Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Un spectre hante l’Europe libérale  ‘’La peur des peuples’’
Un spectre hante l’Europe libérale  ‘’La peur des peuples’’

Nous venons d’assister, avec le déroulement du référendum populaire en Grèce, à l’expression d’un NON puissant de la part des électeurs envers le dictat financier tout autant que politique des dirigeants des institutions européennes gérant actuellement l’Europe au pas de charge. Un pas de charge sous les ordres de la chancelière allemande Mme Merkel. L’écrasante victoire du NON de dimanche représente bien l’expression en conscience du rejet des tentatives multiples d’imposer à un peuple libre et à l’histoire sans pareille ce dont il ne veut pas. Et ce que refuse ce peuple c’est le diktat d’ordre économique et politique, la pression incessante depuis de longues années, d’une remise en cause de ses droits et aspirations.

Soyons en sûrs, c’est en leur nom propre mais sachant traduire aussi les sentiments des peuples frères en Méditerranée et au-delà, que deux tiers des électeurs aient signifié aux dirigeants du libéralisme financier européen que rien ne comptait plus que le respect de leur dignité. Cette dignité bafouée sans vergogne, de la part des nantis représentant une Europe des ‘’marchés libres et non faussés’’ qui n’ont comme règle que les profits financiers obtenus sur le développement incessant de la misère des peuples soumis à l’austérité !

Cet aspect ‘’dignité’’ dans la victoire des défenseurs du NON est un apport indiscutable des dirigeants de Syriza dans le combat du rassemblement des forces anti-austérité dans ce pays de large tradition de lutte et de résistance. Et en cela l’irrésistible victoire du NON est une victoire du peuple dont est partie prenante le gouvernement d’Alexis Tsipras. Et d’évidence, contrairement aux incantations malveillantes diffusées par les médias en France et en Europe, le jeune gouvernement de gauche « radical » comme ils disent, non seulement ne s’est pas dédit, mais a renforcé son autorité et sa popularité, y compris durant toute la phase de négociation que les « partenaires » de la Grèce ont sabotée consciencieusement !

Même après le verdict des urnes, net et clairement exprimé, toutes ‘’les belles personnes’’ incrustées dans les organismes de direction des institutions européennes, le plus souvent inféodées aux intérêts des banques privées et de leurs actionnaires, ne peuvent toujours pas concevoir que l’ensemble de ceux qui veulent vivre de leur travail, veulent assurer l’éducation, la santé de leurs enfants, veulent bénéficier de leur retraite trop souvent maigre, refusent leurs plans de misère, de contraintes sociales, de fermeture de tout horizon de bonheur possible.

Le résultat du référendum, est un acte refondateur d’une phase de relance de la démocratie politique sur notre vieux continent, un excellent retour aux sources d’un humanisme s’ouvrant sur une histoire moderne en marche. L’on comprend à quel point cela froisse les théories fumeuses de la fin de l’histoire si chère aux idéologues réactionnaires adeptes d’un capitalisme mondialisé et fermé à toutes idées progressistes sociales et écologistes, citoyennes et laïques, conformes aux réalités et aspirations de notre monde en mouvement.

La suite politique à donner aux besoins d’évolution d’une Europe en crise structurelle et institutionnelle, autant pour sa représentation démocratique que pour son développement social et économique, n’apparaît pas simple à trouver dans la cacophonie des prises de position en Europe post-référendum. Il est assez évident que les tenants de l’autoritarisme en vogue à Berlin et à Bruxelles n’entendent pas céder de gaité de cœur. La hargne et la morgue des organisateurs de l’économie politique et monétaire ne disparaissent pas au seul énoncé du résultat. Avoir franchi la ligne de la décence dans des propos provocateurs et outranciers, tentant d’instaurer une situation de peur favorable au vote OUI ne les autorise pas à se poser en démocrates donneurs de leçon…D’ailleurs la leçon n’était pas recevable, elle ne le fût pas !

De la Grèce monte aujourd’hui un parfum de liberté retrouvée, de renouvellement politique en marche, comme une volonté partagée de pouvoir faire avancer des propositions de construction d’une autre Europe. Non seulement l’Europe du capital, des technocrates cooptés, des dirigeants des partis au pouvoir dans des gouvernements peu représentatifs est synonyme de crise et de malheur pour le plus grand nombre, mais la prise de conscience des peuples est de nature à faire changer la donne. Changer la donne en matière de mise en œuvre budgétaire dans chaque pays et refuser les ingérences de Bruxelles et de ses commissaires. Changer la donne institutionnelle en rediscutant et refusant les traités ou autre pactes de conception néolibérale autoritaire. Changer la donne pour reconsidérer la situation des dettes souveraines, avec la convocation rapide d’une conférence européenne pour sortir des impasses ingérables et de caractère illégitime, voir illégal etc…

Ajoutons encore que l’expression de la parole démocratiquement exprimée du peuple en Grèce dépasse ce seul pays, comme les référendums refusant la constitution européenne des années 2005/2006 furent toute autant de valeur générale. Tricher avec la démocratie n’efface pas les problèmes dues à des orientations au service des intérêts des classes privilégiées plaçant aux manettes de l’Europe leurs hommes, technocrates patentés sortis des grandes écoles commerciales, financières ou de la haute administration...

Il est une réalité imposée à tous les européens, celle des enseignements sortis du référendum émis par les Grecs. Tel celui du refus de l’austérité, celui de la rediscutions du sens du partenariat et de la solidarité, celui du maintien du pays dans le cadre de l’euro, c’est-à-dire autant d’éléments qui devraient être à la base des négociations à relancer. L’enjeu est bien celui d’une légitimation d’une Europe de la justice sociale, de la solidarité et du partage, de la démocratie émanant des peuples eux-mêmes. Alexis Tsipras, dès dimanche soir nous a exprimé son désir absolu de considérer qu’il était mandaté pour cela, ce qui au bout du compte confirmait et renforçait son élection de janvier.

Disons-le avec la vigilance qui s’impose, il n’est pas sûr que la démarche soit comprise et partagée par ceux qui dirigent l’Europe d’une main de fer actuellement. A écouter les propos tenus conjointement par A. Merkel et F. Hollande ce lundi soir à la fin de leur entretien à l’Elysée, les décisions pour conclure un accord sont en l’instant repoussées à la réunion de l’Union Européenne de mardi prochain !

L’entêtement qui transparait là, serait dangereux à maintenir et amènerait des réactions partout en Europe qui ne favoriseraient pas les objectifs de sortir l’Europe de sa crise. Et que l’on ne nous parle pas d’absence de perspective de la part du gouvernement grec. Non seulement Alexis Tsipras a déjà informé dès dimanche François Hollande et ce lundi matin Angéla Merkel ! Ses propositions ont également fait l’objet d’une discussion et d’un accord auprès de tous les partis présents sur la scène politique hellénique. Non seulement les conditions de la discussion sont sur la table mais il est clair que l’intransigeance de la banque centrale et de l’euro-groupe n’est plus acceptable après le verdict du référendum. L’Europe doit rester l’affaire des peuples.

PAUL CRESPIN Montluçon le 6 juillet 2015

Tag(s) : #Grèce

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :