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"Dimanche soir, toute une vieille scène politique est morte ! Elle ne reviendra plus, balayée par le vote des électeurs. Un vieux monde est mort. C'est la leçon fondamentale à tirer !"

Alexis Corbière, Porte-parole de jean-Luc Mélenchon.

Objectivement, la carte électorale est largement bousculée. Les tendances qui apparaissent sont de nature politique lourde et sans doute durable.

Certains observateurs seront sensibles à la comparaison avec d’autres périodes historiques… Par exemple pour la place prise par certains autres contextes politiques anciens et d’autres tenteront de se situer en perspective, c’est-à-dire dans l’annonce de temps nouveaux.

Nous nous situons plutôt dans les seconds, car il est vrai que l’arrivée en force de formations nouvelles – celle de la « France Insoumise » pour ce qui touche à notre sensibilité et de « En Marche » pour notre opposition, ont fait éclater les vieilles habitudes de faire de la politique ! La gauche à l’ancienne ne reviendra pas au devant de la scène de sitôt… Nous sommes entrés de plain-pied dans le temps de l’innovation politique et du rapport au peuple. Oui nous croyons que le moment est venu de fédérer le peuple et d’organiser son mouvement.

Pour mesurer ce phénomène en évolution rapide dans notre société qui s’interroge sur son devenir, il apparait nécessaire de se référer dans la prise en compte des résultats à quatre appréciations découlant des votes émis le 23 avril. Quatre séries d’éléments qui redessinent notre paysage politique.

1°) La caractéristique des votes pro ou anti système libéral austéritaire…

2°) le vote rejet ou non des représentations politiques des partis jusque-là installés.

3°) Les attitudes favorables ou non à l’Europe actuelle ? Ici, le rapport pouvant exister avec les résultats du référendum de 2005.

4°) Les votes exprimant ou non le besoin d’une redéfinition du cadre républicain et du passage ou non à une VIème République.

Sur ces quatre objets de réflexion politique, les résultats enregistrés du 1er tour avec une participation significative, les électeurs ont montré leur intérêt au débat politique et du même coup, remis à leur place les présupposés des sondages alarmistes ! On remarquera à ce propos que les participations des catégories de jeunes et de salariés se sont mobilisés et sans doute l’utilisation des réseaux sociaux n’y est pas pour rien !

I – Une radiographie générale

Nationalement, on peut sur la base des chiffres diffusés par le ministère de l’Intérieur, remarquer les scores des candidats en regard de leur identité ou appartenance politique partisane !

La droite d’abord qui était donnée gagnante haut la main il y a moins de 10 mois !

F. Fillon (LR) obtient 20,01 %. Il est en recul de 7 % sur le score de N. Sarkozy de 2012. Une chute terrible si l’on tient compte des résultats électoraux de la droite dite républicaine, durant toutes les échéances intermédiaires depuis quatre ans. Sans doute les affaires scandaleuses ayant touché F. Fillon et sa famille n’y sont pas pour rien, mais au fond, le programme de casse sociale projeté par la droite en est, elle, la cause profonde…

Avec la droite extrême, qu’en est-il ?

Marine Le Pen (FN) obtient 21,30%. Elle est en progrès de 4,30 % sur 2012. Mais loin de ses résultats du premier tour des régionales de 2015, -6 % !!!

Cette formation peut-elle se plaindre des traitements favorables (la dédiabolisation) appliquée à cette formation et à ses leaders par la presse politique. Les derniers évènements des Champs Elysées ne l’ont-ils pas servi jusqu’au bout dans ses visées sectaires et racistes ?

Au Centre ‘’droite et gauche’’, qu’il faut plutôt nommer « Ultra libérale » pro Européenne, la place a été prise par le chouchou des banquiers et des grands patrons.

Mr E .Macron obtient 24,01 % des suffrages exprimés. Nouveau venu ou parfait représentant des intérêts du monde de la finance et d’une Europe anti sociale.

Au regard du total de voix obtenues en 2012 avec le centriste F. Bayrou et avec le soutien de l’essentiel des ministres du président sortant, auquel il faut rajouter nombre de personnalités ex soutien de F. Fillon… Le score est alors largement en dessous des espérances de ce rassemblement hétérogène dans sa composition mais homogène dans sa démarche de type ultra libéral ! C’est alors sur le total Bayrou/Hollande de 2012 de l’ordre de – 13 %. Et le score de B. Hamon qui stagne à 6% tout juste, confirme cela !

Alors pour la gauche gouvernementale, comment apprécier les choses ?

