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Cela faisait 4 ans que la liaison en Bordeaux et Lyon via Montluçon avait été interrompue. On se souvient qu'à l'époque, la direction nationale de la SNCF avait justifié l’interruption momentanée de cette liaison en prétextant des travaux qu'elle avait elle-même programmé sur les voies. Sauf que la ligne ne fut jamais ré-ouverte par la suite comme cela aurait du être le cas.

Depuis, L’État a transféré les compétences de gestion de certaines lignes qu'il estime de second ordre aux Régions, charge à elles de financer leur maintien,ou le cas échéant leur ré-ouverture, quand ces dernières avaient été interrompues, ce qui était le cas pour la ligne Bordeaux-Lyon.

Le CODERAIL avait pourtant alerté les décideurs à maintes reprises de l'absurdité de ce transfert de compétences pour des raisons qui paraissent aujourd'hui évidentes. En imposant aux Régions le soin de financer elles-mêmes les infrastructures ferroviaires, avec parfois des coûts élevés pour celles d'entre elles qui doivent composer avec un terrain accidenté (ce qui est le cas pour le Massif central), il devenait évident, qu'outre le fait que celles-ci ne financeraient pas au delà de leur territoire, les investissements ne seraient pas les mêmes, si l'on considère que les Régions n'ont pas les mêmes capacités financières, et que l'ampleur (et donc le coût) des travaux varierait en fonction de la nature du terrain comme cela a été dit plus haut. Au final, comme il n'y a ni cohérence d'ensemble, ni stratégie d'irrigation du territoire national, on courrait forcément à la catastrophe.

Tout ceci, le CODERAIL l'avait patiemment documenté et alerté les élus en leur expliquant à chaque fois qu'ils les rencontraient, que seule une structure nationale comme la SNCF pouvait avoir une vision d'ensemble et une stratégie globale pour maintenir un maillage ferroviaire en mesure d'assurer la viabilité des lignes, en adéquation avec les besoins des usagers du rail.

Après que le réseau ferré ait été mis à mal avec la privatisation progressive de la SNCF, les Régions confrontées à l'impérieux besoin de s'ouvrir sur les autres territoires, ne serait-ce que pour assurer leur développement économique, se lancent dans des bricolages avec des liaisons qui se terminent parfois dans des culs-de-sac, en espérant que les Régions voisines prennent le relai, afin que les grandes métropoles soient reliées entre elles. C'est là que les problèmes commencent...

Le rétablissement de la liaison Bordeaux-Lyon jadis abandonnée par l’État est un condensé de ce que dénonçait le CODERAIL dès le début de la destruction du service public de la SNCF. Les Régions étant autonomes, elles peuvent décider à peu près ce qu'elles veulent en matière de politique de transports. Chacune opère ses choix en fonction de ses priorités et des stratégies locales. Ainsi, la Région Aquitaine a-t-elle décidé, pour des raisons qui lui appartiennent en propre, mais pas difficiles à comprendre, d'ouvrir un débouché sur l'axe transversal (Est-Ouest) du territoire (un axe probablement vital pour son économie). Pour autant, elle n'entend pas assurer le financement de la portion ferroviaire entre Montluçon et Lyon, qui relève de la compétence de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Elle attend donc de cette région voisine qu'elle le fasse.

Mais voilà, que cette dernière s'y refuse, et demande à l’État d'assumer ce qui relevait autrefois de ses responsabilités (ce que sur le fond, on peut comprendre). Assez cocasse tout de même, quand on sait que tous ces messieurs ont été, et sont encore, les zélateurs des politiques européennes qui président à la destruction des services publics et à l'élargissement des compétences par régions. Toujours est-il que Montluçon devient aujourd'hui le terminus du train en provenance de Bordeaux, ce qui limite l'intérêt pour les voyageurs se retrouvant dans un cul-de-sac.

Cependant, aux dernières nouvelles Daniel Dugléry aurait affirmé sur RJFM ce matin même, que Laurent Wauquier, Président de la Région Auvergne-Rhône Alpes allait regarder de près la faisabilité du prolongement de la ligne Bordeaux-Montluçon vers Lyon. Or si l'on en croit nos sources, la convention TER qui vient d'être signée entre la région et la SNCF pour la période 2017-2022 n'en fait absolument pas état, ce qui fait dire à certains qu'au delà des effets d'annonce, « les promesses n'engagent que ceux qui y croient ».

Bien sûr, le rétablissement de la ligne entre Montluçon et Bordeaux est déjà un progrès pour les Montluçonnais qui désespéraient de voir leur ville à ce point ignorée par les pouvoirs publics, mais aussi par la grande métropole de Lyon, le Président de la région à laquelle les Montluçonnais sont rattachés, préférant investir dans le doublement de l'autoroute qui relie Saint-Etienne à Lyon. Précisons au passage que l’autoroute actuelle est gratuite, alors que la nouvelle serait payante.

 

Les membres du CODERAIL rassemblés derrière leur banderole.
 

Dans ces conditions, peut-on s'étonner de l'accueil qui fut réservé aux élus qui se présentèrent en Gare de Montluçon pour y prononcer des discours auxquels plus personne ne croient ? Jean-Michel Guerre, élu socialiste de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Daniel Dugléry, élu LR, lui aussi à ce même Conseil régional, et Nicolas Brien élu au Conseil municipal de Montluçon, en firent l'amère expérience ce dimanche 10 décembre dans le hall de la Gare de Montluçon. Souvent interrompus, parfois raillés, et même ostensiblement ignorés, ils purent mesurer tout le gouffre qui les séparent des simples citoyens, excédés par le vide intersidéral de leurs déclamations.

Dans ce concert de protestations, seul Daniel Coffin inspirait le respect, ne serait-ce qu'en raison du fait que le CODERAIL dont il est le secrétaire n'a jamais varié son discours, fidèle aux principes de défense des services publics en général et de celui de la SNCF en particulier. Pas par principe, mais par nécessité comme chacun peut le vérifier aujourd'hui.

Ci-dessous, la vidéo atteste de la tension qui régnait en gare de Montluçon. Sûr, les élus n'étaient pas à la fête ce jour-là :

 

Les élus chahutés à l'arrivée du train en provenance de Bordeaux en gare de Montluçon (voir vidéo)
Les élus chahutés à l'arrivée du train en provenance de Bordeaux en gare de Montluçon (voir vidéo)
Les élus chahutés à l'arrivée du train en provenance de Bordeaux en gare de Montluçon (voir vidéo)
Les élus chahutés à l'arrivée du train en provenance de Bordeaux en gare de Montluçon (voir vidéo)
Tag(s) : #Montluçon

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