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De la colère à la lutte :  La convergence nécessaire…

Dans sa chronique d'actualité, Paul Crespin souhaite une pleine réussite au mouvement "Nuit debout" qui démarre ce soir même à Montluçon. Mais surtout, il parle d'une chose qui nous tient tous à cœur : la convergence des luttes. Celle-ci est possible, en tout cas, à Montluçon les initiateurs de la première "nuit debout" ont clairement exprimé leur solidarité avec les manifestations organisées par les syndicats. C'est sur cette base que le premier rassemblement à Montluçon va prendre son essor. Merci à Paul pour sa contribution.

De la colère à la lutte :  La convergence nécessaire…
De la colère à la lutte :  La convergence nécessaire…

A l’évidence, la lutte de classe n’est pas morte dans notre belle France. Nous vivons en effet des moments forts d’une démarche multiforme visant à endiguer, combattre et battre les politiques sociales libérales austéritaires comme jamais. Une politique globale qui enferme notre pays dans des désastres sociaux-économiques et environnementaux sans nom ! Le gouvernement en place prolonge et aggrave les mauvais coups de ses prédécesseurs et nos concitoyens n’en peuvent plus, n’en veulent plus.

Avec la mobilisation « anti loi El Khomri et la multiplication des conflits en entreprises privées ou bien dans différents services publics sacrifiés sur l’autel de la finance, s’est engagée depuis de longues semaines une confrontation d’ordre civilisationnelle. De différentes manières et par mise en place de manifestations de rue répétées, par occupation de place – les Nuits Debout – un extraordinaire mouvement de recherche d’alternative à l’austérité libérale généralisée se construit. Evolue alors dans notre pays un rapport de force sorti de la prédominance d’un parti socialiste aux abois. Faire reculer, annihiler les orientations gouvernementales qui se doivent de servir le MEDEF et qui du même coup écrasent les catégories les plus populaires, les jeunes en difficultés sociales élargies apparait du domaine du possible.

S’il convient de noter que les mobilisations différenciées ont marqué des points et commencé de faire changer de camp la confiance et la sérénité. Pour autant, les colères et les engagements qui s’expriment n’ont pas encore fait la bascule d’un changement possible de gouvernance. Soyons réaliste et en cela mesurons le chemin à parcourir, celui du débouché politique entre autre !

Les salariés, la jeunesse étudiante qui ont pris conscience des immenses dangers de la loi El Khomri sont entrés dans l’action à l’appel de leurs organisations syndicales (hors organisations dévouées aux politiques d’accompagnement, CFDT en tête) et assurent une volonté à dépasser les divisions et les obstacles idéologiques semés sur leur route par le pouvoir encouragé par la droite et les supports officiels médiatiques. « Nuit Debout » assure non sans difficultés sa contribution à éclairer le chemin d’une alternance transformatrice à caractère autonome. Sa réussite est marquante et portera loin quoiqu’il se passe.

On remarquera alors comment le cycle des provocations répressions, les casseurs patentés et les forces policières entrent en scène pour dénaturer et faire dévier le mouvement des luttes engagées ! Révoltes et insoumissions sont les plaies du système d’exploitation et de domination idéologique.

Dans les débats en cours, comme il est normal, la question des convergences se pose et celle des mots d’ordre en même temps. Faire converger les initiatives dans des buts communs suppose de lever les incompréhensions sur le devenir du mouvement. « Il faut tout bloquer disent certains pour que tout se débloque ! » C’est là une observation alléchante mais il faut avec lucidité, adopter cela aux réalités, aux volontés et aux rapports des forces en présence. « Pas si simple d’appuyer sur des boutons par le haut » disent d’autres. Et au bout du compte, de multiples expériences sociales-historiques permettent de mesurer l’intérêt mais aussi la volonté de tels mots d’ordre, rejoignent celui de l’appel à la grève générale.

Chacun sait en dehors d’une précision à donner si c’est de grèves généralisées ou de grèves reconductibles qu’il s’agit, que n’importe comment cette question ne se règle pratiquement jamais par une décision prise unilatéralement par appel décidé d’en haut. On peut comprendre que tout part toujours de la montée d’une prise de conscience partagée, de réunions à la base et de décisions par secteur de travail – entreprises, administrations – établissements publics. L’horizontalité devient alors une force.

Notons à ce propos qu’en ces jours tumultueux, la compréhension qu’il n’y a plus rien à attendre de bon des partis qui se succèdent au pouvoir depuis trente ans et qui se rejouent systématiquement la scène électorale du « fais-moi peur » avec un FN qui profite de leur inconscience, est devenu réelle et bien ancrée.

Le déclic est venu sur un fond de déception de la volonté gouvernementale d’imposer une loi dite du Travail. La loi El Khomri mérite pourtant plus que jamais le nom de lois du capital… L’urgence est donc actuellement de « faire la peau » aux politiques libérales autoritaires et dépositaires des enfoncements dans les crises et des abandons du sens commun. L’urgence est de tout faire pour faire annuler cette loi. De cette annulation dépendra pour beaucoup la mise en œuvre de meilleures conditions pour casser le cadre du système capitaliste lui-même et l’ouverture plus large à de nouvelles batailles de transformation sociale plus conséquente au plan sociétale pour notre pays et au-delà.

Fort justement, les initiateurs de « Nuits Debout » font remarquer – Frédéric LORDON entre autre mais aussi François RUFFIN que quelque chose se passe, se construit dans les initiatives aux contenus et buts variés et dans les succès de rassemblement et occupation de place. Par exemple que se discute là, non seulement le besoin d’avancées sociales claires, décisives telles que progressions salariales, retraites, droit à se soigner, à se loger, etc… que soient présents les thèmes essentiels comme celui de la négociation du traité transatlantique en cours de constitution dans le plus grand des secrets entre l’Europe et les USA, tout cela est de grande portée. Enfin que soient aussi débattues les questions des cadres institutionnels faisant apparaître l’impérieuse nécessité du passage à une VIème République n’est pas non plus la moindre des choses. Au travers de toutes ces expressions se constituent des éléments d’un devenir harmonieux. Le moment est donc d’importance en construction alternative…

Faire œuvre utile alors que se présentent des échéances décisives dont l’ouverture de la discussion de la loi El Khomri à l’Assemblée le 3 mai doit et peut conduire à participer aux initiatives en cours dans les « Nuits debout » autant que d’être activement présents au rendez-vous unitaire du 1er mai. C’est d’ailleurs le sens de la réflexion faite à la Bourse du travail la semaine passée à Paris par François Ruffin en tête, de faire du 1er mai 2016 un des moments de convergences permettant d’intensifier les pressions et se donner plus de capacités à réussir.

Parler comme le fait Frédéric LORDON, autre animateur écouté des « Nuits Debout » parisiennes, peut servir de force de persuasion. « Faire la peau de la loi El Khomri reste d’une inaltérable actualité et nous n’arrêterons pas de lutter à son service. Mais de même que les «zadistes » n’ont pas seulement en vue un aéroport mais le monde qui engendre cet aéroport, de même la loi El Khomri est le rejeton de tout un monde ».

« Rien n’est à eux, tout est à nous » dit la chanson de lutte, notre légitimité est bien là dans ce sens-là.

Paul Crespin

Montluçon, le 30 avril 2016

PS : En plein succès à la « Nuit Debout » qui commence en ce samedi 30 avril à Montluçon 18h30 Place Jean Jaurès.

Tag(s) : #Montluçon, #Billet d'humeur

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