Benoit Hamon, le frondeur du gouvernement, parti en trombe avec la primaire PS, en est vite revenu à la réalité d’un bilan désastreux du président et du gouvernement.

C’est pour le Parti Socialiste enfermé dans des certitudes pro-libérales absolues, un échec historique de large et sans doute longue portée !

La déroute est le reflet du rejet des citoyens en attente de renouvellement de politiques sociales, de mesures écologiques fondamentales et de redressement économique. Les errements continus de ce parti incapable de se renouveler, prisonnier des vielles recettes d’une recherche de rassemblement autour de lui, a reçu la leçon qu’il méritait…

L’entêtement de B. Hamon à se maintenir jusqu’au bout dans la tempête qui secouait tout son environnement, facilitera le résultat d’une présence Macron/Le Pen pour le second tour. C’est là une responsabilité historique de poids dans une démarche mortifère terrible.

La force radicale et de véritable transformation sociale-écologique, a été confirmée comme étant bien celle de la France Insoumise et de son candidat J.L Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon obtient 19,58 %.

C’est un résultat énorme en regard de 2012 et de l’existence de son mouvement vieux d’à peine un an ! Passé de 4 à 7 millions de voix, vaut d’être considéré à sa juste place comme un succès sans précédent dans l’approche révolutionnaire moderne et citoyenne…

+ 8,4 % sur 2012 en s’étant libéré de la tutelle présente et improductive des partis (PCF – PG – Ensemble) est significatif du besoin de perspectives claires des gens du peuple et du ras le bol des partis dominants, plus aptes à défendre leurs places que leur classe ! Comme cela se dit en milieu militant…

Certains feront référence au score de Jacques Duclos (PCF) en 1969. Sans doute en matière anti capitaliste oui, mais le rapprochement ne peut se faire en fonction même des contextes nationaux européens et mondiaux différents. A l’heure de la mondialisation à ‘’tous crin’’ et de l’Europe financière-austéritaire, rien ne se fonde plus de la même manière ! Ce qui était sorti de 1969 et l’élection de Mr Pompidou était la démarche à gauche pour un programme commun, avec ce que cela comportait d’illusion sur les capacités des politiques d’union de sommet.

Nous en sommes à une autre étape, celle du besoin de fédérer le peuple ! De faire émerger en son sein les solutions de sortie de crise… C’est d’une proposition politique de nature révolutionnaire même, qu’il s’agissait de faire valoir et sur laquelle s’est penché avec intérêt une large partie des catégories populaires, jeunes et salariés d’abord.

Apprécions que Jean-Luc Mélenchon obtienne ses meilleurs scores et en tête parmi des catégories sociales essentielles…

1°) Parmi la jeunesse, avec 30% de votes des 18/24 ans devant M. Le Pen 21 % et E. Macron 18%.

2°) Parmi les ouvriers où J.L Mélenchon recueille 24 % et arrive après M. Le Pen 34 % mais devant E. Macron qui en recueille 16 %. Notons que B. Hamon est là aussi en chute libre avec 5,4 %.

3°) Chez les chômeurs, la tendance est la même, M. Le Pen 30%, JL Mélenchon 27,5 %.

4°) Dans les quartiers populaires des villes, si longtemps méprisés et laissés à l’abandon…Voyons le département de la Seine st Denis avec les 34% de J.L Mélenchon.

Voilà qui est signe de renouveau d’autant que grâce à un travail payant de la France Insoumise, l’abstention recule et rebat les cartes du vote populaire. Les choses bougent ainsi dans le bon sens, c’est plus que significatif en région parisienne, marseillaise, toulousaine, etc.

Il ressort de toutes ces évolutions positives qu’il se construit une alternative dépassant enfin le cadre étroit d’un rapport entre formation dite de « gauche » et ouvrant sur une mobilisation du peuple lui-même.

Avec à la fois un Mouvement Insoumis de militants qui grandit, un programme qui trace l’Avenir en Commun et une équipe dirigeante toute neuve en idées et en savoir-faire mobilisateur, l’on peut s’atteler avec espoirs à franchir de prochaines étapes importantes.

Pour les autres candidats (considérés comme de « petits candidats »), leur total de voix compte : 9 % au total…

  • Dupont Aignan leader de La France Debout obtient 4,8 % + 3 % sur 2012.

  • Les candidats Ph.Poutou et N.Arthaud restent stables autour de 1 %.

  • Les autres candidats se partagent le reste. Mais notons leur positionnement assez typé, anti Europe du capital et des Eurocrates…

II – Des enseignements politiques de grande ampleur !

