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Faire peuple !
Faire peuple !

La semaine qui vient de s’écouler restera pour moi chargée d’émotion et de sensations terribles où la crainte du pire et la confiance de s’en sortir se sont rencontrés.

Il m’apparait inconcevable d’avoir à subir une agression inacceptable à caractère barbare dans un monde et une société qui se présente comme civilisé ! Une agression de type commando organisé, structurée par une idéologie de l’irrationnel s’attaquant aux droits de l’homme, au respect de la laïcité, au droit de blasphème et à la liberté de la presse, ces conquêtes citoyennes qui font de notre pays, la nation phare d’un humanisme conquérant s’adressant à tous les peuples du monde.

Dès jeudi soir, le lendemain du drame de Charlie Hebdo en de maintes endroits du territoire, se tenaient des rassemblements de gens d’en bas, comme cela se dit. Gens de tout âge et de toute origine sociale, gens de confessions ou de sympathie politique partisane diverses… Partout apparaissait, et nous en étions à Montluçon, une volonté de réagir, de refuser cette terreur imposée et de défendre ensemble les valeurs de liberté, de droit à la différence, etc…

Dès les premières rencontres de fin de journée, la nuit autour de nous inondait ainsi notre corps et nos pensées. La nuit nous tombait dessus à l’intérieur comme à l’extérieur de chacun d’entre nous. Ce qui dominait alors était le silence de la foule qui gonflait de minute en minute.

Un silence lourd, froid et sérieux, celui du recueillement, celui de la tristesse des visages où coulaient souvent les larmes de la douleur réprobatrice.

Beaucoup de personnes présentes étaient inconnues les unes des autres et pourtant dans l’attitude combien ressemblante, communes. Pas besoin de se connaître dans de tels instants où l’histoire tragique se précipite pour se reconnaitre…

Des inconnus tournés vers la même volonté d’être là, ensemble, proches par la motivation à réagir, à faire barrière, à résister…

Les jours qui suivirent le drame de Charlie Hebdo, la connaissance de la traque et de l’existence d’un complice assassin fit gonfler l’atmosphère civile, civique et politique à son plus haut niveau. La peur touchait nos concitoyens et en même temps, la conscience du refus de l’inacceptable se dessinait… Jamais comme en ces journées atroces, le regard porté aux médias ne fut aussi assidu, permanent, attentif aux avancées des recherches et du positionnement policier. Jusqu’au dénouement si difficile et si tragique dans le magasin casher de Vincennes où l’innommable eu lieu !

Des millions et des millions de Français de ce que l’on appelle le PEUPLE, pleurent la perte de vies humaines et de ce qu’elles représentent comme richesses spirituelles, plurielles et complémentaires. D’une part, celles de dessinateurs journalistes exerçant leurs talents de caricaturistes, éveilleurs de conscience laïque et garant du pluralisme de pensée religieuse ou politique. D’autre part, celles de citoyens lambda en activité quotidienne professionnelle ou simples consommateurs d’obédience juive…

Les manifestations de dimanche démultipliées et pourtant véritable marée humaine ont rendu un hommage de haute tenue à ces femmes et ces hommes victimes d’individus abjects adeptes d’un fanatisme que d’aucun enferme dans une soi-disant guerre de civilisation qui n’est pourtant à mes yeux qu’une tentative pour des illuminés de faire aller l’histoire à l’envers.

Le vaste rassemblement populaire réalisé en ces instants de large concorde citoyenne partout dans le pays et au-delà de nos frontières, expriment un acte majeur de ce qu’est le peuple et sa puissance souveraine. Nous n’avons eu à souffrir en ces moments spontanés de rassemblement populaire, qu’à quelques anomalies politiciennes d’une élite politique au pouvoir qui n’ eut de cesse que de veiller à une tentative de récupération, s’adjugeant les mérites de telles ou telles réactions débordantes de sagesse, de volontés progressistes, de confirmation des valeurs d’une « république une et indivisible ».

« Il vaut mieux mourir debout », ont à leur manière repris les manifestants, « que de vivre à genoux », comme l’affirmait encore récemment le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo avant d’être assassiné… Et j’ai comme beaucoup eu à souffrir de l’irrespect des « grands » de ce monde foulant au pied l’esprit de révolte et de confiance civique de ces artistes à jamais dans nos cœurs et dans nos esprits !

Faire peuple, être ensemble, jeunes en nombre et moins jeunes vigilants, affirmer nos différences en garantissant nos biens communs que sont : le respect des croyances et de l’athéisme, le combat contre le racisme et l’antisémitisme, le refus des amalgames et des stigmatisations d’où qu’elles viennent, n’avaient pas besoin de voir s’incruster dans la manifestation parisienne certains de ces chefs d’Etats si peu enclins à faire vivre chez eux ces valeurs universelles.

Au regard de ces évènements tragiques et des réactions suscitées, je me dois de dire ici qu’il m’en reste une force intérieure incroyable. Je le dis, j’en suis sûr, au nom d’une large part de nos concitoyens. La force qui nous étreint, c’est celle que nous communique le peuple français rassemblé autour des valeurs de la république et de sa devise « LIBERTE EGALITE FRATERNITE. Des mots symboliques qui font notre héritage et qui donnent un sens à notre combat d’aujourd’hui pour l’émancipation sociale.

Paul CRESPIN

Photo article de Didier Ciancia.

Tag(s) : #Billet d'humeur, #Montluçon

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