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Dimanche 15 avril, une grande manifestation de soutien avait lieu à Notre Dame des landes en soutien aux zadistes victimes d'une répression aveugle, froidement orchestrée par le pouvoir. Les témoignages sur le nombre de manifestants varient selon les sources, car les regroupements sur les différents lieux de la ZAD se faisaient et se défaisaient en fonction des charges de la gendarmerie. Cependant, les chiffres qui circulent font état de 10 000 à 15 000 personnes de tous âges et de condition sociale très variée.

Le soir même, Emmanuel Macron répondait aux questions d'Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, enchaînant mensonges sur mensonges à propos des zadistes et de l'occupation des terres d'abord destinées à la réalisation d'un projet inutile et nocif pour l'environnement, puis rendues disponibles depuis l'abandon du projet par l’État après 10 années de résistance et de lutte citoyenne.

Par exemple, Emmanuel Macron n'a pas hésité à affirmer que les occupants de la ZAD n'avaient déposé aucun projet durant les 10 années écoulées. Preuve selon lui que les zadistes n'avaient aucunement l'intention de s'inscrire dans un projet agricole. Le Président des riches a simplement oublié de préciser que les occupants des lieux ne pouvaient pas déposer de projet tant que l’État n'avait pas renoncé au sien. Cela n'a pas empêché pour autant les habitants de la ZAD de travailler dur avec les paysans historiques pour construire des projets collectifs qui jusqu'à la destruction violente et aveugle des infrastructures qu'ils avaient mises en place, fonctionnaient à merveille, de manière auto-suffisante.

Cependant, dès l'annonce de l'abandon du projet d'aéroport, les occupants des parcelles enfin libérées ont immédiatement déposé des projets d'autant plus cohérents et structurés que ceux-ci étaient déjà déployés et testés sur le terrain. Mais voilà, la préfecture a refusé tous les projets en bloc en prétendant que seuls les projets individuels pouvaient être accepté, ce qui juridiquement est complétement faux comme a tenté de l'expliquer le directeur de la publication de Médiapart à son interlocuteur jupitérien le soir de l'entretien télévisé. Deuxième contre vérité donc.
 

Enfin, l'hôte de l’Élysée a affirmé que les zadistes s’exonéraient de toutes les règles sanitaires auxquelles les autres paysans étaient astreints, ce qui là encore est faux, car les animaux sont déclarés, bagués et suivis par les vétérinaires des services de l’État auprès desquels ils sont déclarés et reconnus depuis le début de leur installation.

Après cela, chacun pourra juger de la valeur de la parole de celui qui n'a pas manqué de rappeler qu'il était le président de la République et ses interlocuteurs médusés, et eux des journalistes, façon élégante de les rabaisser à une condition inférieure.

Mais que vaut la parole d'un homme fut-il président de la République, lorsqu'il manipule les faits et tord ainsi la réalité ? Chacun conviendra que l'on serait mieux avisés à l'avenir de vérifier les propos (souvent) lénifiants de celui qui confond l’Élysée avec l'Olympe, tout en nous inondant de sa logorrhée indigeste et parfois même, contradictoire.

Surtout, l'exercice auquel s'est livré Emmanuel Macron est particulièrement indécent, alors que depuis une semaine s'abat une répression aveugle contre les occupants de la ZAD. Il a parlé de 70 gendarmes blessés lors de cette opération (là aussi, il faudrait vérifier la réalité des chiffres). Bien sûr, quel que soit le nombre de blessés chez les gendarmeson ne peut que le déplorer. Mais à qui la faute, si ce n'est à ceux qui ont organisé ce coup de force ? et quel mépris pour les autres. Dans les rangs des manifestants, on déplore plus de 150 blessés (selon les médics qui les ont pris en charge sur place). Quel gâchis ! Durant cette semaine d'intense répression plus de 11 000 grenades ont été tirées contre les manifestants, dont 8 000 lacrymogènes et 3 000 explosives. Du jamais-vu

Alors que le gouvernement annonçait l'arrêt des expulsions, les opérations ont pourtant continué durant toute la journée du dimanche avec la même frénésie. Comment s'étonner ensuite que des manifestants pacifistes se soient radicalisés ?

Mais au-delà, c'est tout de même la détermination et l'espoir de celles et ceux qui ont défendu la ZAD qui force le respect. Notamment ce moment magique, lorsque la marée humaine a transporté la charpente pour reconstruire ce qui avait été détruit (déconstruit affirment sans rire les autorités). Un moment d'intense solidarité dont les rédacteurs de « Nantes révoltée » nous rendent compte dans le superbe texte qui suit, accompagné de photos qui témoignent elles aussi de l'intensité de cette journée.

Philippe Soulié

 

La maison ambulante - Notre-Dame-des-Landes, 15 avril

La charpente d'une maison glisse au dessus des hautes herbes, dans les champs du bocage nantais. Elle traverse talus, fossés, et marécages. Elle est soulevée par une marée humaine, qui se faufile entre les innombrables barrages de gendarmes, qui assistent, impuissants, à distance, à l'ingéniosité de la ZAD.

 

Le charpente glisse au dessus des hautes herbes...
...accompagnée par une marée humaine...
...qui se faufile entre les innombrables barrages de gendarmes
Les gendarmes assistent, impuissants, à distance, à l'ingéniosité de la ZAD.

 

Cette scène magique, comme sortie d'un dessin animé de Miyazaki, se déroule dimanche 15 avril. Une semaine après le début de l'assaut militaire sur la zone, plus de 10 000 personnes se sont données rendez-vous pour reconstruire. La foule est immense, alors même que de très nombreux gendarmes bloquent les accès qui mènent à la ZAD, et que des centaines de gens ont été refoulés par les check points.

Après avoir solennellement repris les bâtons plantés dans la terre de la ferme de Bellevue, deux ans auparavant, en promettant de revenir défendre la zone en cas d'attaque, la foule s'étire pour rallier une parcelle dont les habitations ont été détruites cette semaine. Pour reconstruire. Mais un énorme dispositif en armure empêche la progression collective. Après un long face à face, ponctué de percussions métalliques sur les taules des barricades, La future cabane passe finalement sous la forêt, à l'écart du champ, contournant les barrages. Un bûcheron ouvre les haies et guide le cortège, de plus en plus dense.

 

La future cabane passe finalement sous la forêt, à l'écart du champ, contournant les barrages

 

Ils détruisent, on reconstruit !

La suite de cette après-midi a le goût du gaz lacrymogène. A l'endroit du barrage de gendarmerie, des affrontements ont lieu pendant des heures. Très violents. Les détonations de grenades, de plus en plus rapprochées, font trembler les corps, et soulèvent des mottes de terre à plusieurs mètres de haut. Une charge massive avec le blindé est accompagnée d'un bombardement intensif des manifestants par des dizaines de grenades explosives envoyées en rafales, et des tirs de balles en caoutchouc, le tout dans une saturation totale de gaz. Nos reporters, pourtant habitués aux situations tendues, n'ont jamais vu un tel déchaînement. A cet instant, il paraît quasiment certain qu'un drame est en train de se produire, tant aux quatre coins du terrain on entend hurler, appeler des « médics », courir ou transporter des blessés ensanglantés, le visage hagard.

 

Pendant ce temps, dans le champ de la Wardine, l'imposante charpente d'une grange collective est édifiée. A la nuit tombée, après le départ des militaires, elle sera transportée vers le Gourbi qui avait été détruit à coup de bulldozer. Ils détruisent, on reconstruit.

Pendant ce temps, dans le champ de la Wardine, l'imposante charpente d'une grange collective est édifiée


Lundi matin, la gendarmerie lance une offensive pour anéantir immédiatement la charpente. A suivre.

Plus d'infos sur la page Facebook de « Nantes révoltée »

Tag(s) : #Actualité sociale, #Ecologie

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