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Préserver l'avenir de la recherche en France, c'est tout le sens de la pétition qui circule actuellement sur les réseaux sociaux, alors que le sentiment qui prédomine chez les chercheurs est un sentiment d'abandon avec des restrictions budgétaires toujours plus pénalisantes pour celles et ceux qui tentent de venir à bout d'un parcours toujours plus sélectif.

Pour le Président Macron, "tout le monde n'a pas vocation à faire des études universitaires". Derrière cette formule creuse et apparemment anodine, la volonté affichée est surtout de réserver la possibilité de faire des études supérieures aux classes sociales aisées, voir très aisées, tant les frais occasionnés sont élevés.

Les restrictions budgétaires imposées par l'Etat ont malheureusement des conséquences désastreuses pour les jeunes chercheurs qui tentent d'obtenir, qui un poste d'ATER (Attaché temporaire d'enseignement et de recherche), qui des disponibilités avec possibilité de réintégration. Plusieurs universitaires ont donc décidé d'initier une pétition nationale pour soutenir les jeunes chercheurs dans leur combat.

En introduction, le texte que Philippe Buvat a rédigé et envoyé à ses contacts :

 

Sournoise par définition, la maltraitance institutionnelle peut revêtir différents aspects...

Alors que la France souhaite attirer un maximum de chercheurs qui ne disposeraient plus des moyens adéquats aux USA, une partie de l'Administration française s'échine avec une consternante absurdité à saboter l'avenir de la recherche française et de ses représentants les plus jeunes.

Choisis au terme d’études brillantes, d'un parcours sélectif harassant et après avoir obtenu pour chacun d'entre eux un contrat doctoral avec une Université, de jeunes professeurs de lettres (entre autres), capésiens ou agrégés, se voient refuser désormais leurs demandes de disponibilité temporaire. Dans un chantage jusqu'au-boutiste, ils sont poussés de façon inique à la démission de l’Éducation Nationale par certains Rectorats.

Au delà du cas particulier de Margot BUVAT à qui je redis ici avec beaucoup d'émotion et de fierté toute mon admiration pour son parcours ces huit dernières années, cette ineptie destructrice doit cesser, pour la recherche et pour ces jeunes chercheurs.

Chacun d'entrevous, depuis l'endroit où il se trouve peut apporter sa contribution à ce combat.

Lisez, signez, partagez dans vos réseaux et à vos contacts la pétition rédigée par ces universitaires.

Merci.

Philippe Buvat

Ci-dessous la pétition à signer :

 

 

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Pour un droit équitable au détachement des doctorants contractuels et ATER

En cette rentrée universitaire qui s’annonce difficile pour des étudiants en plus grand nombre et peu assurés d’être accueillis dans les formations de leur choix, il est urgent d’attirer l’attention sur l’une des raisons majeures de ces difficultés : la France manque cruellement d’enseignants-chercheurs et ne se donne guère les moyens d’assurer la relève.

 Un enseignant-chercheur fait des études longues (BAC + 8 ou 10) : il doit obtenir un titre de « docteur » avant de se présenter à un concours de recrutement dans les universités (plus de 100 dossiers de candidatures sont reçus, pour un poste à pourvoir, dans certaines disciplines).

La rareté des financements alloués pour ces études doctorales, en Lettres, Arts et Sciences Humaines et Sociales, est bien connue des universitaires et du Ministère de tutelle. Il existe de rares contrats doctoraux (trois ans d’études financées), soumis à un concours de plus en plus long et difficile (audition des candidats devant les équipes de recherche, puis devant le Conseil de l’École doctorale). La durée moyenne des thèses en Sciences Humaines et Sociales étant de cinq ans et un très grand nombre de doctorants n’étant pas rémunérés pour leurs études, existe aussi la possibilité d’obtenir pour trois ans (avec un un renouvellement d’un an possible) pour les agrégés, ou un an renouvelable une fois (pour les autres doctorants) un poste d’Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche (ATER) qui permet de finir une thèse ou de l’avancer dans des conditions de travail qui permettent un contact avec la recherche  ; ces postes ont fondu comme neige au soleil depuis la loi dite d’ « autonomie » des universités (LRU, 2009) qui contraint les établissements à gérer une pénurie telle que de nombreux postes sont « gelés » (pour pouvoir assurer le chauffage, l’entretien des bâtiments, les salaires des personnels, etc.) ; se voir sélectionner sur un poste d’ATER (par un concours de recrutement) est donc encore un privilège rare.

