Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le déplacement de Laurent Wauquiez le vendredi 4 mai avait suscité beaucoup d'espoir dans le camp des partisans de la droite. C'est pourquoi, les annonces faites lors de la conférence de presse du Président de région ont fait l'effet d'une douche froide pour certains d'entre eux, même si ces derniers n'ont pas clamé leur déception sur les toits.

Avant que ne débute la grande messe médiatique avec en « prime time »  le Président de la région Auvergne/Rhône/Alpes, une délégation de la CGT cheminots avait pris place devant le Conseil d'agglomération pour rappeler leur attachement au service public. Les grilles étaient cadenassées dans le but d'empêcher toute intrusion dans la cour et dans la grande salle de délibération du bâtiment, là où devait avoir lieu la rencontre entre Laurent Wauquiez et les personnalités triées sur le volet.

 

Les cheminots en grève sont venus rappeler leur attachement au service public



Signe des temps, la presse, canalisée par les sous-sols vers une salle de commission à l'abri des regards n'a disposé que de peu de temps pour faire son travail. Auparavant, nous avions attendu en vain dans la salle plénière située au deuxième étage avec les invités munis d'un sésame. Ce n'est qu'au bout d'une heure d'attente que le service de sécurité était venu nous chercher, nous faisant emprunter un dédale d'escaliers et de couloirs pour accéder à la salle dans laquelle se trouvaient le Président du Conseil régional, entouré à sa gauche du Président du Conseil départemental, Claude Riboulet, et à sa droite de Daniel Dugléry, président de la communauté d'agglomération et plus loin de Frédéric Laporte, le nouveau Maire de Montluçon, oserions-nous dire « par intérim ».

 

De gauche à droite Fréderic Laporte, Daniel Dugléry, laurent Wauquiez et Claude Riboulet



Là, sans même nous dire bonjour, Laurent Wauquiez nous demanda de décliner nos identités avant de prendre rapidement la parole sans s'assurer que nous ayons eu le temps de déballer notre matériel. C'est la raison pour laquelle, l'enregistrement de cette conférence de presse ne débute qu'au début de l'annonce concernant le réseau ferré autour de Montluçon. Heureusement, nous étions surtout là pour ça.

Cette grande messe avait surtout pour ambition de marquer les esprits par un effet d'annonce. Laurent Wauquiez l'a annoncé en fanfare « 22 millions d'euros vont être investis par la région pour surseoir à la fermeture de trois lignes ferroviaires autour de Montluçon », qui du fait de l'absence d'investissement depuis de nombreuses années, étaient condamnées à plus ou moins brève échéance. Ce n'est donc, ni plus, ni moins qu'un plan provisoire de sauvetage, et en aucun cas une réhabilitation de ces lignes.

Il s'agit des liaisons Montluçon/Vallon en Sully, qui permet de rejoindre Bourges, puis Paris; de la liaison Montluçon/Gannat, qui se dirige ensuite vers Clermont-Ferrand; et enfin la liaison Montluçon/Lavaufranche, vers Guéret et Limoges.

Rien en revanche pour la liaison vers Lyon qui aurait demandé un effort bien plus conséquent. Mais sur cette question, le gouvernement et la Région Auvergne/Rhône/Alpes se refilent mutuellement la patate chaude, car les sommes en jeu sont d'un tout autre niveau. Or c'est bien cette annonce que les montluçonnais souhaitaient entendre, et notamment les invités qui attendaient deux étages plus haut.

Pour le Président de la communauté d'agglomération de la région montluçonnaise et le Maire de Montluçon, c'est un échec. Alors qu'ils avaient appelé la population à venir manifester une semaine plus tôt pour le rétablissement des principales lignes ferroviaires capables de briser l'isolement de deuxième ville d'Auvergne, ceux-ci accusent visiblement le coup, mais sans broncher . Surtout, Daniel Dugléry a donné l'impression de manger son chapeau, impuissant devant l'inflexibilité de celui qui dirige dorénavant son camp politique d'une main de fer, Laurent Wauquiez n'hésitant pas à s'adresser à lui sur un ton parfois cassant et condescendant comme on peut le vérifier à la fin de la vidéo.

