Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Fusion des listes à gauche du PS, mais à quel prix ?

Luc Bourduge et élu sortant du Conseil régional Auvergne. Il est également vice-président, délégué aux transports et souvent apprécié pour la qualité de ses expertises dans ce domaine.

Il a souhaité verser sa contribution au débat à propos de l'union des listes à gauche du PS. Pour l'élu Front de gauche, la question qui est en débat n'est pas si simple qui n'y parait. En tout cas, elle ne peut se réduire à une simple addition des forces à la gauche du PS, avec comme seul objectif de mettre le Parti socialiste en minorité. Il explique pourquoi :

Fusion des listes à gauche du PS, mais à quel prix ?
Fusion des listes à gauche du PS, mais à quel prix ?

A quelques semaines des élections régionales, l’absence de poursuite de la dynamique du FdG engagée depuis 2012 soulève beaucoup de questionnements, ce que je partage totalement. Je comprends que des pétitions circulent pour demander qu’un accord aboutisse, mais j’ai aussi le sentiment que c’est avant tout l’attente d’un accord sur la forme, rassemblant un maximum d’entités contre la PS qui est attendu, sans trop se préoccuper du fond…

Pour moi de véritables écarts existent entre ce que nous portons, ce que le FDG, dans son ensemble, a porté depuis de nombreuses années et ce qui est porté par EELV, le PG et Ensemble dans cette campagne. Je vais même juste à dire, avec un peu de provocation tout de même, si nous adhérons au leur projet alors autant accepter le rassemblement avec le PS dés le premier tour !

Un mot sur la forme. Depuis plusieurs années le FdG a entamé, avec plus ou moins de réussite, une démarche citoyenne permettant à chacune et chacun de s’exprimer, de porter des propositions, de décider de du projet à mettre en œuvre. Or ce n’est pas la conception d’EELV qui a présenté aux différents partenaires du FdG un projet ficelé et amendable à la marge. C’est un premier écueil qui n’est moindre car il exclut toute démarche participative dans le cadre de cette campagne.

Sur le fond, sans rentrer dans le détail, mais juste à partir de quelques dossiers qui me paraissent importants, portons nous la concurrence entre les territoires plutôt que l’égalité entre ceux-ci au travers de l’accès pour tous à l’énergie et au transport public par exemple ?

Dans l’accord proposé, c’est la régionalisation du transport ferroviaire avec la création d’une régie, idem sur l’énergie. Au-delà du devenir d’EDF ou de la SNCF et de leurs salariés, c’est la vision très libérale qui me pose problème. Il y aura donc les territoires, les Régions qui auront les moyens de s’offrir un service de qualité et les autres... In fine, ce pourrait être la fin de la péréquation sur le tarif de l’énergie par exemple.

Je rappelle que dans la loi sur les compétences des métropoles apparait celle de la distribution de l’énergie, ce que nous combattons fermement. Comment justifier que nous soutenons localement ce que nous refusons au national ?

De même que dans la loi Notré, il est acté la possibilité de transférer des lignes ferroviaire FRET vers les régions, sans aucun moyen financier pour les entretenir. Là aussi comment justifier que nous portons au national l’unicité du réseau ferré national, que nous nous opposons à tout morcellement du réseau existant, et par contre que dans le cadre de cette campagne nous accepterions la création de régies en lieu et place de la SNCF pour l’activité TER ?

Je ne développe pas sur le cout supporté par une collectivité régionale avec la création de régies, à l’heure où l’état réduit les dotations aux collectivités territoriales. Il est important de rappeler que la collectivité régionale n’a aucun levier fiscal…

Cette vision est un retour en arrière de 70 ans !

De là à faire le lien avec l’intervention d’E. Macron à Lyon le 13 octobre dernier qui veut « déverrouiller » les secteurs de l’énergie, de la santé ou de la mobilité afin de « créer de nouveaux champs d’activité », il n’y a qu’un pas. Le projet porté par EELV va dans le sens de l’ouverture à la concurrence et donc de la création de richesses pour quelques uns au détriment de bien commun.

Alors j’entends beaucoup parler de Grenoble et de l’expérience autour du Maire EELV Eric Piolle. Est-ce progressiste que de proposer en 2014 que ce soit un consortium Vinci-Bouygues qui vienne se substituer à la Société d’économie mixte Gaz et Electricité de Grenoble (GEG), détenue à 51% par la ville, pour la gestion de l’éclairage public ?

A l’heure où la loi MAPAM confère des compétences aux Métropoles et Pôles Métropolitains sur la distribution de l’Energie, ce serait un premier pas vers la main mise du secteur privé…

Un autre sujet me pose aussi problème, celui du projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin. Alors que les axes routiers dans les Alpes sont engorgés et responsables d’une pollution croissante avec l’augmentation de la circulation des poids lourds, EELV, PG et Ensemble viennent de voter contre les moyens qui y sont affectés dans le Contrat de Projet Etat-Région (CPER) en session du CR de Rhone-Alpes !

Alors que le transport des marchandises a augmenté de plus de 30% en dix ans dans notre pays, le FRET ferroviaire a lui reculé de 35% dans la même période. Le report modal est une alternative efficace, les grands projets d’infrastructures sont nécessaires, à condition bien sûr de s’en donner les moyens et de cesser de privilégier le tout routier en terme de coût et de fiscalité par exemple. La réponse ne peut-être dans la décroissance où sur le pari d’une baisse des échanges entre les territoires Européens. Ceci est totalement utopiste !

Alors oui, il est désespérant de ne pas trouver en accord. Mais comment pourrait-il en être autrement sauf à accepter l’inacceptable ? Le problème n’est pas le programme d’EELV, ils sont fidèles à eux-mêmes et leur conception très libérale de la gestion des politiques à mettre en œuvre. Le problème est du côté de nos camarades-partenaires du FdG (PG, Ensemble, Nouvelle Donne) qui sont prêts à tout accepter, y compris remettre en cause les engagements pris avec notre candidat commun en 2012 J. L. Mélenchon, pour sans doute et avant tout des raisons très politiciennes…

Le problème est aussi, et surtout devrais-je dire, la non prise à leur compte par les citoyens, les militants associatifs, syndicaux ou autres, de l’espace Front de Gauche. Les organisations politiques ont leur part de responsabilité dans cette affaire, y compris le PCF, mais elles n’ont pas toute la responsabilité. Les accords de fond permettant l’adhésion la plus large ne peuvent se faire sans un travail avec le plus grand nombre, pour cela il faut que chacune et chacun en aient la volonté.

Luc Bourduge

Tag(s) : #Billet d'humeur

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :