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Élections Régionales 2015  Quand la politique va mal du local au global…

Au lendemain des élections régionales, j'avais indiqué aux lecteurs de regard-Actu que Paul Crespin nous livrerait son analyse, dès lors qu'il aurait en sa possession suffisamment d'éléments chiffrés pour le faire. C'est un travail de romain auquel il s'est livré, pour nous permettre de comprendre l'évolution des votes par rapport aux scrutins précédents. A vous de juger maintenant.

Philippe S

Élections Régionales 2015  Quand la politique va mal du local au global…

I – Résultats d’ensemble pour Auvergne Rhône Alpes

- Le vainqueur L. Wauquiez (droite)

Passe de 31,75 % à 40,61 %

Soit + 8,88 %

- Le second J.J. Queyranne (PS)

Passe de 23.93 % à 36,84 %

Soit + 12,91 %

Sachant que la liste d’union de J.J Queyranne au 2ème tour bénéficiait du désistement des listes EELV et du PCF/FG – soit 12,29 % en réalité l’ensemble des gauches est donc stable en pourcentage de vote même si avec les nouveaux votants, il y a un nombre de voix supérieur.

- Le troisième C. Baudot (FN)

Passe de 25.52 % à 22,55 %

Soit moins de 3 % …

Notons ici que ces évolutions d’un tour à l’autre se font avec une participation en hausse sur l’ensemble des 12 départements concernés de 8,77 %. Celle-ci au second tour est de 57,68 % au lieu de 48,91 %.

Des enseignements globaux apparaissent déjà :

1. Les progrès de la droite centriste indiquent que la majeure partie des nouveaux électeurs vont vers l’équipe de Mr Wauquiez.

2. Que les reports de la gauche de gauche s’ils se sont correctement fait, n’ont pas permis le rattrapage escompté puisqu’il y a aussi des nouveaux votants en sa faveur. Le nombre de voix qui augmente pour cette liste de gauche du 1er au 2ème tour l’indique.

3. Quant au FN, si le nombre de voix augmente légèrement, le pourcentage est en recul de – 3 %.

II – Des évolutions départementales, tout semble favorable dans l’évolution d’un tour à l’autre à la liste de droite de Mr Wauquiez.

Dans 8 départements, cette liste arrive en tête :

- Allier = 40, 88 % Cantal = 52,45 % Haute-Loire = 57,85 % Loire = 40,93 %

- Rhône = 44,41 % Ain = 39,81 % Haute S avoie = 45,50 % Savoie = 38,75%

Dans les quatre (4) autres, c’est la liste d’union à gauche qui prime :

- Puy de Dôme = 42,53 % Ardèche = 59,48 % Drôme = 37,10 % Isère = 40,15 %

On remarquera que pour la représentation en siège, la règle électorale permet à la droite d’être largement majoritaire soit : 115 sièges pour Mr Wauquiez et son équipe LR Centriste. 57 sièges pour l’alliance de gauche du second tour. 34 sièges pour le Front National.

Notons si l’on ramène cela au gain et perte des uns et des autres listes, c’est plutôt la bérézina à la gauche radicale et en particulier pour la représentation du PCF.

Pour notre ancienne Région Auvergne, il restera une opposition des plus faibles. Ainsi :

- Allier - UN (1) élu PCF Pascale Semet - Conseillère Municipale Cusset

- Puy de Dôme - Deux (2) élus PCF Catherine Fromage et Boris Bouchet et UN (1) élu EELV Fatima Bezli.

- Cantal pas d’élus PCF ou Ecologistes.

Si l’on reporte l’examen des représentations sur l’ensemble des deux anciennes régions pour l’Auvergne :

- La droite obtient 34 sièges sur 113.

- Le PS Union de la gauche 10 sièges.

- Le FN pour sa part 4 sièges sur 34.

