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Conférence aux Ilets, sur "la décentralisation théâtrale"

Conférence sur "la décentralisation du Théâtre", le jeudi 3 novembre à 19h. l'équipe d'animation des Ilets nous donne un avant goût de celle-ci avec un très beau texte de présentation. Voici le communiqué que nous avons reçu :

Conférence aux Ilets, sur "la décentralisation théâtrale"
Communiqué du théâtre des Ilets :
 
Jeudi 3 novembre à 19h au Théâtre des Îlets, nous avons l'honneur et le plaisir d'accueillir Jean-François Marguerin*, éminent spécialiste des politiques culturelles, pour une conférence sur la décentralisation théâtrale : La décentralisation dramatique, geste fondateur de la politique culturelle de la France. Quelle plus belle façon de célébrer les 70 ans de la décentralisation que cette mise en perspective ludique et documentée (savante même!) envisagée sous l'axe de la censure ?
 
Le texte de présentation ci-dessous Le Théâtre et son Prince vous en dira davantage et vous mettra, je l'espère, en appétit.
 
Au plaisir de vous accueillir aux Îlets !
 
Carole Thibaut|
Théâtre des Îlets|CDN de Montluçon
 
Le théâtre et son prince : histoire d'un couple tempétueux
 
« Le prince est ici la métaphore du pouvoir politique, qu'il soit monarchique ou républicain, autoritaire ou libéral.Osons le dire ainsi : le théâtre, comme genre et comme édifice, est rejeton de la censure. L'histoire commence en 1548, en pleine Renaissance, quand le parlement de Paris (la cour de justice de l'époque) interdit l'exercice des spectacles parlés dans l'espace public. Ils ne se donnaient pourtant jusque là que sur les places, les parvis d'églises, à l'occasion des marchés et des foires, là donc où l'on badait, où se réunissait le chaland. Cette décision des juges aurait dû signer leur arrêt de mort. Ce n'était pour autant pas totalement leur intention. Car voilà qu'en réaction, cette même année 1548, une confrérie leur demande l'autorisation de pouvoir donner des représentations dans un lieu clos, une vaste écurie de l'Hôtel (parisien) du Duc de Bourgogne. Et que permission lui est accordée à la condition que de ne traiter que de sujets profanes, de ne donner que des soties (il faut entendre « sot » dans sotie, genre qui relève de la tradition de la farce et des bouffons).
 
Ainsi d'un double interdit – la soustraction de l'espace public comme du répertoire religieux – nait la première salle de spectacle parisienne, qui va transformer le badaud en spectateur, venu à l'heure dite, assister de bout en bout à la représentation en acquittant un droit d'entrer. Cet évènement a donné naissance à la salle obscure, cet espace fictionnel nécessaire au théâtre moderne, les effets de lumière, la professionnalisation des comédiens.
 
Trois siècles durant, le théâtre parlé jouera un rôle essentiel de propagation d'informations, fausses ou vraies dans une société où le savoir lire et écrire demeure minoritaire, de formation du jugement critique, de l'opinion. On mesure sa dangerosité à la surveillance incessante dont il est l'objet. L'essor de la littérature dramatique au 17e siècle, le grand siècle, l'âge classique doit aussi beaucoup à Richelieu. Songez que le jeu improvisé ne laissait jusqu'alors pas de trace, échappait à tout contrôle autre que fortuit. Tandis que le texte écrit permet d'exiger, sous peine d'interdit, et d'autres désagréments, qu'il soit soumis aux censeurs du roi préalablement à sa représentation... Ce sont là de passionnantes ambivalences... Qu'aurait été le théâtre s'il n'était pas rentré ainsi dans la salle, s'il s'était perpétué sans littérature, par la seule trame narrative qui servait, comme aujourd'hui encore dans la Commedia Dell'Arte, de support à l'improvisation?
 
On ne racontera pas tout ici des démêlées de ce couple qu'on aurait grand tort d'imaginer apaisé avec la Révolution Française... Jusqu'à l'invention d'une politique des arts et de la culture, voici tout juste 80 ans. Ce qui d'ailleurs ne signifie pas pour autant que tout baigne dans l'huile depuis lors entre ces deux là. On ne se privera pas d'évoquer le rôle de l'église dans ces tracasseries multiséculaires. Dès le 4e siècle, le droit canon exclut les acteurs de la communauté des chrétiens et cette excommunication n'est entrée en désuétude que fort tardivement. Cela voulait dire qu'à leur mort, ils ne pouvaient qu'être jetés à la fosse commune, condamnés qu'ils étaient à l'infamie civile, et privés d'office religieux.
 
La dernière affaire connue ne remonte qu'à 1815, soit à un siècle et demi d'aujourd'hui ce qui est peu à l'échelle du temps long de l'Histoire, quand la dépouille d'une très célèbre sociétaire de la Comédie Française, Mademoiselle Raucourt, (toutes les comédiennes étaient des « Mademoiselle ») s'est vue interdire l'entrée de l'église par le curé de sa paroisse. Louis XVIII à peine monté sur le trône dut alors dépêcher son confesseur personnel pour éviter l'émeute... On racontera la suite le 3 novembre à 19h dans ce théâtre de Îlets qui, bien entendu, fait lui aussi partie de l'histoire. Le tout, en une heure un quart. Sans entracte... »
 
Jean-François Marguerin
Tag(s) : #Montluçon, #Culture-loisirs

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