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L’association Bel Canto (beau chant), animée par Jacques Chambat, propose aux mélomanes du bassin montluçonnais des concerts de chant lyrique. Samedi 6 mai était invité Guilhem Terrail, contre-ténor, accompagné au piano par Caroline Dubost. Ces deux artistes se produisent depuis quelques années dans divers concerts et opéras à travers la France.

Un contre-ténor (terme issu de l’anglais, haute-contre provenant du français) a une tessiture vocale équivalent à une soprano. Aux XVII et XVIIIèmes siècles, et même parfois jusqu’au XIXème, les chanteurs à voie aigüe étaient des castrats. En effet, les parties aigües des œuvres musicales dans les églises étaient assurées soit par de jeunes garçons avant la mue, soit par des castrats, les femmes n’ayant pas le droit de chanter comme les hommes dans les églises, qu’elles soient catholiques ou luthériennes. Dans les œuvres profanes également, les castrats étaient régulièrement employés.

De nos jours, on entend de plus en plus les contre-ténors, mais la plupart du temps dans des répertoires de musique baroque, française en particulier. Des récitals comme celui donné samedi à la chapelle de la Croix Verte sont assez rares. En effet, Guilhem Terrail et Caroline Dubost ont proposé un concert varié dont notamment des lieder allemands généralement chantés par des barytons et des ténors. On a pu voir que la tessiture contre-ténor convenait merveilleusement aux mélodies des différentes époques qu’on a pu entendre.

Les multiples commentaires du chanteur qui situaient les mélodies aussi bien sur le plan chronologique que du point de vue artistique étaient tout à fait bienvenus.

La première partie était consacrée à des œuvres italiennes de Bellini, Tosti, Cardillo et Rossini, puis Glück. « Core ‘ngrato » de Cardillo, a permis à Guilhem Terrail de bien nous plonger dans une atmosphère très napolitaine. La seconde partie concernait des lieder allemands et des mélodies françaises. Mozart, Schubert, Brahms, puis Fauré et Duparc. Une palette très large, donc, de la mélodie, pour laquelle le chanteur a montré une extrême sensibilité et une puissance vocale assez exceptionnelle, que le public a appréciées par des applaudissements souvent nourris et aussi des bravos.

 

 

Brahms est à l’évidence un des compositeurs préférés des deux artistes puisque quatre lieder étaient au programme. Brahms a été trop longtemps négligé par les mélomanes et les programmateurs en France, alors que dans son pays natal il est adulé au même titre que Bach et Beethoven. Guilhem Terrail propose une explication qui me semble tout à fait plausible : Brahms a vécu les années les plus importantes de sa vie musicale dans la seconde moitié du XIXème siècle, au moment où les antagonismes entre la France et l’Allemagne se renforçaient, ce qui déteignait dans toutes les couches de la société, n’épargnant sans doute pas les artistes. Avec les deux guerres mondiales suivantes, on atteindra le paroxysme. Debussy, pourtant admirateur de Wagner, signera pendant la guerre de 14-18 « Claude de France » ! Depuis, de l’eau a coulé, notamment le Rhin, et Brahms est maintenant de plus en plus proposé à l’écoute dans les concerts et aussi sur France Musique. Guilhem Terrail l’apprécie comme peut-être le plus grand compositeur de lieder.

 

 

L’accompagnement d’un chanteur de grande musique est d’une importance fondamentale. On n’est pas là dans la chanson de variété où il suffit parfois de gratter quelques accords sur une guitare pas toujours bien accordée. Les parties de piano des lieder et autres mélodies demandent une grande maîtrise technique, souvent de la virtuosité (pour Brahms, par exemple) et bien sûr d’être un véritable artiste. Assurément, c’est le cas de Caroline Dubost. Mais cela ne saurait suffire. Il faut aussi une très grande complicité avec le chanteur. A l’évidence, elle est là entre les deux artistes. On sentait le bonheur des deux à servir la Musique ensemble.

Un très bon concert, donc, qui a enchanté les oreilles et les cœurs, et en même temps qui a été un moment de formation musicologique grâce aux explications de Guilhem Terrail.

Une très belle soirée, donc, comme il en existe de temps en temps à Montluçon, même s’il faut bien se tenir informé pour les détecter. C’est un des défis, je pense, des associations comme Bel Canto : bénéficier des relais d’information qu’elles méritent. Regardactu, à son niveau (600 à 800 vues par jour tout de même), s’inscrit dans cette optique.

Michel Beaune

Tag(s) : #Montluçon, #Culture-loisirs

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