 À cette situation préoccupante s’ajoute une spécificité bien française et bien connue aussi des universitaires et du Ministère de tutelle : les concours de recrutement dans le second degré (agrégation ou CAPES) peuvent être déterminants pour l’obtention d’un Contrat doctoral ou d’un poste d’ATER dans les disciplines dites « à concours » (Lettres, Anglais, Espagnol, Allemand, Histoire, notamment), où les demandes sont si nombreuses qu’ils deviennent un des éléments de sélection. Cela tient aussi à une histoire : le titre d’« agrégé » fait, aujourd’hui encore, plus d’effet que celui de « docteur », dans un pays qui peine à reconnaître la valeur des études doctorales. Cette pratique est entretenue qui plus est par une triste réalité économique : maints directeurs de thèses répugnent à engager les étudiants dans de longues études alors que les possibilités d’emploi sont presque nulles à l’université ; maints docteurs n’auront donc fait que différer leur prise de fonction comme professeur dans le second degré, après avoir été « détachés » quelques années dans le supérieur.

 Mais on constate que certains de ces jeunes collègues agrégés ou certifiés, qui ont obtenu l’un des rares postes d’ATER permettant de finir une thèse ou l’un des rares Contrats doctoraux permettant de financer ces études longues, se voient refuser leur détachement dans le supérieur par certains Rectorats.

C’est la situation de plusieurs d’entre eux, en cette rentrée : attendus dans telle ou telle université, où ils doivent assurer dans quelques jours entre 192h (ATER) et 64h de cours (mission d’enseignement associée au contrat doctoral et permettant d’acquérir une expérience indipensable), ils sont sommés de rejoindre leurs postes en collège ou lycée, enjoints s’ils s’y refusent à démissionner de leurs concours (agrégation ou CAPES) durement acquis.

 Outre l’inégalité sur le plan national (qui devrait conduire à se renseigner sur les académies qui « détachent » avant de concourir pour une allocation de recherche ?) et probablement selon les disciplines, on ne peut que déplorer le sort fait à la jeune génération, par une instance garante pourtant aussi bien des écoles, collèges ou lycées que des universités (dont les Recteurs sont les Chanceliers), en des temps, qui plus est, où les vocations enseignantes se font rares. L’État accepte d’un côté de financer la formation d’une poignée d’enseignants-chercheurs (dans un rapport déjà inadapté à l’augmentation des effectifs étudiants et aux besoins de la recherche), et interdit de l’autre aux lauréats de bénéficier des rares financements obtenus.

 Au-delà de l’injustice flagrante faite aux jeunes enseignants-chercheurs empêchés de mener à bien un projet professionnel ambitieux mais semé d’aberrations administratives, les conséquences sur l’offre pédagogique sont patentes et dramatiques, notamment en cette rentrée 2017 : devant l’impossibilité pour les université de trouver à ces doctorants triés sur le volet des remplaçants qualifiés et disponibles, et en raison de la surcharge en heures complémentaires de la plupart des enseignants-chercheurs titulaires, nombre de cours ne peuvent tout simplement pas être ouverts : les départements, prévenus au dernier moment, se retrouvent donc en grande difficulté à quelques jours de la rentrée, alors qu'ils avaient recruté (sur concours !) des personnes dont les services étaient faits depuis juillet, sans solution de remplacement, à un moment où le nombre d'étudiants augmente, et où les postes de titulaires se raréfient. On comprend bien la situation dramatique dans le premier et le second degré, mais « déshabiller Paul » n'a jamais été une solution satisfaisante, a fortiori dans la situation de grave pénurie, financière et humaine, qui est celle des universités aujourd'hui.

Nous demandons aux ministères de tutelle de garantir le droit aux enseignants du secondaire détachés dans les universités en contrat doctoral ou en tant qu’ATER de prendre les postes pour lesquels ils ont été recrutés – et de garantir ainsi l’égalité de traitement des fonctionnaires sur l’ensemble du territoire. Il y a urgence – non seulement pour cette rentrée, mais pour l’entretien du vivier (raréfié) d’enseignants en France.

Isabelle Poulin, Ancienne élève de l’ENS Fontenay/Saint-Cloud, Agrégée de Lettres Modernes, Docteur en Littérature comparée, Professeur à l’Université Bordeaux Montaigne

 Alice Carette, Agrégée d'espagnol, Docteur en études hispaniques médiévales,Maître de Conférences à l'Université Grenoble Alpes

 Isabelle Krzywkowski, Agrégée de Lettres modernes,Docteur en Littérature comparée, Professeur à l’Université Grenoble Alpes

 Jean-François Carcelen, Agrégé d’espagnol, Docteur en Littérature espagnole contemporaine, Professeur à l’Université Grenoble Alpes

Jean-Paul Engelibert, Agrégé de Lettres Modernes, Docteur en Littérature comparée, Professeur à l’université de Bordeaux

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Tag(s) : #Pétitions

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