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Assiste-t-on à un retour en force de la repression anti-syndicale ?

La répression anti-syndicale semble connaitre une nouvelle accélération inédite, sans pourtant que le régime en place ne s'en émeuve particulièrement.

À Bordeaux, l'Union départementale de la CGT alertait les autorités sur les conditions de travail et l'avenir des fonderies et ateliers du Bélier. Pour des tracts qui circulaient à ce sujet, la secrétaire départementale de la CGT devra verser 500 euros à l'entreprise qui avait déposé plainte. En outre, elle a été "condamnée à une amende de 3.000 euros avec sursis" sur le volet pénal de cette affaire. (plus d'infos)

Cette affaire est d'autant plus grave, que, la justice assimile la liberté d'expression à de la diffamation. D'abord en contestant aux syndicalistes le droit de dénoncer ou d'alerter les autorités sur les conditions de travail des salariés, ce qui constitue une remise en cause fondamentale du droit syndical et du droit d'expression. Ensuite, puisque de fait, le tribunal de Bordeaux interdit aux syndicalistes de prêter des intentions à l'employeur, tant que des éléments factuels ne permettent pas d'étayer la réalité de ces faits. En clair, la justice n'autoriserait de dénoncer des faits qu'une fois qu'ils se soient produits, et trop tard pour empêcher qu'ils ne se produisent. Il s'agit bel et bien d'une entrave à l'action syndicale dont le rôle consiste justement à prévenir les situations à risques pour les employés et encourager ceux-ci à s'organiser en vue d'empêcher qu'ils ne se produisent.

La confédération de la CGT a immédiatement réagi à cette condamnation en réaffirmant sa solidarité avec la secrétaire départementale de la Gironde, Corinne Versigny dans une déclaration de la commission exécutive de la CGT datée du 20 mai 2015 (lire ICI)

Cette affaire ressemble trait pour trait à la plainte déposée par les patrons d'Environnement Recycling contre le secrétaire départemental de l'Allier et contre la secrétaire de l'Union locale de Montluçon, là aussi en raison d'un tract qui dénonce des taux de plombémie supérieurs à la normale et des conditions de travail déplorables. Ici aussi et quasiment pour les mêmes raisons des syndicalistes sont convoqués et risquent d'être condamnés parce qu'ils font leur travail de syndicalistes.

Rassemblement devant le commissariat de police le 19 mai en soutien aux syndicalistes convoqués, suite à une plainte d'Environnement Recycling.

Rassemblement devant le commissariat de police le 19 mai en soutien aux syndicalistes convoqués, suite à une plainte d'Environnement Recycling.

Autre affaire, cette fois-ci dans le département de la haute Savoie, celle de cette inspectrice du travail qui vient d'être assignée devant le tribunal correctionnel d'Annecy pour recel et violation du secret professionnel à la suite d'une plainte déposée par l'entreprise TEFAL. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la DIREECT de Haute-Savoie ne soutient pas son inspectrice et laisse faire ce qui provoque la colère de ses collègues qui la soutiennent.

Cinq organisations syndicales ont co-rédigé un tract en soutien et appellent les agents du ministère du travail à se mettre massivement en grève le jour la comparution de leur collègue et se rassembler pour ceux qui le peuvent à 13h 30 devant le tribunal correctionnel d'Annecy comme l'indique le tract unitaire ci-dessous.

Assiste-t-on à un retour en force de la repression anti-syndicale ?
Assiste-t-on à un retour en force de la repression anti-syndicale ?

Certes, la répression anti-syndicale a toujours existé, mais on peut affirmer sans trop de risque de se tromper que sa recrudescence va de pair avec la montée du néo-libéralisme et la remise en cause des acquis sociaux auxquels nous assistons aujourd'hui, y compris avec un gouvernement se réclamant de la gauche.

Bien plus grave, c'est la liberté d'expression et d'opinion qui est maintenant remise en cause. Dire de son patron que c'est un patron voyou peut vous envoyez tout droit à la case prison. Affirmer que les salariés subissent des conditions de travail dégradantes peut vous coûter une lourde amende et affirmer que votre patron prépare la délocalisation de vote entreprise peut vous coûter encore plus cher, si par malheur, vous n'en avez pas la preuve formelle, ce qui est pratiquement impossible, entendu que ceux qui préparent de tels plans s'arrangent toujours pour ne les dévoiler qu'au dernier moment, c'est-à-dire quand il est déjà trop tard pour empêcher que cela ne se produise.

Le syndicalisme de lutte et de transformation sociale va donc devoir s'adapter et composer avec cette réalité d'une répression qui s'amplifie. Le retour à une expression plus clandestine avec des tracts anonymes pour éviter les condamnations n'est pas à exclure. Certains y pensent déjà. On assisterait alors à une radicalisation du mouvement syndical, ce qui aboutirait au résultat exactement inverse espéré par le patronat qui souhaite museler le mouvement ouvrier par tous les moyens.

Philippe Soulié

Tag(s) : #Actualité sociale, #Montluçon

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