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Du 23 au 28 Septembre, l’Union Sociale pour l’Habitat a tenu son congrès annuel à Strasbourg. Cet organisme national qui gère le logement et l’habitat social en France regroupe cinq fédérations autonomes du logement dont la principale reste être la « Fédération Nationale des Offices Publics de l’Habitat ». C’est celle dont dépendent les ex offices HLM devenus Office de l’Habitat. Montluçon et Commentry par exemple…

Etrange situation pour ce congrès que de voir disposé en fronton de la salle du congrès le slogan « Oui au logement social », véritable lapalissade résonnant comme un avertissement à tout ce qui se trame dans le pays actuellement concernant les droits sociaux et acquis du monde ouvrier et alors que le ministre du logement était attendu de pied ferme dès l’ouverture de ce congrès.

Et disons-le tout de go, sa venue a donné lieu à une bronca comme jamais. Cris de mépris, coups de sifflet, ont ponctué ses propos tout du long de sa prise de parole en guise de salutations des délégués, au nom du gouvernement.

 

L'affiche du congrès de l'Union sociale pour l'habitat

Remarquons que personne ne peut vraiment s’en étonner quand on a vu de quelle manière ont été annoncées les nouvelles mesures de modifications de la politique logement. Avec, de la part de la présidence et du 1er ministre, cette annonce inqualifiable d’une baisse des APL et d’une refonte des politiques loyers pour les bailleurs HLM entre autre !

Rappelons-nous comment les protestations sont montées dans les rangs des locataires, et de la manière dont ont suivi les interventions des animateurs associatifs de la politique de terrain et les tonitruantes déclarations de certains dirigeants nationaux.

Encore à la mi-septembre, le président des Offices Publics de l’Habitat disait sa colère devant les initiatives gouvernementales en s’adressant aux dirigeants des organismes locaux. « Jamais le logement social n’a connu une telle attaque …Jamais son modèle n’a été autant menacé… »et d’ajouter encore : « L’annonce faite par le 1er ministre de la baisse des APL compensée par une baisse des loyers équivalente est inacceptable. » Il faut mesurer ici de quoi il retourne pour un secteur d’activité social et économique d’une portée décisive pour les familles, les jeunes parmi les plus fragiles confrontés à une telle attaque ! Soyons donc ici clair et sérieux.

Dans le cadre général de son offensive antisociale, le gouvernement de Mr Macron a pris la décision impérieuse de fracturer l’équilibre des politiques de protection et de solidarité envers le monde du travail, de la famille, des étudiants… Nouvelle loi Travail imposée par la force, cassant les acquis démocratiques de 18 millions de salariés, atteinte au droit à la retraite, à celui de se soigner… et déjà une loi de finance pour 2018 accélérant encore les démantèlements de secteurs entiers : collectivités locales, emplois aidés, bradage des industries de pointe et bien sûr depuis l’été, attaque en règle sur la politique du logement social…

On a vu, entendu les provocations avec les annonces concernant la baisse des APL qui viennent d’entrer en vigueur au 1er octobre. C’est décidé, on ira plus loin encore puisque le gouvernement Philippe veut imposer à l’ensemble des bailleurs une baisse de l’APL qu’il entend faire compenser par une baisse équivalente des loyers. Le chiffre annoncé est de 50 euros par mois, c’est-à-dire de 600 euros par an.

Autrement dit, au lieu de soutenir par une politique ‘’d’aide à la pierre’’ adaptée et de pression sur les bénéfices des spéculations et transmission immobilière, le gouvernement veut que la crise actuelle soit supportée par les locataires et les structures de gestion du parc social de l’habitat...

On veut donner aux riches par des déductions d’impôts et la disparition de l’ISF, alors il faut faire payer les autres… C’est là, la morale et le cynisme de Mr MACRON et de ses amis du Médef qui en redemandent…

Pendant que les fortunés empocheront quelques 3,5 milliards nets d’exonération, le secteur HLM (avec ses 9 milliards de loyers par an dont 3,4 milliards d’aide personnalisées au logement) sera conduit à une situation inextricable avec des conséquences économiques et sociale terribles.

Baisse des investissements (constructions, réhabilitations, entretien courant, isolation énergétique écologique des bâtiments, etc

Disparition de l’autofinancement des établissements et difficultés pour les remboursements des emprunts en cours. Et ne parlons pas du livret A de plus en plus réduit…

Maintien des déséquilibres financiers existant pour plus de la moitié des structures HLM. (On connait ici la situation de l’office de l’habitat montluçonnais liée à un contrat CGLLS jusqu’en 2023 et qui s’enferme dans des hausses de loyers impossibles…celui de Commentry ne va guère mieux !).

Nouvelles et grandes préoccupations des locataires dont les ressources vont être diminuées d’autant. Mesure-t-on bien ce que veut dire baisser les APL pour des gens vivant souvent au seuil de la pauvreté ?

Soyons clair, sans soutenir que tous les organismes du logement jouent le jeu de l’intérêt général, que restera-t-il comme moyen de manœuvre à tous ceux qui gèrent au plus près des besoins ? Se tourner vers les collectivités de référence (les municipalités, les départements) mais celles-ci sont au bord d’un étranglement financier énorme et alors qu’on leur annonce la disparition de la taxe d’habitation !!!

 

Pendant le congrès de l'Union sociale pour l'habitat la CNL a manifesté sa colère.

Alors, quoi d’autre ? Accélérer la vente des logements en bon état, quand on sait la situation des secteurs économiquement défavorisés et de démographie négative comme c’est le cas dans des départements comme ceux du Centre France et de l’Auvergne.

Solutionner les problèmes dans le logement social laissé à l’abandon par les dirigeants du pays depuis vingt à trente ans ne pourra pas se faire avec les mesures inégalitaires envers les locataires et leurs bailleurs sociaux. C’est toute la logique de la politique du logement et de l’habitat qu’il faut revoir. Et ici passer de la logique libérale des gouvernements qui se sont succédé, appliquant avec zèle les orientations de Bruxelles à une logique de solidarité vraie et de développement solide et adapté aux besoins populaires.

Pour cela et pour rendre le droit du logement réellement effectif, il est nécessaire de l’inscrire par la loi et dans la constitution. Il est urgent de sortir le logement et l’habitat des mécanismes des lois du marché capitaliste et financier. A commencer par la mise en place d’une garantie universelle des loyers, qui s’appuierait sur une caisse de solidarité globale alimentée par une participation des bailleurs privés et publics, à proportion de leur situation réelle et de celle des caractéristiques sociales de leur composition de parc… Ou encore, et cela va de pair par une mesure impérative d’imposition des hautes transactions immobilières, par une taxe progressive…

Au bout du compte, on ne sortira pas de la crise économique et sociale généralisée, de celle du logement en soi sans prendre à bras le corps le besoin d’un changement radical d’orientation.

Les luttes en cours y participent et les locataires y ont toute leur place.

Paul Crespin

Montluçon, le 03/10/2017

Tag(s) : #Actualité sociale

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