Devant ces résultats d’ensemble et des premières indications qui en ressortent, on est bien forcé de constater que cette nouvelle physionomie électorale aura des conséquences sociales et politiques à court et moyen terme. Aucune des préoccupations populaires mises en exergue durant les derniers mois –Emploi, pouvoir d’achat, retraites, droits sociaux, services publics, formation, transports environnement, santé- etc., ne sera prise en compte. Ça va mal le rejet est puissant, pour autant, les candidats qualifiés pour le second tour refusent de prendre les moindres mesures s’inscrivant à contre-courant des intérêts du grand patronat et de la conduite de notre économie par les marchés financiers.

A partir des trois camps distincts en qualité d’appartenance idéologique et de morale politique, se distingueront des orientations économiques, écologiques, financières et culturelles opposées. Les résistances et les luttes sociales vont se multiplier.

L’affrontement ne tardera pas à se concrétiser et la lecture des programmes proposés l’indique déjà ! Nous aurons dès lors :

1°) Le camp de ceux acceptant la mainmise des forces de l’argent et de la mondialisation aux ordres des dirigeants impérialistes conduits par les USA…

Avec Mr Macron, on changera de tête politique, mais on ne changera pas des orientations générales déjà conduites durant les mandats Sarkozy – Hollande. Au contraire tout s’aggravera.

Résumons : Macron Hollande Fillon Bayrou et consort, c’est un total de voix réparties dans le pays qui tourne autour d’un total largement minoritaire de 30% des inscrits et c’est pourtant de ce camp là que sera donnée l’impulsion de la politique française, tournant le dos aux urgences sociales, écologiques et démocratiques révélées par la puissance du rejet populaire.

2°) Le camp des Lepénistes, celui d’une force présente depuis les années 80 sur notre terrain national. C’est celui de la division des français et de ceux se nourrissant des politiques antisociales, des lois sécuritaires dangereuses et des scandales divers touchent les partis de l’establishment dont ils font semblant d’oublier qu’ils en font partie.

Une force dangereuse liant racisme, antisémitisme, anti immigrés et au fond globalement anti étrangers, faisant résonner dans le pays des bruits de guerre civile proche!

Le camp Lepéniste est à combattre sans faiblesse… Et pourtant, que de place lui donne-t-on dans les médias. Ce camp de la division qui trompe les gens excédés de politiques antisociales, représente 21 % des suffrages aujourd’hui ! Il était arrivé à un très haut niveau lors des élections intermédiaires, annoncé à près de 30% par les sondages. La campagne et la réussite de La France Insoumise l’a ramené à de plus basses eaux…

3°) Le camp du renouveau qui vient faire démonstration de sa capacité pour rassembler large (hors des sentiers usés de la gauche dépassée dans la forme et le contenu), les gens du peuple. C’est le camp d’une démarche de radicalité transformatrice pour le bien commun !

Ce camp du peuple des Insoumis, largement compris dans son positionnement, sa démarche, sa mission transformatrice est en capacité maintenant de rassembler 25 % du corps électoral, ainsi que le démontre la totalité des voix de la radicalité sociale et politique.

Planification écologique, lutte de résistance sociale et de progrès, changement de nos institutions (de la constitution à l’Europe) telle est la feuille de route clairement énoncée par le vote du premier tour.

Ajoutons ici des observations significatives sur l’état du rapport de force découlant de la présidentielle. Tout bouge partout.

Aucune des formations classiques n’est épargnée. Les transfuges vont bon train d’un état-major à un autre dans les secteurs des privilégiés et des dirigeants installés ou en volonté de l’être.

On a dit précédemment les évolutions dans les électorats jeunes, d’ouvriers et d’employés, il est bon de regarder en secteur urbain et rural aussi ce qui évolue ou non.

Ainsi pour le FN, implanté dans les départements ruraux… Les petites villes et villages, l’IFOP note que son électorat continue de s’implanter large avec des accroches parmi les agriculteurs, les commerçants artisans… C’est actuellement un électorat fidèle à 70/80 % et c’est là une prime donnée à ce camp de la destruction de la vie en commun.

A l’inverse du secteur rural, c’est en secteur urbain que Jean-Luc Mélenchon reçoit le plus de soutiens fidèles à 73 %. Un électorat assez » éduqué » dit l’IFOP, plus jeune et réouvriarisé tout en étant plus instruit que pour les générations précédentes par exemple celui qui faisait confiance au PCF de la belle époque de ce dernier.

