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À l'approche des présidentielles et des législatives, le débat à gauche devient d'autant plus passionné que les enjeux sont considérables. Si l'on en croit les sondages, le FN serait virtuellement aux portes du pouvoir. Cela a pour effet de tétaniser les esprits et incite à rechercher des solutions et des alliances à cours termes pour éviter que cette prédiction ne se réalise.

Comme à chaque fois, certains sont alors tentés de réactiver le vieux logiciel de "l'union des gauches", même au prix des grands écarts que cela suppose. Cela, ceux qui se sont rassemblés pour soutenir le programme "l'avenir en commun" de la France insoumise, ne veulent plus en entendre parler pour les raisons évoquées par leur candidat sur la deuxième circonscription de l'Allier (Lire ICI).

Alexis Mayet de "Ensemble", qui soutient la candidature de Jean-Paul Dufrègne sur la première circonscription a une tout autre lecture de la situation. Notamment, il défend l'idée selon laquelle le mouvement de la France insoumise est tout aussi structuré que n'importe quel autre parti et se comporte comme tel.

En outre, il prétend qu'en voulant imposer ses vues, la France insoumise empêche l'émergence d'une alliance qui soit en mesure de remporter les élections, comme si la simple addition des forces, indépendamment des idées qu'elles portent et de ses actes pouvait suffire à sauver la gauche.

Ce pacte qu'Alexis Mayet veut construire, il en parle dans la contribution qu'il a envoyé à regardactu et que nous reproduisons intégralement ci-dessous, afin d'alimenter le débat.

 

L’urgence de gagner : un pacte pour une alternative de gauche !

J’ai longuement hésité à m’exprimer ici sur la situation politique, pour plusieurs raisons. Je suis sanguin, ceux et celles qui me connaissent le savent, je m’emporte vite, et je ne voulais pas, dans un coup de sang, écrire un texte à charge contre des hommes et des femmes de mon camp social. De plus, je sais la difficulté à laquelle sont confronté.e.s ceux et celles qui mène la bataille unitaire, pour faire gagner la vraie gauche, aux présidentielles comme aux législatives. Il était donc hors de question de mettre de l’huile sur le feu. Mais je me résous, malgré tout, en tentant de prendre du recul face à l’urgence, à contribuer au débat qui anime la gauche en France, et aussi, tout particulièrement, dans le Bourbonnais.

La gauche est terriblement affaiblie. Elle l’est par le bilan du quinquennat de François Hollande,
qui, en menant une politique sécuritaire et anti-sociale violente, en choisissant d’entrer entièrement dans le pire qu’a pu faire la « gauche » de gouvernement, au Royaume-Uni notamment à l’époque de Blair, a désorienté nombre de françaises et français, pour qui la gauche avait un sens. De même, la situation politique conduit à ce que nombreux et nombreuses soient celles et ceux qui « n’y croient plus », mais attendent pourtant un avenir meilleur. Ils ne votent plus, mais espèrent, ils attendent une vraie gauche.

Le Front de Gauche a vécu, il a été construit, à l’origine, par Jean-Luc Mélenchon qui venait de
quitter le Parti Socialiste avec ses ami.e.s du PG, et par le Parti Communiste qui était, à sa création, le « bras armé » de ce nouveau cartel. Du NPA sont partis Christian Piquet (désormais membre du PCF), et la Gauche Unitaire. A cette époque, j’étais militant au Nouveau Parti Anticapitaliste. Pour tou.te.s les militant.e.s du NPA, des plus unitaires au plus sectaire, l’entrée dans le FDG n’était pas une question qui se posait. En effet, nous considérions que si éventuellement il pouvait y avoir des candidatures communes, il n’était pas question de rejoindre ce cadre dont l’indépendance vis à vis du Parti Socialiste était loin d’être démontrée (un ancien ministre socialiste, JLM, dont les mesures avaient été condamnées par les syndicats dans l’enseignement professionnel, son porte-feuille à l’époque, qui garde Mitterrand comme référence politique, et qui n’était pas sorti du PS au moment où cela eut été logique : en 2005, au moment du TCE, et un PCF habitué à une stratégie d’union de la gauche, tout cela pouvait en effet laisser méfiant.)

En 2012, les militantes et militants unitaires du NPA, conscient.e.s, déjà, de l’urgence de la situation, de la nécessité de se doter d’un programme d’urgence contre l’austérité, de construire un rassemblement populaire à vocation majoritaire, et au regard du contenu du programme l’Humain d’Abord, un programme d’espoir et de rupture, conscient.e.s aussi de la dynamique potentielle de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, qui permettrait que les masses submergent les bureaucraties à la tête du Front de Gauche, ont fait le choix de l’intégrer, et d’entrer en campagne. J’étais de ceux/celles là.

