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Pas loin de Clermont-Ferrand, à la Roche-Blanche pour être précis, les personnels soignants et administratifs d'une clinique appartenant à un groupe australien, le groupe Ramsay pour être précis, ont engagé un bras de fer avec leur direction complétement sourde aux demandes du personnel. Cela fait presque un mois de cela.

Depuis que ce grand groupe a pris le contrôle de la clinique, les conditions de travail ne cessent de se dégrader et les conquis sociaux sont remis en cause les uns après les autres. Si bien que la tension entre la direction et le personnel n'a cessé de monter, jusqu'à ce qu'éclate la colère des salariés, qui ont le sentiment de se faire dépouiller des maigres garanties dont ils disposaient encore.

Quand nous avons eu connaissance de ce conflit, la lutte était déjà bien engagée (presque un mois). Comme souvent dans de pareil cas, la direction joue le pourrissement et refuse de négocier sur les revendications portées par le personnel et leurs représentants.

Le mieux, c'est encore de leur laisser la parole pour qu'ils nous présentent le contexte, les enjeux et où ils en sont dans leur lutte :

 

le conflit expliqué par les salariés eux mêmes :

 

La clinique de l'Auzon à appartenait au groupe Générale de Santé et a été rachetée en 2013 par le groupe Ramsay, groupe australien, aujourd’hui RamsayGDS après le rachat de tout Générale de Santé.

 

L’actionnaire principal (98%) de la clinique est Médipsy, filiale de générale de santé.

 

Notre clinique est un établissement très rentable, Chiffre d’affaire de 7 700 000€ en 2014/2015 et bénéfice net 965 000€ (soit plus de 12% de bénéfices par rapport au CA).

 

Malgré ces très bons résultats, on constate une volonté affichée du groupe d’augmenter ses bénéfices au détriment des salariés (et donc aussi des patients).

 

Origine du conflit

 

Le conflit s’est déclenché lorsque la direction a voulu dénoncer un usage en vigueur depuis 2004 permettant aux salariés d’acquérir, de poser et décompter leurs congés payés en jours ouvrés travaillés pour en revenir au minimum légal, à savoir les congés payés en jours ouvrables

 

Contexte du conflit

 

Cela est intervenu dans un contexte déjà très difficile et qui s’est encore dégradé depuis le rachat par le groupe Ramsay: pas d’augmentation salariale depuis l’augmentation de la valeur du point en 2012 (de 6.85 à 6.97), sauf 15 à 35€ brut mensuel selon catégorie professionnelle en 2014.

Remise en cause de tous nos acquis via des dénonciations d’usages.

 

Objectifs pour déclenchement de l’intéressement inatteignables (passant de 870 000€ demandé d’EBIT en 2014/2015 à 1 719 000€ pour 2016/2017 !)

 

Une diminution de la masse salariale budgétée de 13% sur l’exercice en cours.

La part des salariés sur les bénéfices via la participation passe de 23% en moyenne avant le rachat à 17% depuis. Un budget de formation en diminution constante.

 

Des fonds propres qui augmentent de manière exponentielle (passant de 20 000€ en 2011 à 2 668 000€ en 2015/2016). Ces fonds peuvent être utilisés par le groupe pour réaliser des investissements dans d’autres cliniques mais aucune information ni justificatif n’est donné sur l’utilisation de cet argent.

 

Des frais de GIE (Groupement Inter Entreprise, qui englobe tous les services transversaux partagés par les établissements, comme la plate-forme comptable par exemple) passant de 115 000€ avant le rachat par Ramsay à 373 000€ en 2015/2016, avec un pic en 2014/2015 à 816 000€. Il est impossible de savoir à quoi sont utilisées ces sommes, le groupe refuse de communiquer quoi que ce soit à ce sujet, malgré toutes les demandes faites par le Comité d’Entreprise et les experts comptables qu’il a mandaté.

 

Au niveau des conditions de travail :

 

Nous n’avons plus de médecin de garde physiquement présent la nuit, et parfois aussi le week-end. Malgré de nombreuses demandes (CE, CHSCT), rien de précis n’a été décidé pour résoudre durablement ce problème. Les médecins sont d’astreinte au téléphone mais ne répondent pas toujours aux appels de nuit.

