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Solidarité ou barbarie
Solidarité ou barbarie

Ce jeudi 29 octobre au matin, la police républicaine a violemment chassé des réfugiés de la place de la République. Ces hommes et ces femmes ont du quitter leur pays, le plus souvent sans rien, arrachés à leur terre, séparés de leurs familles, ayant tous perdu, victimes des guerres dont les gouvernants et puissances économiques occidentales sont responsables, victimes de régimes dictatoriaux que des États comme la France ont toujours soutenu, et qui alimentent les mafias de passeurs qui les conduisent à la mort. Rappelons la responsabilité de la France, les éloignements forcés ont augmentés de 13 % depuis l'élection de François Hollande, la gauche fait donc mieux que la droite dans le domaine des reconduites à la frontière. 75 % des morts de migrants dans le monde ont désormais lieu en Europe, la mer méditerranée est désormais un cimetière.

Avant cela, vendredi 23 Octobre 2015 le pouvoir en place a procédé à l'évacuation de la « maison des réfugiés » à Paris. Ce lieu, mis en place par les migrants eux-mêmes, avec le soutien de militants du mouvement ouvrier répondait à la nécessité : celle de trouver un endroit ou vivre, alors que l’État refusait de prendre la question en charge. 800, c'est le nombre d'hommes et de femmes évacués. A la maison des réfugiés, migrants et militants ont du, par nécessité, faire l'expérience de l'auto-organisation, ils décidaient eux-même. Ces 800 ont été « pris en charge » (enfin !) par l’État. Mais c'est comme un « problème » que la question a été gérée. Les migrants sont une sorte de « corps étranger » avec lequel il faut « malheureusement » faire. Les hommes et les femmes de la maison des réfugiés ont donc été pris, et mis dans des bus, sans connaître leur destination. 200 ont pris la direction de Varennes-sur-Allier, tous des Hommes, dont certains ont été arbitrairement séparés de leur familles, plus que des humains, ils sont davantage considéré par le pouvoir comme des nombres, comme des quotas. Depuis 7 jours donc, ces hommes sont « logés » dans une ancienne base militaire. L’État leur a enfin offert un abris, après les avoir frappés. Un abris, mais on aurait pu attendre mieux qu'une ancienne base militaire dans le pays des Droits de l'Homme. Déjà, certains ont regagné Paris, nous leur avons expliqués que les militants n'avaient rien de mieux à leur proposer là-bas, qu'ici, ils avaient un toit, et à manger, mais ils voulaient rejoindre leurs frères et leurs sœurs, ils voulaient continuer à décider eux-même, à être acteur de leur vie, ils voulaient aussi récupérer les papiers qu'ils avaient déjà fait dans de précédentes démarches à Paris. Certains reviendront. Pas tous.

La solidarité ne peut s'organiser sans eux. Ces hommes et ces femmes ont eu le courage de traverser une partie de la planète, pour chercher à survivre, on est bien loin du mythe de l'immigré venu profiter des avantages sociaux… ils sont soudanais, érythréens, afghans, syriens, palestiniens, maghrébins, kurdes… Ils méritent notre soutien, face à la responsabilité de nos gouvernants vis à vis de leur sort, et ils sont bien peu… Les réfugiés qui rejoignent l'Europe sont une infime partie face à l'ensemble des réfugiés et des déplacés. Malgré cela, l'Union Européenne instaure des quotas non pas de réfugiés, titulaires du droit d'asile, mais de demandeurs, ainsi, une grande partie d'entre-eux seront renvoyés dans leur pays. La liste des pays sûr définie par l'Union Européenne se rallonge régulièrement, et intègre des dictatures, des pays en guerre, de manière à réduire le nombre de demandes d'asile acceptées. La Turquie peut-elle être considérée comme un pays sûr pour les kurdes victimes du pouvoir d’État et de l’État Islamique ?

A Varennes, les migrants sont hébergés pour un mois, nous devons dès maintenant nous préparer au risque de voir l’État, en pleine trêve hivernale, et alors que les dossiers d'asile n'ont pas encore été étudiés, les jeter à la rue.

De l'autre côté de la barricade, la réaction est offensive, Riposte Laïque demande leur départ, la concurrence entre les peuples est le meilleur outil des exploiteurs. À nous de montrer que la réaction n'est qu'infime, soyons nombreux à combattre le fascisme et le racisme, pour qu'enfin de petits bourreaux que ce monde veut faire de nous, ensemble, nous devenions la force du progrès et de la fraternité universelle.

Rendez-vous, à tous, Samedi 31 Octobre à 10h30 à Varennes sur Allier (place des droits de l'Homme), pour un rassemblement de soutien aux réfugiés, et contre les idées réactionnaires de la Riposte Laïque et de l'extrême-droite qui appelle à un rassemblement le même jour. Ceux-là même qui défendent l'homme qui a cherché a tuer un avocat, le bâtonnier de Melun (http://www.linternaute.com/actualite/faits-divers/1255038-joseph-scipilliti-l-avocat-qui-a-tire-sur-le-batonnier-a-melun-defendu-par-riposte-laique/) ceux-là même, donc, dont la violence est le seul mode d'action, ceux là même qui sont des terroristes de l'intérieur !

Alors quelles sont nos responsabilités ?

- D'abord bien-sûr, l'accueil, l'accueil de ceux qui sont nos frères et nos sœurs, refusons qu'ils soient cantonnés dans la base militaire, organisons dans les semaines qui viennent une grande initiative dans une salle communale, avec les habitants, pour qu'ils nous parlent de leur parcours, échangeons un repas avec eux, montrons leurs qu'ils sont les bienvenues. Mais cela ne résout pas tout.

- La lutte contre les guerres impérialistes et les politiques néo-coloniales qui conduisent à ravager des pays entiers et à arracher des hommes et des femmes de leurs terres, qui tuent des hommes et des femmes

- La lutte contre l'islamophobie et le racisme institutionnalisé, qui traite l'immigration comme un problème, et qui renforce l'extrême-droite,

- La lutte contre les politiques pro-patronales, qui conduisent au chômage et à la précarité en France, et qui au niveau international pillent les ressources des pays du Sud

Notre engagement antiraciste sera anticapitaliste ou ne sera pas. Il n'est plus possible de se contenter d'une réaction moraliste tendant vers la charité, car les réfugiés, par leur auto-organisation, ont démontré leur volonté d'être acteurs, et parce que sans s'affronter aux logiques du système et sans répondre à la question sociale, qui conduit des français précarisés à répondre aux sirènes de l'extrême-droite, nous ne réussirons pas à construire l'unité nécessaire des travailleurs français et des travailleurs immigrés.

Alexis Guillaume Mayet

« L’humanité n’existe point encore ou elle existe à peine. À l’intérieur de chaque nation, elle est compromise et comme brisée par l’antagonisme des classes, par l’inévitable lutte de l’oligarchie capitaliste et du prolétariat. Seul le socialisme, en absorbant toutes les classes dans la propriété commune des moyens de travail, résoudra cet antagonisme et fera de chaque nation, enfin réconciliée avec elle-même, une parcelle d’humanité.

De nations à nations, c’est un régime barbare de défiance, de ruse, de haine, de violence qui prévaut encore.

Même quand elles semblent à l’état de paix, elles portent la trace des guerres d’hier, l’inquiétude des guerres de demain : et comment donner le beau nom d’humanité à ce chaos de nations hostiles et blessées, à cet amas de lambeaux sanglants ? Le sublime effort du prolétariat international, c’est de réconcilier tous les peuples par l’universelle justice sociale. »

Jean Jaurès, 1904, éditorial du numéro 1 de l'Humanité

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