Ce Front de Gauche, celui de 2012, c’était celui porté par les militant.e.s communistes, mais aussi celui d’une immense marée de gens, de gauche, cherchant une perspective politique nouvelle. Après 2012, beaucoup d’entre-eux/elles se sont retrouvé.e.s orphelin face à l’incapacité de créer, en parallèle du cartel, un cadre permettant les adhésions direct au FDG. Le PCF n’en voulait pas, et le PG ne se plaignait pas vraiment de capitaliser dans ses rangs autour de l’effet Mélenchon. A partir de ce moment, je partageais l’idée, avec des gens qui sont aujourd’hui à la direction de la France Insoumise, que nous, le FDG, devions représenter l’ « Opposition de Gauche » au mandat de Hollande.

Des désaccords tactiques violents, dans les stratégies d’union, sont apparues par la suite. Ces
divergences, vis à vis du PCF notamment, faisaient parties des inquiétudes légitimes que nous
avions, nous, militant.e.s révolutionnaires, vis à vis du Front de Gauche. C’était prévisible, et cela c’est confirmé, d’autant plus sans dynamique populaire permettant de pousser à de nouveaux choix d’alliances aux élections locales.

Finalement, et alors que, militant.e.s d’Ensemble !, troisième composante du Front de Gauche, nous cherchions à être le trait d’union de cette gauche alternative, les tiraillements ont eu raison du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon devenant, le temps passant, inversement plus sectaire que le PCF. Le PCF, s’il porte des responsabilités, ne doit pas cacher les erreurs des autres. Oui, ce fut une erreur que de chercher à imposer au PCF tant de conditions que l’unité aux régionales en Auvergne Rhône-Alpes devint impossible. Des conditions, autour d’une charte (sur le non cumul notamment) qui depuis semble avoir été oubliée par ceux/celles qui en ont fait un pré-requis. Oui, ce fut une erreur, c’est une erreur, d’appliquer à Grenoble une politique d’austérité, dans une majorité constitué des Verts, du Parti de Gauche, et d’une partie des membres de Ensemble !, où il y a donc nombre d’insoumi.e.s.

Match nul, balle au centre ? (je n’y connais rien en foot)

Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon, décidant de s’émanciper (à tort ou à raison, là n’est pas la question) du FDG, et de lancer son mouvement électoral, la France Insoumise, a présenté sa candidature à l’élection présidentielle. Ce choix s’est fait dans le cadre d’une réorientation politique : finie la gauche, bonjour le peuple. A la lecture de Mouffe et Laclau, Jean-Luc a opté pour le populisme de gauche, un choix fait aussi en Espagne par la partie dirigeante de Podemos, dont le congrès a cependant procédé à des réorientations. L’ennemi n’est donc plus le capital, mais une caste, une oligarchie. Cette option politique, si elle est nouvelle, est pourtant pleine de limite. Le peuple est il un tout cohérent ? Les intérêts des patrons de PME sont-ils nécessairement convergents avec ceux de la classe travailleuse ? Pour ma part, je n’en suis pas certain, et en Espagne, je soutiens les militant.e.s révolutionnaires d’Anticapitalistas, qualifié par Jean-Luc Mélenchon de gauchistes (!) et qui ne partagent pas ce choix idéologique. Surtout lorsque cela a pour conséquence, dans l’Avenir en Commun, programme de la France Insoumise, de réduire la proposition de hausse du SMIC, la passant en deçà des revendications des grandes centrales syndicales (et de Gérard Filoche à l’époque où il était encore candidat à la primaire!), c’est un problème sérieux. Oui, l’insoumission comme nouveau projet politique comporte de grave problème, et il y a tout à gagner à intégrer, dans un cadre de rassemblement, d’autres visions.

Surtout : la perspective d’une gauche, la dynamique qui existait à l’époque du Front de
Gauche, tout cela est-il mort ?

Je ne le crois pas. Il faut convaincre les abstentionnistes nous dit Jean-Luc Mélenchon, c’est vrai, il faut leur redonner espoir, pour autant, que représente ce magma d’abstentionniste ? Il y a celles et ceux qui, Mélenchon ou non, ne veulent pas et ne veulent plus voter, à qui les grandes idées républicaines sur le droit de vote donnent des boutons, il y a celles et ceux qui ne savent plus pour qui voter, bien-sûr, mais de là à en faire le coeur de cible alors qu’une grande majorité de français votent pour les présidentielles, c’est surtout une bonne manière de ne pas regarder ailleurs !

