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C'est un témoignage douloureux que nous livre Nathalie Gueirard Debernardi, douloureux et poignant. C'est la raison pour laquelle regardactu relaie cette pétition pour que le droit à mourir dans la dignité, soit enfin reconnu en France.

À Montluçon l'association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) est particulièrement présente et mène un combat exemplaire pour que ce droit fondamental soit reconnu et inscrit dans la constitution (lire ICI et ICI et encore ICI). Un seul candidat s'y est engagé, mais d'autres restent insensibles à cette revendication, alors qu'une écrasante majorité de Français y sont favorables. Faut-il croire que certains lobby son à l'œuvre ? Il est permis de le penser.

La période des élections peut être l'occasion de peser sur les candidats, même si on sait bien que certains ne respecteront pas forcément leurs promesses. En tout cas, c'est le moment pour peser sur leur programme pour que ce droit y figure.

Voici la pétition à signer en ligne

 

 
 
 
 
 
 

 

Quelques mois après l’agonie et la mort de mon mari, atteint de la Maladie de Charcot (ou Sclérose Latérale Amyotrophique), j'ai décidé de militer pour que l'aide active à mourir existe en France au plus vite.

La maladie de Charcot est une maladie neurologique incurable et mortelle. A ce jour aucun cas n'a JAMAIS été guéri.

Retracer notre parcours me semble essentiel pour faire comprendre comment le choix de mourir peut devenir à un moment donné la seule alternative possible pour un malade. Beaucoup d'autres personnes pourraient écrire un témoignage du même ordre : les demandes légitimes du suicide assisté ou d’euthanasie sont très nombreuses en France.

Nous avons vécu le processus de la maladie mon mari et moi dans notre chair, renonçant progressivement et inéluctablement à tout ce que nous aimions vivre ensemble.

En six mois il est passé de la difficulté à marcher au fauteuil roulant. Six mois plus tard ses bras ont commencé à s'affaiblir. Progressivement, la fonte musculaire lui a imposé une assistance permanente.

Un an et demi après le diagnostic, l’évidence de la condamnation à mort est apparue avec le début de l’atteinte diaphragmatique. Un protocole expérimental lui a été proposé, au cours d’une intervention chirurgicale il a contracté une pneumonie.

En novembre 2013, il a décidé d'adhérer à l'ADMD (Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité), un de ses fils et moi-même avons accepté de signer ses directives anticipées en qualité de personnes de confiance.

Tout de suite, il a voulu recourir à l’aide active à mourir et donc entamer la démarche d’aller en Suisse. Tenir un livre était devenu impossible, échanger quelques mots était épuisant, la progression de la paralysie musculaire fulgurante, le risque d’étouffement permanent. Mon mari n'avait plus qu'une envie : mourir.

L'impossibilité d'aller en Suisse a marqué un tournant déterminant. Michel, qui avait consacré sa vie à écouter la souffrance des autres, n’était pas entendu. La souffrance physique et psychique était devenue insupportable. Il avait perdu 15 kilos en deux ans, était à bout de forces, trop faible pour supporter le voyage. Il aurait voulu choisir le jour de sa mort, il ne voulait pas vivre et nous faire vivre cette lente progression torturante vers la mort. La vie avait quitté son regard. A chaque fois qu'il ouvrait les yeux, la nuit comme le jour, il n'avait plus qu'une phrase : "je veux mourir".

Michel est donc mort d’insuffisance respiratoire et d’épuisement, en rentrant chez nous après une ultime consultation hospitalière que j’avais obtenue de haute lutte entre Noël et le jour de l’an.

Il était médecin psychiatre - psychanalyste et depuis toujours redoutait de mourir à l’hôpital.

Il était doté d'une énergie vitale hors du commun, et son courage reste un exemple pour ceux qui l'ont connu. Si une aide pour mourir avait été possible, nous aurions pu vivre autrement le dernier jour de notre vie commune, dans une sorte de sérénité, d'apaisement.

Je me suis rendu compte après coup que de nombreuses familles françaises avaient vécu ou allaient vivre le cauchemar de telles agonies. Ma révolte a été le départ d’une mobilisation publique.

Que s’est il passé depuis, en France, concernant la législation ?

François Hollande n'a pas tenu la promesse de son engagement 21.

La loi Claeys-Leonetti sur les droits des personnes en fin de vie, qui consacre le droit de chaque personne à demander une sédation profonde et continue jusqu'à son décès, dans certaines conditions, est entrée officiellement en application le 5 août 2016.

Concrètement, la nouvelle loi met en place ce que M. Leonetti appelle un « droit de dormir avant de mourir pour ne pas souffrir ».

Cette mort médicalement assistée qui organise l’inconscience de l’agonie à la fin de la vie ne correspond pas à l’attente citoyenne d’une liberté garantie par la loi de choisir le moment et la manière de réaliser sa mort.

Qu’advient-il de l’autonomie et de la bientraitance, de la responsabilité et de la liberté ? Pourquoi les droits fondamentaux n’inspirent-ils pas plus le législateur alors qu’ils ne s’appliquent pas en République française ?

Nombre de malades condamnés, accablés par leur souffrance psychique et physique réclament le droit de mettre un terme à leur existence avec l’aide médicale que la médecine moderne est capable d’apporter.

Il est par conséquent urgent qu’une loi qui permette de se respecter dans la différence de ce que l’on pense soit votée pour légaliser le suicide assisté et l’euthanasie.

Faut il rappeler ici qu'en décembre 2013, parmi les conclusions de la consultation citoyenne sur la fin de vie, menée au sein du Comité Consultatif National d'Ethique, figuraient précisément la légalisation du suicide médicalement assisté et la création d’une exception d’euthanasie ?

Ignorer la réalité de cette demande revient à encourager ce qu’on appelle désormais le tourisme de la mort, avec les inégalités que cela implique tant sur le plan de la capacité physique à y recourir que sur le plan financier et affectif.

Ignorer cette réalité nous amènera aussi, inévitablement, à être les témoins impuissants de fins de vies violentes et tragiques, faits divers régulièrement relatés dans la presse.

Nous ne voulons pas d'une société qui envoie ses citoyens souffrants mourir loin de chez eux, et qui en cela ne respecte pas les droits de l’Homme.

Candidat à l’élection présidentielle, prenez position sur ce sujet de société qui nous concerne tous.

Nathalie GUEIRARD DEBERNARDI

 
Tag(s) : #Pétitions

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