On voit bien que non seulement le rapport des forces en chiffre de population est totalement en faveur de Rhône Alpes mais la puissance économique également. Rhône-Alpes et sa capitale Lyonnaise est et reste une réalité majeure et la capacité de propositions ou de résistance de l’Auvergne sera plus que limité par des représentations à l’intérieur du Conseil Régional tel qu’il se présente aujourd’hui. Mr Wauquiez a beau chanter ses satisfactions d’être d’origine auvergnate, les chiffres indiqués ici auront incontestablement des conséquences à venir pour les petits départements dont fait partie l’Allier.

A ce propos, Mr Dugléry, tête de liste de la droite austéritaire en Allier, se félicite au lendemain du second tour de ses résultats départementaux et locaux. Il s’explique avec volupté des progrès enregistrés par son camp, pour autant que son comité d’agglomération ne reflète pas le rapport de forces existant sur ce territoire.

Le journal La Montagne explique à ce sujet les mutations réalisées avec quelques points d’interrogations. On y lit : « dépassée l’image d’Epinal d’un département partagé entre centrisme et communisme rural ? Le scrutin de dimanche dernier vient à nouveau de la faire mentir. Une troisième fois en deux ans… » Et le journaliste s’interroge encore : « Cette nouvelle répartition s’inscrit-elle dans un phénomène profond ou s’agit-il d’une contestation dans cette terre de gauche par rapport au manque de résultats de la politique gouvernementale plus particulièrement sur le front du chômage ? ».

Poser la question, c’est y répondre dans le contexte des politiques d’austérité renforcées animées par Valls et Macron. Ces derniers ne sachant plus comment se distinguer des politiques de droite extrémisées quant aux attaques aux droits des travailleurs (réforme du code du travail), aux restrictions des libertés (état d’urgence) ou aux aides pharaoniques aux grandes entreprises et à leurs actionnaires.

Bien sûr que les reculs réguliers du Parti Communiste s’égarant dans des stratégies électorales et politiques illisibles, a lui-même accéléré le processus de ses reculs au plan municipal comme départemental. Les échecs des négociations du premier tour entre PCF étiqueté FG et les EELV alliés au PG – FG sont des témoignages accablants, et les électeurs ne s’y sont pas trompés.

III – Comment comprendre la situation qui évolue sous nos yeux. Pour cela, il ne peut suffire d’appréhender les résultats par régions nouvelles ou par départements. Les tendances lourdes des évolutions sont de nature plus générales et plus globales. Et ces tendances lourdes ne peuvent se comprendre en dehors de l’évolution du rapport de force politique national – voire européenne et mondiale - pour nombre de causes des difficultés rencontrées.

Personne ne peut aller contre le fait que la participation électorale a varié du 1er tour et ses résultats et le second tour.

La remontée du nombre de votants du 6 décembre au 13, soit 51,2 % pour 58,4 % en moyenne nationale est significative chez nombre d’électeurs d’une volonté d’expression marquée d’une réaction démocratique et citoyenne face au danger Lepéniste qui se précisait. Ces électeurs avaient-ils pour autant oublié leurs désaccords avec les politiques du gouvernement Hollande Valls, certes, non !

Et cela s’est particulièrement vu dans les régions où la tension politique s’est développée par la mise en œuvre des coups politiques initiés par les dirigeants socialistes gouvernementaux. Monsieur Valls, premier ministre en tête qui ordonne le retrait des listes annoncées PS pour le second tour en Nord-Pas de Calais et en PACA… Ce qui au passage n’a pas changé la trajectoire de l’élection du candidat de droite considéré alors comme bon républicain par les mêmes qui l’accablaient la veille. Par contre avec des conséquences de voir se constituer de nouvelles formes d’alliances dans un proche avenir. Les déclarations post-élections de Xavier Bertrand dans le Nord-Pas de Calais sont à l’évidence marquées du sceau de la volonté de restructurer le rapport gauche-droite dans le pays dès que possible.

Il ressort donc de ces élections une réalité électorale et politique nouvelle.

