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Le début de la révolte...
Le début de la révolte...

Manuel Valls et Bernard Cazeneuve condamnent les débordements qui se sont produit à Nantes et à Toulouse durant les manifestations en hommage à Rémi Fraisse. La belle affaire. Tous les deux osent même en appeler à la mémoire du défunt que tous définissent comme quelqu'un de posé, de non violent et de pacifiste. Mais alors, si tel est le cas, pourquoi a-il été tué ?

Toute la soirée, les chaines jumelles d'information continue ont profité des affrontements avec la police pour faire du buzz en diffusant les mêmes images en boucle. Une aubaine pour elles qui ne fonctionnent qu'avec du sensationnel, car cela leur permet de grossir leur audience et in fine les recettes publicitaires qui vont avec.

Ce matin, dans la presse écrite nationale les mots utilisés sont identiques et celui qui revient le plus souvent est le mot "casseurs".Et pour bien montrer que ces derniers n'auraient rien à voir avec les manifestants "pacifistes", ceux-ci prétendent que les casseurs en question agissent en marge des manifestations.

Toute cette logorrhée fait partie maintenant d'une communication bien rodée. Les mêmes mots et parfois les mêmes phrases ont été prononcés après d'autres manifestations bien avant Nantes et Toulouse. Le but ? Disqualifier les manifestants et surtout les faire passer pour des marginaux, comme si en France, tout allez pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Alors, peut-on se risquer à une analyse de cette colère qui s'est manifestée dans les rues de Nantes, de Toulouse et de Lille ? Bien sur, ce n'est pas facile. Mais tout de même, lorsqu'on est un familier des réseaux sociaux, on se rend compte qu'il se passe quelque chose de plus profond dans le pays.

Le ras-le-bol gagne toutes les couches de la société. Ce gouvernement a réussi l'exploit de se mettre à dos pratiquement toutes les couches de la société, que ce soit les salariés, les artisans, les retraités, les handicapés, les chômeurs. Les derniers sondages de "popularité" (si on ose dire) du Président sont catastrophiques. Moins de 15% souhaitent qu'il se représente (c'est dire).

Le monde très fermé de la politique offre une image désastreuse. La prévarication des "élites" atteint des sommets. Beaucoup de politiques confondent les deniers publics avec leurs deniers personnels. Dans le même temps, ces mêmes politiques imposent une austérité toujours plus importante au plus grand nombre, le chômage explose et surtout, l'avenir apparait comme une source d'inquiétude toujours plus importante. Surtout pour les jeunes chez qui la précarité explose.

Dans le même temps, toutes celles et tous ceux qui subissent la crise au quotidien savent que cette crise ne concerne pas tout le monde. Jamais les bénéfices des actionnaires et des plus riches ne se sont aussi bien portés, alors que les politiques eux-mêmes n'hésitent pas à s'augmenter et augmenter les primes de leurs conseillers. Et tout ceci au vu et su de tous.

On peut très bien ne pas être d'accord avec cette analyse. Il n'empêche que ce sentiment existe bel et bien dans les têtes. Mais le pire vient du fait que pour tous ceux qui subissent la crise de plein fouet, c'est que la démocratie ne remplie plus son rôle. C'est toujours les mêmes qui sont élus, parce que ce sont toujours les mêmes qui se présentent aux élections. La raison, tout le monde la connait. Le système est totalement verrouillé de sorte que seules les élites préalablement cooptées peuvent prétendre concourir aux mandats électifs. Des élites qui d'ailleurs pratiquent le cumul en nombre et dans le temps sans que ceci n'émeuve personne.

Le monde politique est un monde d'entre soit où chacun se connait, se fréquente et se soutient quelles que soient les étiquettes d'ailleurs. De sorte que les élus sont bien plus proches des élus de l'autre bord que des électeurs qu'ils sont sensés représenter.

Alors, oui effectivement, ceux qui descendent dans la rue ne le font pas seulement en mémoire de Rémi Fraisse même si le jeune écologiste est un symbole de la répression du mouvement social. Ils le font aussi pour protester contre les injustices sociales grandissantes et parce qu'il n'y a plus d'autres moyens de se faire entendre par ceux qui détiennent le pouvoir et imposent leur loi d'airain, ceux qui osent bafouer leurs promesses de campagne et font l'exact contraire de ce qu'ils ont proposé de faire et donc, ce pourquoi ils ont été élus. Or, si cela est possible, c'est que la Vem république protège les élus de sorte que ces derniers n'ont jamais de compte à rendre aux électeurs qui les ont élus.

Dernièrement, le patron des patrons, le descendant des maitres de forges, Pierre Gattaz, fils d'Yvon Gattaz, lui-même Président en son temps du CNPF (l'ancien MEDEF), a demandé que les patrons puissent licencier leurs personnels sans avoir à fournir d'explication ni de justification. Celui-ci répète volontiers à qui veut l'entendre que nous sommes entrés dans un monde nouveau, entièrement ouvert à la concurrence et qu'il faut s'adapter aux nouvelles lois du marché. Pour eux, c'est la modernité (je n'invente rien, il nous bassinent tous les jours avec ça). Une modernité qui nous replonge directement au temps de ces maitres de forges, quand les ouvriers n'avaient aucun droit. Le temps de germinal où le patron était tout puissant pouvait virer un salarié pour un simple regard.

Demain, si on les écoute le patron pourra licencier celui qui aura osé demander le paiement des ses heures supplémentaires ou qui refusera de travailler le dimanche. Il le pourra d'autant plus aisément que dehors, des millions de chômeurs attendent la place. Bref, un marché du travail rêvé pour les patrons.

Vous pensez que je fais de la digression et que je ne suis plus dans le sujet ? Pourtant, si. Nous avons là un début d'explication des explosions sociales qui se produisent de manière sporadique. Les éléments radicaux incontrôlés, il y en aura de plus en plus. C'est inévitable. À Nantes, à Toulouse, à Lille, et partout ailleurs...

Philippe Soulié

Tag(s) : #National, #Billet d'humeur

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