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Nous avons tenté, ici dernièrement, de décortiquer le contenu de la loi ELAN actuellement en examen à la Chambre des députés et au Sénat. Et cette loi, d’une gravité énorme pour les locataires une fois encore laissés pour compte, va modifier en profondeur le paysage locatif social, faisant entrer par la grande porte de la gestion le secteur financier privé.

Les offices et les OPAC de notre secteur vont être assaillis comme jamais et sommés de se fondre dans de nouvelles structures de gestion où les maitres mots vont être regroupement et recherche de rentabilité à tout prix ! Derrière cette loi de restructuration du logement, se positionnent d’emblée les sociétés immobilières à la recherche de rentabilités financières nouvelles ! Déjà les lois Borloo des années 80 avaient ouvert la voie au recours des financements privés par emprunt, au changement de statuts du personnel, etc.

Soyons nets et clairs, le gouvernement de messieurs Macron/Philippe n’est pas là pour servir l’intérêt général des populations mais pour répondre aux désidératas des puissances économiques et financières. Le président des riches a une mission à accomplir et il ne compte pas perdre de temps pour cela. En matière de logement, le ton a été donné  avec la baisse des APL pour les locataires, les jeunes étudiants entre autres.

On va donc fusionner les établissements par le haut. Le projet de texte officiel est explicite sur ce sujet. C’est-à-dire que l’on s’apprête à faire disparaitre les offices HLM de service public, trop près des habitants dans les communes et les agglomérations. Et même si la loi n’est pas adoptée pour le moment, ça s’agite dans le lanterneau des élus qui ont des positions à défendre dans la perspective des municipales à venir. De Montluçon à Vichy, de Moulins à Commentry, discussions et tractations vont bon train avec un même souci, tenir à l’écart les locataires et leurs représentants. Et c’est Monsieur Riboulet, président du Conseil départemental de l’Allier qui donne le ton : « Soit on prend les devants, soit c’est le Préfet qui choisit et il y aura zéro marge de négociation possible ». Voilà qui a l’avantage de l’expression du langage politicien par excellence.

Que la réforme soit bonne ou mauvaise, cela ne compte pas ! Seul compte à la marge l’obtention de quelques avantages !!! Les élus de la communauté de communes Commentry-Neris-Montmarault ne sont pas en reste. Certains louchent du côté de Mr Périssol maire (droite classique) de Moulins et de sa société immobilière ARCADE et d’autres se rallient d’abord à Mr Riboulet, l’ex maire de Commentry (et toujours 1er adjoint de la municipalité dirigée par la droite) pour une éventuelle structure départementale… Éventualité qui ne fait pas long feu comme en témoigne le débat houleux du conseil municipal de ce dernier mercredi. Débat prolongeant de façon tout autant fallacieuse celui du conseil communautaire Commentry-Montmarault-Néris tenu la semaine précédente. Pour ces messieurs, la question qui prime ce n’est pas le contenu de la loi qui raye de la carte la fonction de solidarité et de droit à bénéficier d’un toit à loyer abordable mais celle de garder sous leur coupe les miettes que le gouvernement Macron leur laissera dans des regroupements de gestion privée.

Au Conseil d’agglo de Montluçon que préside toujours l’ancien maire Daniel Dugléry également président de Montluçon Habitat, les interrogations ne sont pas plus probantes. Fusionner oui mais avec qui, quand on sait la crainte de nombre d’élus extérieurs à accompagner Montluçon et ses instabilités financières majeures. Personne n’ignore de quelle manière la C.G.L.L.S (Caisse de Garantie du Logement Locatif) est venue en aide à l’Office Public de l’Habitat de Montluçon et de quelle contrepartie de hausse de loyer cette aide ponctuelle a été conditionnée !

Heureusement, dans de telles circonstances de confusions organisée pour troubler le jugement des français sur ces attaques de recul civilisationnels, il y a ceux qui résistent telles les amicales de locataires qui s’invitent dans ces réunions de ralliement au tout libéral, les syndicats qui ne s’en laissent pas compter des réformes menées au pas de charge et du Mouvement de la France Insoumise qui combat pied à pied à l’Assemblée.

On est bien loin de se soucier à Commentry, Montluçon ou Moulins de difficultés de se loger dans de bonnes conditions pour de nombreux Bourbonnais dans ces pourparlers aléatoires! On pourrait penser à un appel au rassemblement des locataires office par office de la part des administrateurs en place, non on pense d’abord et avant tout à obtenir quelques strapontins dans les futurs regroupements imposés.

Faisons dès lors remarquer :

Que la loi n’est pas votée et que la discussion au Sénat et le retour au Parlement peut faire évoluer le cadre de cette loi. A ce sujet, on notera les propositions d’amendements déposées par le groupe de députés de la FI et celui du groupe communiste…

Que messieurs les Préfets chargés de faire appliquer cette nouvelle loi ne peuvent anticiper ces votes et l’adoption définitive de la loi. La démocratie, locale et nationale, bien mal en point !

Que l’attitude consistant à se positionner systématiquement contre les ententes et coopérations avec les montluçonnais ne peut représenter une sérieuse volonté de servir les intérêts de tous les locataires. Avec la proposition de nouvelles structures au travers du département s’achemine-t-on vers une attitude plus sérieuse que celle ayant existé de la part des élus de Commentry lors de la création des communautés d’agglomérations en fin des années 90. Et pourtant les difficultés de crise économique latente, crise démographique durable, crise d’enclavement permanent et misère renforcée d’un nombre important de famille… ne sont-ils pas des freins de même nature ?

Que rechercher des solutions locales en soi ne règleront pas la vaste préoccupation de redonner ses lettres de noblesse à une véritable politique du droit au logement de qualité pour tous. Le droit au logement qui soit un juste pendant à un droit à l’éducation, au travail, à décider de sa vie.

Que rien de sérieux et durable ne pourra s’établir en matière de logement social sans la participation à la réflexion des occupants actuels et futurs des logements sociaux utiles à la qualité de la vie des familles. Le logement social et les familles qui y logent ne sont pas ‘’des cochons de payants’’Ils sont des citoyens ayant droit au respect et à la dignité !

Affaire à suivre, c’est le moins que l’on puisse dire…

Paul Créspin, Président de l’OPHLM de Montluçon de 1989 à 2001

Montluçon le 29/06/18

Tag(s) : #Actualité sociale

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