L’électorat de E.Macron est pour sa part plus âgé que les deux précédents et assez peu d’origine populaire.

Notons bien ici que les chiffres délivrés par les instituts de sondage ne permettent pas de voir globalement les évolutions par commune (36 000 en France) par contre par département, on peut avoir une meilleure approche.

  1. Ainsi pour l’électorat Lepeniste, on remarque qu’il se situe partout dans les départements au-dessus de 10 % avec des points hauts à plus de 30 % tels qu’apparus avec les régionales et confirmé cette fois encore.

Région PACA, Est et Nord aussi…Très souvent dans les anciens secteurs industriels sacrifiés…

2) Pour Jean-Luc Mélenchon, certes avec des différences, mais plus de la moitié des départements lui donnent 20 % ou plus.

Son meilleur score est en Seine St Denis avec 34 %. Puis viennent les départements suivants :

Ariège 26,8 %, Val de Marne 24,5 %, Val d’Oise 24 %, Haute Garonne 23,7%, Haute Pyrénées 23 % etc.

L’Allier (anciennement connu pour avoir été parmi les trois ou quatre meilleurs résultats pour le PCF des années 70/90) apparait au classement qu’à la 40ème place avec 19,88 %. A titre de regard associé, la Creuse est à 21,10 %, le Puy de Dôme à 22 %.

3) L’électorat du PS régresse partout et celui de la droite classique (LR) également.

Pour les communes relevons que :

Les mêmes tendances se confirment avec toute fois pour Jean-Luc Mélenchon la caractéristique suivante :

Dans les grandes communes urbaines, les progrès du vote Insoumis sont éclatants au contraire que dans les communes rurales plutôt gagnées par M. Le Pen.

On a pu relever par exemple le quasi doublement des scores Mélenchon pour une série de grandes villes métropoles. Notons pour info sans en faire le tour

Marseille, Lyon, Grenoble, Montpellier, Bordeaux, Nantes, Rennes etc. où J.L Mélenchon double la mise sur 2012. Mais c’est vrai pour 21 des plus grandes villes de France – globalement là, le vote passe de 12,4 % en 2012 à 22,9 % en 2017. Il y a bien dans ces secteurs urbains une remobilisation des catégories réfugiées dans l’abstention par rejet du politique et de la politique de ces dernières années. C’est là aussi que recule le FN. Et ceci explique cela !

Sachons que pour Montluçon, notre plus grande ville en Allier, le score passe de 15,50 % en 2012 à 23,6 % pour 2017, c’est-à-dire une progression équivalente à la progression moyenne nationale de J.L Mélenchon. Une progression meilleure que pour toutes les autres villes moyennes en Allier et plus élevée que pour l’ensemble de la circonscription.

Peut-on alors ignorer que c’est sur l’agglomération Montluçon-Commentry (+ 8,10% et + 8,50%) et sur ces deux villes que se sont structurés les groupes d’appui de la F.I, freinés par les attitudes sectaires des dirigeants communistes en place ? Poser la question, c’est poser à chacun des notions de responsabilité devant les enjeux et en ce sens d’appréciation de l’intérêt commun.
 

4) Le parti Les Républicains nage à s’en noyer dans les oppositions internes et vient de recevoir un claque monumentale. S’en relèvera-t-il dans la structure actuelle, il n’y a rien de sûr !

5) Le parti communiste décline naturellement pour ne pas vouloir prendre en compte la nécessité de changer le logiciel de la démarche de lutte et de rassemblement de sommet. Sortir du culte de l’union d’une gauche qui ne peut plus parler à nos concitoyens encerclés de difficultés de toutes sortes et se ranger au côté d’une démarche de mouvement, telle que le présente avec réussite La France Insoumise… L’union à géométrie variable pour sauver ses élus ne correspond pas aux attentes des français ayant besoin de perspectives construites et d’espoir de changement sociétal…Le bonheur est à ce prix !

Retenons ici l’essentiel et disons-nous qu’on ne peut plus raisonner en termes de gauche et de droite comme si rien ne s’était passé ! Le faire comme un sésame ouvre-toi, c’est vouloir retourner à des structures anciennes. Celles connues avec l’union plurielle, avec le Front de Gauche ou encore le Front Républicain. Le temps est venu de fédérer le peuple… Et fédérer le peuple, n’est pas une formule oratoire, mais un projet stratégique de fond.

Paul Crespin Montluçon le 27/04/17

Animateur du groupe d’appui Montluçon-ouest (Buffon)

Tag(s) : #Politique

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