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Une grève vient d'éclater au service des urgences de l'hôpital de Montluçon. En cause, des conditions de travail qui ne cessent de se dégrader et un manque chronique de personnel, ce qui se traduit par l'impossibilité pour les personnels soignants de poser des RTT, d'autant que le poste d'aide-soignante promis par la direction en mai dernier n'a jamais été créé contrairement aux promesses faites.

Beaucoup d'agents sont épuisés par le rythme de travail qui leur est imposé, car le service des urgences doit répondre aux nombreuses sollicitations, de l'urgence vitale qui représente leur cœur de métier aux bobos, en passant par les rhumes, qui ne devraient pourtant pas aboutir dans ce service. Mais voilà, la ville souffre d'un déficit chronique de médecins généralistes, et certaines personnes n'ont d'autre solution que de venir au seul endroit où on ne les refoulera pas.

Aussi, la salle d'attente des urgences ne désemplit pas. De jour comme de nuit, c'est un défilé continuel auquel tentent de faire face des agents hospitaliers de plus en plus désabusés. Jusqu'au jour où les nerfs craquent, comme cela arrive parfois. Mais comme les arrêts de maladie ne sont que très rarement remplacés, c'est un cercle vicieux qui contribue à aggraver la situation, avec le résultat que l'on connaît aujourd'hui.

Cette situation est la conséquence directe des politiques menées depuis au moins une décennie. De restructuration en restructuration en passant par l'application aveugle de la T2A (système de tarification à l'acte), par des diminutions massives des effectifs et du nombre de lits, quels que soient les services (alors que la population du bassin médical est en augmentation), l'ARS (Agence régionale de santé) continue à tailler dans le vif, tout en faisant la sourde oreille aux alertes qui leur sont adressées.

Tout cela devrait encore s'aggraver avec le vote au parlement du PLFSS2018 (Projet de loi de financement de la sécurité sociale 2018) qui devrait encore soustraire 1 milliard et demie d'euros au fonctionnement des hôpitaux publics, ce qui aura de graves conséquences pour les hôpitaux de proximité comme celui de Montluçon, avec à la clé des concentration de services transverses, des mutualisations d'activités, et au final, encore des fermeture de lits. Et ce n'est pas en développant la médecine ambulatoire ou la télémédecine que la pénurie se fera moins sentir. Le personnel des urgences a donc bien raison de se mobiliser. D'autres services qui connaissent les mêmes affres pourraient aussi les rejoindre dans cette lutte.

C'est le moment de dire qu'il n'est plus possible de faire la fine bouche. Les syndicats et les associations de défense des usagers seraient bien inspirés d'unir leurs forces, tant les intérêts du personnel hospitalier et de la population sont convergents. Que ce soient les syndicats, ou que ce soient les associations des usagers de l'hôpital, que ce soit le personnel, ou que ce soient les patients, aucun d'entre eux n'arrivera à créer seul le rapport de force indispensable pour faire reculer l'ARS, bras armé du gouvernement. Il est urgent que des synergies s'opèrent si l'on veut préserver un tant soit peu le système de santé que le monde entier nous enviait il y a seulement 10 ans.

En attendant, les personnels soignants, bien qu'ils soient grévistes continuent à travailler. Certes, ils sont assignés mais surtout, ils ont le sens du service public et ne veulent pas laisser tomber les malades. La Direction, l'ARS et l'Etat profiteront-ils de la situation pour ne pas satisfaire leurs demandes ? On est tentés de le croire, mais on espère que leur cynisme n'ira pas jusque-là !

Philippe Soulié

Tag(s) : #Montluçon, #Actualité sociale

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