LA GAUCHE voit fondre ses scores partout. Depuis les élections Régionales de 2010, elle passe de 54,1 % à 31,2 %. Des 21 régions sur 22 qu’elle dirigeait depuis 2010, elle passe à 5 régions sur 15 actuellement. Le nombre de ses élus qui s’élevait à 1120 conseillers est redescendu à 551 soit une perte de 50 % environ. Elle n’aura aucune présence dans les établissements régionaux du Nord Pas de Calais, aucune en PACA et elle aura une représentativité diminuée plus que nette dans les grandes autres régions à commencer par Ile de France, Auvergne-Rhône Alpes, etc…

Les scores réalisés par le PS et ses alliés ne valent pas comme adhésion populaire à leur égard. Il faut à l’évidence décider d’une toute autre voie pour sortir le pays du marasme actuel. Il faudra s’en persuader et vite…

AU FRONT NATIONAL arrivé en tête dans six (6) régions au premier tour il n’en décroche aucune au second et c’est là une dure réalité à encaisser parmi ses rangs.

Le fait politique essentiel à son encontre ne se limite pas à cela. Même si on peut se féliciter de leur échec à gagner une ou plusieurs régions. Non, au bout de cette séquence électorale et comme annoncée déjà par les précédentes, le FN est cependant le gagnant politique de ce scrutin et cela porte loin !

Le FN fait au premier tour un bon considérable. Il récupère le même nombre de voix qu’aux élections présidentielles avec 20 % d’électeurs en moins qu’aux présidentielles. Il passe de 9,2 % au second tour de 2010 à 27,9 % cette fois-ci. Son nombre d’élus progresse de 108 à quelques 558 cette fois-ci. Il sera présent partout dans les conseils régionaux. Les évolutions des suffrages en sa faveur sont de l’ordre exceptionnel. Il faut le voir. Une progression en continue en voix depuis la réorganisation de ce parti autour des héritiers Le Pen. La fille, la nièce, les beaux-frères, tous repeints en bleu-marine et bénéficiant d’une sympathie réelle dans de nombreux médias. Cela venant s’agglomérer à une critique régulière des élites en place et à une fausse concurrence UMP/PS permettant de convaincre de très nombreux électeurs de rejoindre leur combat. On ne peut plus dire qu’il s’agit là que d’une attitude électorale passagère. Si rien n’est acquis définitivement, il y a là une réalité pesante à prendre en compte.

D’autant que des 6 millions de voix des présidentielles et du premier tour, il prend 820 000 voix en plus !

A DROITE, les formations de la droite et du centre encouragés par leurs leaders, se sont unis dès le 1er tour. Même si l’ambition des objectifs de départ de tout rafler n’est pas atteinte loin s’en faut, le bilan est quand même à mettre au positif. Sept (7) grandes régions comprises dont les plus importantes en nombre de population et économiquement parlant – Ile de France, Auvergne Rhône-Alpes, PACA – Cette droite sérieusement extrémisée, toutes tendance confondues, a pour sa part recueilli 68 % des suffrages exprimés. La droite dirigera avec ou sans opposition de gauche, les secteurs le plus névralgiques du pays. Sur 66 millions d’habitants en France, 42 millions d’entre eux seront administrés régionalement par les forces de la droite dite classique…

A GAUCHE DE LA GAUCHE, non seulement les résultats du premier tour ont une nouvelle fois mis à jour les inconsistances stratégiques électorales et politiques des dirigeants Front de Gauche et Ecologistes mais elles continuent d’apparaitre et cela n’engage personne à l’optimisme à ce niveau.

Lors du premier tour, cette gauche où apparaissaient des listes PCF estampillées Front de Gauche sans élargissement réel, mais aussi des listes EELV + PG se référant au FG, ou encore des listes écologistes EELV autonome et enfin des listes d’allure véritablement unitaire Front de Gauche-Ecologistes, n’a pas, et comment cela aurait-il pu en être autrement, tiré son épingle du jeu. Les promesses des élections présidentielles de 2012 ont vécu et les éparpillements des municipales et des départementales n’ont pas été rectifiés, bien au contraire.