 

Laurent Wauquier s'est imposé comme le seul intervenant pendant la conférence de presse

 

Certes, comme le disent les militants du CODERAIL, l'Etat est le premier responsable de cette situation catastrophique. Mais face au refus de l'État de remplir ses obligations, la région reste indifférente, et Daniel Dugléry qui n'occupe pas la place que certains espéraient au sein de l’exécutif lyonnais est impuissant à faire bouger les lignes, alors qu'il appartient à la majorité supposée le soutenir.

Mais il n'en est rien, et il semble bien que le carnet d'adresse de celui qui se présenta naguère devant les électrices et les électeurs montluçonnais pour un premier mandat, n'a plus beaucoup de poids, y compris dans son propre camp.

Pour le nouveau Maire, qui n'a pas encore été consacré par les urnes, c'est aussi un coup dur. Comment rebondir après un tel revers ? La pire des attitudes consisterait à s'enfermer dans un silence coupable, car tout indiquerait alors qu'il accepte la tutelle de ses mentors qui l'ont hissé à cette place, avec un costume beaucoup trop grand pour lui. À moins qu'il hausse le ton et se rebelle. Mais le mot rebelle est un mot absent du dictionnaire de la droite.

Philippe Soulié

Regardactu a demandé à Daniel Coffin de nous livrer ses impressions. Les voici :

 

La réaction de Daniel Coffin, secrétaire du CODERAIL, interrogé par regardactu : 

Sauvées les lignes autour de Montluçon ?

Le Président de la Région Auvergne Rhône Alpes annonce 22 M€ sur 2 ans pour les tronçons de lignes desservant Montluçon, avec priorité donnée à Montluçon-Bourges.

De quoi s'agit-il ? D'un début de modernisation? D'électrification? Rien de tout cela!
Le président le reconnaît lui-même. Ce ne sont que des travaux d'entretien destinés à éviter la fermeture...ou plutôt la repousser. Parce que nous en sommes là!

Le  rapport SPINETTA préconisait la fermeture de près de 9 000 km de petites lignes, classées 7 à 9 selon l'Union Internationale des Chemeins de fer. Tollé des usagers, de leurs associations, des cheminots, et des élus locaux. Rétropédalage du Gouvernement: «C'est une décision qui ne peut être prise depuis Paris». En clair, on ne condamne pas la pertinence de la proposition, on dit que les régions sont mieux à même de juger de ce qui doit subsister. Et là, les exécutifs régionaux qui, curieusement, ne s'étaient pas ou peu manifestés sur le rapport, découvrent qu'ils héritent de l'annonce des fermetures et hurlent au scandale. Il était temps ! En l'état actuel des choses, rien ne permet d'affirmer qu'il n'y aura pas fermeture!

D'ailleurs Mr WAUQUIEZ en convient! Il partage la conviction du CODERAIL selon laquelle le transport ferroviaire n'a pas d'avenir s'il est tributaire des capacités financières des collectivités territoriales. La mise au jeu des 22 M€ n'est-elle pas soumise à la condition incontournable de la participation de L'ÉTAT à hauteur de 12 M€, et peut-être celle des collectivités locales?
Et à la question du CODERAIL: «De quels moyens disposez-vous pour obliger l'État à jouer son rôle?», la réponse-aveu est nette: «Aucun!».

De ce point de vue, la réforme en cours ne donne aucune assurance quant au financement futur du système ferroviaire étroitement lié à la reprise totale de la dette, ce qui n'est pas gagné!
Alors pourquoi avoir voté cette réforme?

La pérennité des dessertes ferroviaires passe obligatoirement par la modernisation des lignes afin de les rendre attractives. C'est d'un tout autre engagement financier dont a besoin le rail.
Pour le commun des mortels, 22 M€ reste une somme considérable, seulement voilà, ça n'est  l'équivalent que de 3 km d'autoroute.

Tag(s) : #Montluçon

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :