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C'est vendredi 9 juin que se tenait l'assemblée générale de l'association Henry Pézerat dans les locaux de l'union départementale de la CGT à Montluçon. Cette association regroupe elle-même d'autres associations et collectifs particulièrement investis pour la défense des victimes de pollutions et de contaminations, tels que l'association des malades de la chimie ou bien encore l'association des familles victimes du saturnisme.

Mais on pouvait aussi relever la présence de membres de CHSCT (Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) de France Télécom (maintenant, Orange) qui avaient révélé au grand public l'existence de nombreux parafoudres, parfois fortement radioactifs sur le réseau et les conséquences pour les agents de cette entreprise, autrefois publique, à propos de l'exposition de certains salariés aux radiations, alors qu'ils en ignoraient jusqu'à l'existence.

 

Une soixantaine de militants de l'association Henry Pézerat en assemblée générale à l'UD CGT
 

Ce n'est pas un hasard si l'association Henry Puzenat a décidé de tenir son assemblée générale dans la ville de Montluçon. C'est ici que l'entreprise Environnement Recycling, entreprise de recyclage des déchets, a défrayé la chronique à propos des problèmes liés à la prise en charge de la protection des salariés exposés de par la nature de leur travail, à des poussières potentiellement toxiques et de nature très variée. Tout le monde se souvient des articles parus dans la presse en 2014 notamment.

Depuis, on aurait pu penser que l'installation d'un imposant extracteur de poussières dont la fonction est de recycler l'air ambiant aurait suffit à éteindre la polémique. Cette "machinerie" en partie financée par des aides extérieures a sans doute permis de diminuer momentanément la pollution dans les ateliers de démantèlement. Pour autant, cela n'a pas règlé pas tous les problèmes, loin s'en faut.

D'abord, il faudrait s'assurer que les filtres qui constituent l'âme même du dispositif soient vérifiés et changés régulièrement. Ensuite, que des mesures soient faites régulièrement pour s'assurer que le système est réellement efficace. Sur ces deux points, des interrogations existent, d'autant que des témoignages pourraient faire craindre un certain relâchement depuis quelque temps.

D'autres problèmes existent. Comme par exemple, le respect des règles d'hygiène et de sécurité notamment pour les vêtements de travail. D'abord, les salariés en sont-ils tous équipés, comme la réglementation l'exige ? Il semble que cela ne soit pas toujours le cas, notamment pour les intérimaires, et parfois même pour d'autres salariés en insertion. La aussi, la CGT aurait obtenu des témoignages très inquiétants. Et puis sur la question des analyses de sang pour mesurer les plombémies, il y a un grand flou, car aucun élément n'a filtré sur cette question. C'est d'ailleurs bien là le problème. Il est difficile en effet d'obtenir des informations et des données vérifiables et factuelles, car la direction de l'entreprise ne communique pas beaucoup sur ces questions.

Dans ces conditions, on peut se demander si le CHSCT fait bien son travail. C'est pourtant l'avis du médecin du Travail de secteur dont l'entreprise dépend, qui s'est invité à l'AG de l'association. Madame Mazuet, Installée au bout de la salle, très attentive à ce qui est dit prend beaucoup de notes. Pour elle, le CHSCT fonctionne bien. Sauf qu'elle est immédiatement contredite par un des anciens responsables de la CGT qui affirme avoir assisté à une scène surréaliste avec un des cogérants de la société et le secrétaire du CHSCT affirmant que chez eux "les problèmes se règlent autour d'un café" (sic), ce qui ne plaide pas vraiment en faveur de l'indépendance de cette instance.

Madame Mazuet, médecin du travail en charge d'Environnement Recycling prend beaucoup de notes.

En outre, le 17 octobre 2014, regardactu avait réalisé un long reportage sur Environnement Recycling. Pour illustrer l'indépendance du CHSCT Monsieur Auclair, un des deux dirigeants avait affirmé que les membres du CHSCT avaient demandé que des mesures de l'air ambiant soit effectuées tous les six mois. La société d'expertise désignée (et approuvée par le CHSCT) pour les réaliser n'était autre que la SOCOTEC, un cabinet spécialisé dans le Conseil aux entreprises. Or cette société n'avait pas l'agrément de l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité) pourtant obligatoire, et n'aurait donc jamais du être missionné pour effectuer cette mission, comme nous l'avions documenté dans cet article (lire ICI). On ne sait même pas si ce type de surveillance rentre dans le champ de compétences de cette société Conseil, et comme se sont les seules mesures réalisées, on ne sait pas non plus si celles-ci sont fiables.

On le voit, les zones d'ombre sont encore trop nombreuses et la difficulté qu'ont les syndicats pour s'implanter ne plaide pas en faveur d'un dialogue social transparent. Au contraire, puisque la Direction n'a pas hésité à déposer plainte en mettant en cause la CGT au sujet de la rédaction d'un tract qui n'aurait jamais posé de problème, il y a seulement une dizaine d'années. C'est donc sur le terrain juridique que tout va se jouer maintenant avec la mise en examen du secrétaire de l'Union départementale de la CGT de l'Allier, Laurent Indrusiak, soutenu par l'association Henry Pézerat, ainsi que par l'intersyndicale de l'Allier.

Dans ce contexte tendu, on peut comprendre que l'avocat de l'association Henry Pézerat ait refusé d'expliquer la stratégie de défense qu'il pensait mettre en œuvre en présence du médecin du travail en charge de cette entreprise, alors que peu de temps auparavant celle-ci avait osé affirmer "qu'à trop vouloir en faire, on risquait de faire délocaliser l'activité dans les pays pauvres", provoquant ainsi un concert de protestations. C'est dans ces conditions que Madame Mazuet a dû quitter les lieux en se remémorant peu être la phrase prononcée par son confrère, Gérard Barrat, ancien médecin du travail, qui avait affirmé un peu plus tôt, et peut être à son attention, "que pour gagner la confiance des salariés, il faut entre 2 et 3 ans".

Pendant cette journée durant laquelle nous avons assisté aux débats en confiance avec tous ces militant-e-s, il régnait une ambiance très particulière. Il y avait plus que de la camaraderie entre toutes ces personnes. Tous pourraient bénéficier du statut de lanceurs d'alerte dans le sens le plus noble de l'expression. Beaucoup ont payé un lourd tribut à leur engagement. Certains se sont engagés pour honorer la mémoire de leurs collègues disparus et surtout pour mettre fin au déni. Ce sont des militant-e-s intègres et profondément honnêtes. Si la prise de conscience, peu à peu, gagne du terrain, c'est à eux qu'on le doit et grâce en partie à eux que les réglementations évoluent dans le bon sens, même si, mais c'est une autre histoire, elles sont trop souvent contournées, ou pire, bafouées.

Ci-dessous, la conférence de presse des représentants de l'association Henry Pézerat et de la CGT à l'issue de la première journée des débats :

 

Tag(s) : #Montluçon, #Actualité sociale

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