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Le vent serait-il en train de tourner pour l'ancien Maire de Montluçon ? Après presque deux décennies de règne sans partage, Daniel Dugléry a été mis en examen pour « prise illégale d'intérêt ». Faut-il le rappeler, une mise en examen n'est pas une condamnation, et il faut bien sûr se garder d'en tirer des conclusions définitives.

Mais les faits reprochés à l'ancien Maire semblent suffisamment graves aux yeux du juge pour justifier la qualification de « prise illégale d'intérêt » dont la définition exacte donnée par la loi est la suivante :

« Le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public ou par une personne investie d'un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l'acte, en tout ou partie, la charge d'assurer la surveillance, l'administration, la liquidation ou le paiement ».

Tout est parti d'une vente de terrain en 2010 sur la commune de Villebret, à la sortie de Montluçon en face du golf, plaine Sainte-Agathe. La Montagne relate qu'après avoir acquis ces terrains pour la somme de 69 000 euros, la ville de Montluçon avait investi plusieurs milliers d'euros « pour les revaloriser » . Par la suite, deux parcelles avaient été rétrocédées à Bernard Sistou à « des conditions financières pouvant être jugées très désavantageuses pour la commune » (environ 40 000 euros), selon une source citée par le quotidien régional.

 

Des chalets ont été construits sur les parcelles revendues à Bernard Sistou
 

Daniel Dugléry affirme cependant avec force « qu'il n'a pas gagné un centime dans cette affaire ». En outre, il dénonce « une volonté de nuire et une volonté d'acharnement », car l'affaire avait été classée à trois reprises par le parquet. Peut-être, mais la cour d'appel de Riom avait donné raison aux plaignants en février 2015, et un nouveau juge avait été nommé par la suite au tribunal de Montluçon. C'est avec un regard neuf que ce magistrat avait repris le dossier,  et c'est ainsi que sa mise en examen fut signifiée au Maire de Montluçon. Une décision que ce juge n'a certainement pas prise à la légère.

L'ancien Maire de Montluçon n'est pas le seul mis en cause dans ce dossier. Bernard Sistou, a subi le même sort quelques semaines plus tard. Cet ancien conseiller municipal Front de gauche ne s'est d'ailleurs pas fait que des amis parmi les élus. Il s'est même forgé une réputation sulfureuse sur les bancs de la majorité, comme sur ceux de l'opposition, en gros en raison de sa propension à se positionner sur l'échiquier politique en fonction d'intérêts qui n'ont rien à voir avec des convictions d'ordre éthique ou moral. C'est la raison pour laquelle le sort de celui qui fut un militant du Parti socialiste, puis candidat sur la liste du front de gauche pour finir par coller les affiches de campagne de François Fillon, n'émeut pas grand monde dans la cité du bord de Cher.

Pour le moment, les réactions se font plutôt rares, mais certains commentaires commencent cependant à apparaître sur les réseaux sociaux. Contacté par regardactu, Jean Demasse, un des élus issu de la majorité, mais qui siège aujourd'hui avec l'étiquette « indépendant », reste prudent et n'a pas souhaité commenter cette affaire pour le moment, ni sur le fond, ni sur la forme. Il a cependant affirmé « Il faut que la justice fasse son travail », mais peut être s'exprimera-t-il plus tard, c'est en tout cas le vœu que nous formulons ici.

Prudent, ce n'est pourtant pas le cas de tout le monde. René Casilla n'a pas attendu très longtemps avant de réagir sur sa page Faceboock. Cet ancien conseiller municipal du PC sous l'ère Goldberg, et autre transfuge peu glorieux, n'a pas su, ni pu réprimer l’irrépressible besoin de prendre la défense de celui qui lui a offert une renaissance politique inespérée, alors qu'il végétait comme porte parole du NPA local, désespérant pouvoir jouer à nouveau un rôle de premier plan dans l’exécutif municipal. Finalement élu sur la liste emmenée par Daniel Duglery après avoir franchi le Rubicon, il avait obtenu par la suite la délégation très convoitée d'adjoint aux sports, poste qu'il occupe encore aujourd'hui. Rien d'étonnant donc que celui-ci renvoie aujourd'hui l’ascenseur à son mentor sous forme d'un vibrant hommage, d'autant plus suspect, qu'il lui est dévoué depuis qu'il a obtenu ce qu'il convoitait avec tant d'ardeur. Voici ce qu'il écrit :



« Trop de flagornerie nuit à la flagornerie » serait-on tentés de dire. Puis, oubliant que la police et la justice manquent cruellement de moyens pour remplir leurs missions, il prend à témoin les victimes de vols et de dégradations, espérant sans doute trouver un écho favorable parmi la population :

 

Romain Lefebvre, le jeune Président de l'OMS (Office montluçonnais du sport) se demande quant à lui « comment on peut encore douter du fait que le Maire n'a cessé de défendre l'intérêt général » dans un commentaire qu'il a laissé sur la page faceboock de RJFM.

 

 

Mais d'autres affirment qu'on n'en est qu'au début d'un grand déballage. L'affaire de Montluçon Rugby par exemple est fréquemment évoquée. Cependant, pour l'instant, il ne s'agit que de rumeurs, et c'est la justice qui devra se prononcer sur d'éventuelles malversations.

Un ancien élu de gauche, fin analyste de la vie politique, nous disait un jour  en évoquant la mise en examen d'un autre édile « Le troisième mandat est souvent le mandat de tous les risques » et il ajoutait « au premier on apprend et on se constitue un réseau, au second on prend de l'assurance et on impose son style et au troisième on se croit intouchable, et c'est là que les problèmes commencent ». Une fois de plus, l'adage semble se vérifier...

Philippe Soulié

Tag(s) : #Montluçon

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