Aucune orientation de type nationale n’a été envoyé dans la préparation du scrutin aux listes régionales baignant dans leur jus de désunion. Au fond, rien n’a marché car les attentes de l’électorat le plus en colère, le plus déçu de la politique du PS ne s’est pas senti concerné par ce climat trouble du premier tour, d’autant que le contexte de l’état d’urgence ne le satisfaisait pas. Il y a eu grave responsabilité des dirigeants de ce Front du Gauche en déconfiture. Au premier tour, ces listes diverses de « gauche de gauche » ont peiné à atteindre la barre des 5 %. Dans six (6) régions, elles ont été légèrement au-dessus des 5 %, elles ont pu fusionner avec le PS dans sept (7) régions pour les faibles résultats que l’on connait.

Comparé à 2010, le nombre de conseillers régionaux a fondu et c’est le nombre restreint de 41 sièges qu’ils obtiennent au compte du Front de Gauche soient 1/3 de moins. Il n’y aura pas d’élus FG dans sept (7) régions sur 13 ramenant cette proportion à peu d’efficacité pour faire entendre une voix différente à celle d’un libéralisme financier restant de mode dans la plupart des autres formations !

Il y a pourtant de ce qui précède, quelques observations complémentaires à faire, surtout en repensant aux premières déclarations de dirigeants nationaux des dimanches soir.

Les sirènes de la pensée et pratique libérale au pouvoir comme Mr Valls, ou comme Ms Bertrand, Sarkosy et autre Estrosy n’ont pas manqué de belles formules ou de fausse modestie en se disant conscient des changements d’attitudes à avoir pour être au niveau des messages des électeurs.

« Le nouvel avertissement est entendu » ou « Nous allons gérer autrement » ou « La volonté de rassemblement républicain sera notre affaire et notre réussite » etc, etc…

Oubliées les responsabilités de uns et des autres à enfoncer le pays dans la crise sociale, économique, démocratique. Oubliées les mesures antisociales des équipes Valls Macron qui veulent encore plus de réformes. Oubliés les besoins de relancer les pouvoirs d’achats des salariés, des retraités, des attentes des chômeurs… Et comme première mesure d’un cynisme extraordinaire, l’annonce officielle dès lundi matin d’une non augmentation du SMIC.

Conclusions provisoires

Après ces élections et alors que les idées du Front National n’ont jamais été aussi présentes et que le président Hollande ne pense plus qu’à trouver la bonne combine politicienne pour être candidat sortant réélu en 2017. Il s’agit désormais pour les formations politiques bien en place, qu’à zapper les problèmes sociaux et à miser sur la crainte, la peur et les aspirations légitimes à la sécurité des Français.

Le revirement positif des électeurs du second tour n’efface pas les messages laissés dès le premier tour par les votants ou les non votants abstentionnistes. L’ensemble des indications émises sont sans bavures. Ce sont celles de voir sortir notre pays de l’autoritarisme actuel, la nécessité de faire reculer sérieusement le chômage tout autant que la précarité de l’emploi, la pauvreté et la crainte des lendemains avec une jeunesse qui s’interroge.

Il y a beaucoup d’enseignements à tirer du résultat des premiers et deuxième tours des Régionales avec en toile de fond l’urgence à faire sortir des franges larges de la citoyenneté un objectif de rupture avec la société libérale mondialisée qui régente tout de la vie de chacun.

La gauche de gauche qui ne peut en rester où elle en est, saura-t-elle trouver les idées, la force de se renouveler en se rassemblant ?

Les volontés qui s’expriment pour constituer au plus près des gens, des comités citoyens de construction alternative semble ici de bonne augure.

Paul CRESPIN

Montluçon, le 15/12/2015

Tag(s) : #la région

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