Cet ailleurs, ce sont les syndicalistes par milliers, ces militant.e.s associatif/ves, ces militant.e.s de base, ces électeurs de gauche, qui ne voient pas de perspective pour gagner. Ceux/celles là, qui, malgré le bilan du quinquennat, malgré le fait que Valls leur donne des boutons, ou justement pour cette raison, sont allés voter Hamon aux primaires. Ils étaient 2 millions à se déplacer, pas mal, dans le contexte. Mélenchon a eu raison de se raviser, certes un peu tard, après avoir commencé par mépriser les résultats, voir, après que certain.e.s insoumis.e.s aient cru bon d’aller voter Valls pour avoir le face à face tant attendu entre le libéralisme sécuritaire et l’insoumission. Raté, le libéralisme vallsiste a été tué par KO… Dans le cadre de la primaire !


Dans cette nouvelle situation, la question n’est pas tant le nouveau projet politique sur le long
terme, et de fait, celui-ci ne peut-être pré-déterminé même par 100 000 insoumis.e.s actifs/ves, car c’est la lutte de classe qui le déterminera (le peuple qui fera irruption sur la scène politique, comme dirait Jean-Luc, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui, nous n’en sommes pas encore là). Il est au contraire question d’un projet électoral d’urgence, un projet suffisamment mobilisateur pour faire le lien avec les luttes et les classes populaires : oui urgence à une politique sociale et écologique, urgence à la rupture avec le racisme institutionnel et le sécuritaire, urgence pour l’emploi, etc, et nous sommes à la croisée des chemins.

Le quinquennat Hollande porte la responsabilité de la situation, de la montée du FN, du durcissement du discours de la droite. Il n’est pas question ici, ni de nouvelle gauche plurielle (à laquelle participait d’ailleurs JLM), ni de vote utile tel qu’on l’entend, et encore moins de front « républicain ». Il est question de savoir, dans la situation où se trouvent les hommes et les femmes de se pays, et alors que les intentions de vote pour le FN sont les plus hautes, qu’il est possible, dans le contexte international, que dès 2017, ou, faute d’alternative politique, en 2022, Marine Le Pen soit présidente.

C’est pour cette raison que l’exigence d’unité et de clarté est impérative aujourd’hui.

Pour cela, nous avons besoin de toutes les forces possibles : le sectarisme ne peut pas, sous prétexte de faire de la politique autrement, ou de dégagisme (qui mettrait tout le monde dans le même sac, mais alors… Hamon, Fillon, Macron, dégagent ou dégagent pas : le premier a gagné les primaires, le 2e aussi, le 3e a une dynamique importante, comme Marine Le Pen, tout ne s’explique pas par le dégagisme) guider une stratégie victorieuse pour 2017. La France Insoumise peut ouvrir des discussions, mettant entre parenthèse sa charte, pour qu’aux législatives, des candidats de gauche, sur la base de convergences entre l’Avenir en Commun, la France en Commun (programme du PCF), le programme de Ensemble ! et d’autres, bref, sur des bases claires, puissent porter l’espoir d’une nouvelle majorité. Il ne s’agit pas d’une rupture avec les présidentielles, il s’agit tout simplement d’avoir un nombre maximum de députés, et de cesser les incantations sur la victoire inéluctable (tellement certaine que je me demande pourquoi les élections sont maintenues).

Et pour cela, nous aurons besoin d’André Chassaigne, et de tou.te.s les députés du PCF qui se
représentent, et il en faudra d’autres, des élu.e.s du PCF, car ils/elles sont à l’Assemblée jusqu’ici, la seule voix de notre camp. Il faudra aussi des député.e.s insoumis.e.s, de Ensemble !, des nuit deboutistes, des syndicalistes… Pour cela, nous avons besoin de listes communes larges, partout, et sur des bases claires. Clémentine Autain, Porte-Parole d’Ensemble ! à Sevran, est soutenue par le PCF, Ensemble ! Et la France Insoumise, et c’est une grande assemblée citoyenne diverse qui a validé sa candidature. A Amiens, François Ruffin, réalisateur de Merci Patron !, symbole des Nuits Debout, a refusé de signer la Charte de la FI, il est soutenu par EELV, le PCF, la France Insoumise et Ensemble !. A d’autres endroits, des cadres communs de campagne se mettent en place entre le PCF, le PG et Ensemble ! Pour soutenir Mélenchon. Si c’est possible quelque part, ça l’est partout !