 

Les absences ne sont pas toujours remplacées poste par poste, même quand elles sont prévues et/ou longues, entrainant une surcharge de travail des équipes à certains moments.

 

 

Historique du conflit

 

Le 28 mars, lors d’une réunion du Comité d’Entreprise les représentants du personnel sont informés que la direction dénonce l’usage en vigueur dans l’entreprise depuis 2004 permettant aux salariés d’acquérir, de poser et décompter leurs congés payés en jours ouvrés travaillés pour en revenir au minimum légal, à savoir les congés payés en jours ouvrables.

 

 

La déléguée syndicale organise une réunion du personnel le 29 mars. L’assemblée des salariés décide alors d’une grève d’une durée illimitée à compter du 29 mars 17h. Les revendications sont :

 

  • Le retrait définitif de la dénonciation et le maintien des modalités actuelles des congés payés
  • Une prime de 100€ net mensuelle hors RAG

 

Le mouvement est massivement suivi par les personnels soignants à 98%, et à 70% pour les personnels administratifs, les agents de service et l’entretien.

 

Dès le 30, la direction de la clinique est obligée de demander des réquisitions pour faire tourner les services. En effet, selon le PDG de la clinique lui-même, les gendarmes échoueront à trouver les personnels pour lesquels est demandée une réquisition dans 98% des cas.

 

 

 

La direction décide, au mépris des règles légales, de faire appel à des intérimaires et des CDD, et même à des salariés d’autres cliniques du groupe. Le Comité d’Entreprise sur les conseils de son avocat Maître Borie, demande un CE extraordinaire à ce sujet qui aura lieu le 6 avril et mandate sa secrétaire pour agir en justice si besoin.

 

La direction commence le 3 avril à faire transférer les patients. Le 6 avril au soir, plus aucun patient n’est présent dans la clinique.

 

La direction accepte enfin d’ouvrir des négociations le 3 avril, mais reste sur ses positions en n’acceptant pas les revendications des salariés. Une nouvelle liste de revendications plus complète est établie et transmise au groupe Ramsay.

 

Le 4 avril, les salariés manifestent place de Jaude et bloquent à 2 reprises le tramway pour réclamer une table ronde avec l’ARS, la direction locale et le PDG de la clinique. Cette demande n’aboutira pas, mais le PDG du groupe fixe une réunion de négociation le 6 avril à 14h.

 

Pendant ce temps, les salariés se regroupent chaque jour devant la clinique.

 

Le 6 avril à 14h, le directeur médical de la clinique et le PDG sont accueillis par une haie d’honneur des salariés, sparadraps noirs sur la bouche, dans un silence de mort.

 

Une délégation des salariés va négocier pendant plus de 8h avec la direction. Les propositions de celle-ci ne sont pas satisfaisantes, la direction refuse toute augmentation salariale pérenne et tout accord sur les congés payés. A 22h, les négociateurs conviennent de se réunir au téléphone le lendemain à 11h.

 

A l’issue de l’entretien téléphonique, les négociateurs conviennent de se rappeler à 17H.

 

Ne pouvant se mettre d’accord à l’issue de cette seconde réunion, il est décidé de faire appel à un médiateur. Les parties s’entendront lundi 10 avril sur le choix du médiateur.

 

L’assemblée des salariés, à chaque réunion, décide de continuer la grève à l’unanimité. Il y a donc toujours 98% de grévistes parmi les soignants, et 70% chez les autres catégories de personnel.

 

Actions à venir

 

Diverses actions sont envisagées, pour faire connaître notre mouvement et récolter aussi un peu d’argent pour compenser les pertes de salaire. Ces actions seront décidées par le collectif des grévistes demain lundi :

 

  • Installation d’un Barnum place de Jaude avec l’aide de la CGT, actions diverses en cours d’élaboration (prise de tension, ventes diverses…) et distribution de tracts
  • Distribution de tracts au rond-point, péage… avec quête
  • Pétition
  • Participation d’une délégation aux assises de la santé à Clermont-Ferrand
  • Visite de l’ARS à Lyon

 

Et surtout, mobilisation des autres établissements du groupe et d’établissements d’autres groupes pour lancer un mot d’ordre de débrayage court le même jour à la même heure de tous les établissements de santé privée.

 

Tag(s) : #Clermont-Ferrand, #Actualité sociale

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