre votre position sur les élections. Pour les ouvriers que vous défendez, n'est pas un moyen de faire connaitre leur désaccord à cette politique que vous condamnez ?

VD : Oui, cela n'est pas faux. Mais le fait d'utiliser les urnes, c'est surtout pour faire connaitre un programme de lutte.

CL : C'est vrai aussi que voter pour notre liste cela permet aux travailleurs d'exprimer leur rejet du système actuel plutôt que de voter pour le FN qui lui aussi défend ce système.

Entretien avec Véronique Dreyfus et Cédric Lachaume

Pour nous l’intérêt, c'est de faire entendre le camp des travailleurs

RA : Souvent les candidats ne souhaitent pas que l'on fasse le lien entre la politique nationale et le programme local qu'ils promettent d'appliquer. Pourtant, les deux ne sont-ils pas liés pour vous ?

CL : Bien sur que si. Par exemple, le gouvernement va encore diminuer les budgets des communes. D'ailleurs, toutes les décisions prises par le gouvernement auront un impact direct sur les communes. Ensuite, les suppressions d'emplois et les fermetures d'usines, c'est national, cela ne se passe pas qu'à Montluçon. Après quand Bréa ferme chez nous,, c'est 400 personnes à la porte et on voit bien que la politique nationale a des impacts locaux.

RA : Pendant un temps, le FN a prétendu qu'il ne lui manquait que quelques noms pour monter sa liste à Montluçon. En fait, il en était très loin comme on l'a su par la suite. Par contre, c'est la deuxième fois que Lutte Ouvrière présente une liste à Montluçon. Cela veut dire que la gauche est très bien représentée chez nous. C'est un bon signe pour vous ?

VD : Le fait que le FN n'ai pas pu monter une liste, c'est peut-être une bonne chose, mais cela ne change pas qu'au boulot on entend certains collègues qui se disent qu'ils voteraient bien FN car ils sont déçus de la politique menée par la gauche. Aujourd'hui, le PS fait une politique qui défend les patrons, la bourgeoisie et le capitalisme. Mais ils sont aussi écœurés par la politique que mènent le Front de Gauche et le PC. Le PC a toujours dit par exemple que l'on s'en sortirait mieux avec le PS au gouvernement, et même aux dernières élections le PC a dit que ce serait mieux avec Hollande. Or, c'est pire avec Hollande c'est pire car la crise est pire et Hollande fait ce que les patrons lui disent de faire. Tout ceci avec la complicité du Front de gauche et du PC. C'est extrêmement démoralisant pour les militants et rejaillit sur le moral des ouvriers dont un certain nombre se tournent vers le FN et cela est dramatique. Mais pour répondre à la question, nous n'avons pas eu de mal à monter la liste, car même si nous n'avons pas une grande audience, nous avons des personnes prêtes à mouiller la chemise.

Entretien avec Véronique Dreyfus et Cédric Lachaume

Le fait que le FN n'ai pas pu monter une liste, c'est peut être une bonne chose, mais cela ne change pas qu'au boulot on entend certains collègues qui se disent qu'ils voteraient bien FN car ils sont déçus de la politique menée par la gauche.

RA : Le gouvernement a décidé d'une nouvelle baisse des subventionnements des collectivités. Selon les estimations des uns et des autres, cette baisse est estimée entre 1 milliard et 4 milliards et demie. Cela va se traduire par des difficultés supplémentaires pour la gestion des municipalités. Pensez-vous que cela aura des effets localement ?

CL : C'est surtout dégueulasse car d'un coté ils font des cadeaux aux entreprises, 30 milliards il n'y a pas longtemps et pour palier ce manque à gagner, à côté il font des coupes budgétaires sur les communes, sur l'enseignement, sur les hôpitaux. Tout ça pour faire des cadeaux aux riches.

RA : Cela veut dire qu'il y aura encore moins d'argent pour le social ?

CL : Voilà, moins d'aides pour les personnes qui en ont besoin, moins d'argent pour les petites associations d'entraide par exemple.

VD : Les aides du gouvernement baissent alors que les problèmes des gens s'accroissent avec le chômage qui augmente. C'est pourquoi les municipalités ont de plus en plus de mal à résoudre les problèmes.

RA : Pensez-vous que les citoyens doivent être consultés sur la répartition des budgets et êtes-vous favorables à une forme de démocratie participative ?

VD : Nous sommes carrément favorables pour que les travailleurs aient un droit de regard sur le compte des entreprises. Nous sommes d'ailleurs favorables à la levée du secret commercial et industriel pour que les travailleurs puissent contrôler réellement les comptes des entreprises, toutes les entreprises, ainsi que les banques pour savoir où va l'argent. Pour ce qui est de la démocratie participative au niveau de la Mairie, les gens sont trop désespérer pour cela. On ne connait pas le taux d'abstention qu'il va y avoir, mais il va surement être important. Donc ce sera de la démocratie participative pour ceux qui peuvent. Les militants par exemple.