Soyons tout.e.s conscient.e.s de nos forces. Dans l’Allier par exemple, le PCF dispose de centaines d’adhérent.e.s, et est en capacité de proposer ou de soutenir des candidat.e.s sur des bases claires, quand la France Insoumise n’a pas la même force de frappe. Alors que faisons-nous ? Doit-on gagner des députés, influencer l’orientation en participant à des campagnes, ou faire comme le NPA, des candidatures de division, face à nos camarades ?

Unissons nos forces : pour gagner ! Avec les meilleur.e.s candidat.e.s et avec tous ceux et toutes celles qui sont prêt.e.s à mettre la main à la pâte ! Surtout, faisons attention. Je partage l’idée qu’il faut un renouveau politique, et je rêve d’un Podemos français, mais la condition de cela, c’est le mouvement social. La dynamique de la France Insoumise existe, et il y a un tas de gens qui reprennent espoir, mais est-ce suffisant, est-ce un souffle assez fort ? Pas aussi fort qu’en Espagne, ou au Portugal où la gauche unie est au pouvoir. Il ne faut pas prendre des vessies pour des lanternes, et pour ceux et celles qui militent depuis quelques temps, il faut rester conscient que les manoeuvres politiques existent partout, et que la France Insoumise n’en est pas exclue. Il faut faire attention, à ne pas laisser croire que c’est toujours le peuple qui parle, qu’il n’y a pas d’appareil politique qui structure idéologiquement, y compris la France Insoumise. Il faut faire attention, lorsque les camarades insoumis.e.s balayent de la main toute convergence programmatique au nom des milliers d’insoumis.e.s qui ont travaillé sur le programme.

Car oui, je ne doute pas qu’il y a eu un investissement fort, mais à qui pouvons-nous laisser croire que, par exemple, les propositions sur l’Europe sont celles d’une masse de gens qui se sont emparés du débat ? Non, il y a à la tête de la France Insoumise un appareil, issu en grande partie du Parti de Gauche, qui a structuré la campagne, qui connaît la politique, et qui n’a absolument rien de nouveau. Aussi, promettre de faire de la politique tout autrement, alors que nous savons bien tout ça, ne serait que mensonge. Je ne dis pas part là que c’est une mauvaise chose, mais simplement que non, la France Insoumise n’est pas un mouvement citoyen, mais un appareil politique structuré, et qu’en tant que tel, avec à sa tête des militant.e.s formé.e.s et habitué.e.s à la pratique politique, ils ne sont pas moins que les autres une organisation traditionnelle, et à la tête de la FI, ceux et celles qui s’expriment ne représentent pas toujours l’aspiration de la base, car oui, il y a aussi des insoumis.e.s qui sont pour travailler avec la gauche alternative dans sa diversité, il y a aussi des comités locaux, en Île de France, qui voulaient soutenir un candidat communiste, et se sont vus parachuter un candidat par le comité électoral.

Enfin, nous le savons, il y a, dans ce département même, des candidat.e.s du PS qui ont été les
soutiens indéfectibles du mandat. Mais attention : une seule candidature à gauche, un mais pas 3, entre Jadot, Hamon, Mélenchon, c’est une attente qui existe largement, dans les milieux militants bien-sûr, mais dans la société surtout. Oui, il y a un désir de gauche dans le pays ! Alors plutôt que de laisser l’appareil socialiste remettre la main sur la dynamique Hamon (qui existe, oui, y compris sur le très clivant revenu universel, c’est d’ailleurs une discussion qui a eu lieu à la réunion de la France Insoumise Vichy qui a réuni 40 personnes, car il y a un désir d’universalité), un camarade me disait qu’on convainc toujours sur sa droite.

Alors prenons Hamon et Jadot (oui, le même Jadot qui a refusé de signer la pétition des bibliothécaires en lutte de Grenoble, mais après tout, les élu.e.s insoumis.e.s non plus ne l’ont pas signé...) au mot, montons des initiatives-débat sur l’unité, clarifions les positions, tirons-les vers nous et laissons ainsi sombrer l’appareil socialiste, qui lorsque les députés légitimistes partirons avec armes et bagage chez Macron, sera fort dépourvu, sauf à changer de cheval !

Oui, il est possible de construire un Pacte pour une alternative de Gauche, et si les insoumis.e.s, les communistes, les syndicalistes, les hommes et les femmes de gauche, ne cherchent pas à en créer la possibilité, alors oui, il y aura un candidat socialiste, mais surtout, il y aura une normalisation de ce qui apparaissait, suite au mandat de Hollande, suite aux primaires, comme une énorme brèche dans l’appareil socialiste, permettant de le mettre à mort

Alexis Mayet, militant d'Ensemble, insoumis critique.

Tag(s) : #Billet d'humeur

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