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Robert Badinter, caution morale d’un processus de recul social majeur ?
Robert Badinter, caution morale d’un processus de recul social majeur ?

Détricoter le Code du Travail pour fragiliser encore plus les salariés, les rendre exploitables et corvéables à merci, le MEDEF en rêvait, la Droite voudrait le faire, le gouvernement actuel s’y attelle.

La mode patronale et gouvernementale est de dire que le Code du Travail est « illisible par les salariés », « trop gros », « inadapté aux conditions actuelles du marché » et autres balivernes. Alors, pourquoi ne pas pousser le bouchon plus loin, en disant que le Code Pénal serait « illisible pour les délinquants », le Code Civil « trop compliqué pour les citoyens » ? Et puis, pourquoi ne pas dire qu’il faut supprimer les communes, les Régions (euh, pardon, c’est déjà en cours…), abolir le suffrage universel car la chose publique est vraiment bien trop compliquée pour les gens…et qu’il vaudrait mieux laisser aux « entrepreneurs qui savent » et à « la Main Invisible du Marché » le soin de décider pour tout le monde ?

Avec le renoncement aux valeurs essentielles de gauche, le rognement patient mais résolu des conquêtes sociales obtenues de haute lutte par des générations de syndicalistes avec les actions des salariés bat son plein. Cela crève les yeux, même les plus embués. Alors le Pouvoir entreprend d’habiller tout ce processus par des ficelles, comme celle de confier à Robert Badinter la responsabilité de la commission chargée de pulvériser le Code du Travail. Manuel Valls n’a-t-il pas tancé à l’Assemblée Nationale certains députés socialistes qui trouvaient peu progressiste ce projet de réforme ? Quoi ? Certains se permettraient d’émettre des doutes quant à l’opportunité du choix de Robert Badinter?

Certes, il s’agit de quelqu’un d’éminemment respectable, comme des millions de nos concitoyens. Au-delà de la terrible destinée de ses ascendants, il restera comme celui qui a aboli la peine de mort, épilogue d’un combat mené pendant deux siècles par des générations d’hommes et de femmes, politiques notamment. Plus précisément, c’est François Mitterrand et l’Assemblée Nationale qui en 1981 ont formellement supprimé cette sentence ignoble. Mitterrand avait changé d’avis par rapport aux années 50 pendant lesquelles en tant que ministre de la Justice, il avait fait guillotiner une cinquantaine de patriotes algériens…mais ainsi va la vie, et la politique (politicienne ?).

Robert Badinter a 87 ans et je crois qu’il n’a pas du mettre souvent les pieds dans une entreprise. Alors comment pourrait-il bien apprécier et ressentir tous les aspects du « lien de subordination à l’employeur », en d’autres termes le fait que dans les entreprises c’est toujours l’employeur qui commande et que s’il n’y avait plus de Code du Travail il pourrait tout se permettre ? Robert Badinter ne risque-t-il pas, par naïveté, angélisme ou plus sûrement sous l’influence de conseillers bien au service du MEDEF et des ultra-libéraux de valider la destruction de pans entiers de protection des salariés contenus dans le Code du Travail ?

Je trouve lamentable que le Pouvoir utilise l’aura de cet homme estimable pour préparer des mesures de recul social, par un calcul de communication peu reluisant. Mais la communication n’est-elle pas une tâche prioritaire pour Hollande, Valls et leur équipe ? Plus rien ne peut nous étonner, à l’heure où un Premier ministre qui ose encore se prétendre de gauche qualifie des syndicalistes en colère de voyous.

Michel Beaune

Tag(s) : #Actualité sociale

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