Entretien avec Véronique Dreyfus et Cédric Lachaume

Les aides du gouvernement baissent alors que les problèmes des gens s'accroissent avec le chômage qui augmente

RA : Le Front de Gauche propose de rendre gratuit les premiers m3 d'eau et les transports urbains. Que pensez-vous de cette proposition ?

CL : Oui on y est favorable. Mais Daniel Dugléry a dit que ce n'était pas possible, car cela couterait trop cher. On en revient donc au problème des subventions et au choix national de diminuer les subventionnements aux collectivités.

RA : Certes, mais au niveau local on peut faire des choix. Embellir la place de la Mairie par exemple ou aider en priorité les personnes en difficulté. Ce n'est pas la même chose tout de même ?

VD : Nous ne sommes pas contre mais ce que nous voulons dire, c'est que les problèmes des gens sont devenus trop importants pour se contenter de demander la gratuité de telle ou telle chose. Ce n'est pas l'aumône que les gens demandent, c'est du travail avec des vrais revenus. Ce n'est pas pour faire du contre systématique à ce que le Front de gauche propose, mais cette proposition est dérisoire.

RA : Pourtant, la gratuité, n'est pas aussi une manière de soustraire au capitalisme des services pour qu'ils ne soient pas accaparés par le secteur marchand ?

VD : Mais il faut bien que cela soit financé. Donc, cette idée de gratuité est intéressante, mais elle se heurte au problème du financement. C'est pourquoi nous demandons le contrôle des comptes des grandes entreprises et des banques afin de pouvoir dégager ces financements. Le problème, c'est que les patrons accaparent de plus en plus de richesses et qu'il ne reste plus rien pour les autres.

Entretien avec Véronique Dreyfus et Cédric Lachaume

C'est pas l’aumône que les gens demandent, c'est du travail avec des vrais revenus.

RA : Certaines villes installent des recylceries dans le but de redonner une deuxième vie aux objets qui ont déjà servi et que les gens jettent. Cette idée qui consiste à sortir du productivisme est-elle une bonne idée selon vous ?

CL :Ce qui me vient à l'esprit quand on parle de recyclage c'est "Environnement recycling". Alors, oui, c'est bien beau de recycler, mais comment fait-on ? A environnement Recycling, il y a des salariés qui y travaillent et qui se retrouvent déjà avec des empoisonnements. Tout ça pourquoi ? Pour que l'entreprise fasse du fric aux dépens de la santé des ouvriers. Alors le faire, c'est bien, mais il faudrait aussi contrôler comment on le fait.

RA : mais l'idée de la recyclerie ce n'est pas du tout cela. Il s'agit de récupérer les objets avant qu'ils n'atteignent la déchèterie et de les réparer et de leur redonner une deuxième vie. Il va de soi que l'idée, c'est que tout cela se fasse dans le respect des conditions de travail et d'hygiène. Êtes-vous favorable à cette idée ?

VD : Mais de toute façon les gens ont de moins en moins la possibilité de consommer avec la crise. Ils ont moins d'argent, moins de salaire. Alors cette idée de consommation parallèle, c'est bien sympa, mais si dans le monde militant on propose ces idées c'est que l'on n'a pas confiance dans la capacité de la classe ouvrière à se battre. Nous à Lutte ouvrière, on est persuadé que la classe ouvrière a une capacité de lutte intacte. Alors chez nous cela ne se voit pas aujourd'hui, mais il y a des tas d'endroits où c'est le cas comme en Ukraine ou dans les pays arabes. Là, je pointe la responsabilité du PC et du PS qui font des propositions électoralistes en faisant des propositions comme celle-ci et faisant croire que l'on peut changer les choses par les élections, car cela fait reculer les idées de lutte de classe.

CL : Moi je pense que cela peut effectivement aider les gens, mais dans le monde dans lequel on vit, c'est un peu un pansement sur une jambe de bois. Ce pourquoi, si je me bats, c'est autre système dans lequel on ne produira pas pour le profit mais en fonction du besoin des gens.

RA : S'il manquait au Front de Gauche le pourcentage que réalisera lutte Ouvrière pour être en tête de la gauche le soir du premier tour et accéder ainsi au second tour, ne vous sentirez-vous pas responsables de cet échec ?

VD : Content ou pas content, c'est au Front de Gauche à convaincre. Nous, on pense que la seule utilité des élections c'est de pouvoir exprimer des idées.

Propos recueillis par Philippe Soulié.

Les entretiens précédents :

Abdou Diallo

Frédéric Kott

Daniel Dugléry

Nelly Depriester

Entretien avec Véronique Dreyfus et Cédric Lachaume

Alors cette idée de consommation parallèle, c'est bien sympa mais si dans le monde militant on propose ces idées c'est que l'on n'a pas confiance dans la capacité de la classe ouvrière à se battre

Tag(s) : #Montluçon

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