Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

Depuis quelques jours, l’espace médiatique est encombré par le feuilleton du prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source. Les péripéties entre Darmanin, Macron et consorts  permettent à la presse écrite et aux médias audiovisuels de développer des sujets qu’ils estiment « intéressants » tout en ignorant pratiquement les grands dossiers économiques et sociaux, tels la non-baisse du chômage, la poursuite de la désindustrialisation. Reste que le problème du prélèvement à la source  s’annonce comme une nouvelle crise pour le Pouvoir.

Le prélèvement à la source est présenté comme une mesure destinée à faciliter la vie des citoyens. Elle a été engagée par le gouvernement socialiste il y a quelques années, gouvernement auquel participait Emmanuel Macron, précédemment bras droit de Hollande à l’Élysée. Or, les grands médias ne disent jamais que le prélèvement à la source est une recommandation du Conseil Européen, qui a entre autres, recommandé la loi El Khomri, la loi travail, la réforme de la formation professionnelle dans le sens voulu par le MEDEF, le freinage de la hausse du SMIC, la baisse des cotisations sociales pour les entreprises…bref l’ensemble des mesures antisociales mises en œuvre sous les gouvernements précédents et sous l’actuel.

En réalité, le prélèvement à la source est un gadget alors que François Hollande avait promis une grande réforme fiscale : une tromperie de plus dans un quinquennat calamiteux. Et dire que ce citoyen se permet de sillonner le Pays pour vendre son bouquin et continuer à faire de petites blagues alors qu’il n’a même pas pu se présenter à la présidentielle car il aura vécu une défaite mémorable, laissant par ailleurs la voie libre à Macron.

Une grande réforme fiscale, comme la réclament des organisations syndicales et le propose La France Insoumise, et comme l’a portée Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle, cela veut dire une réforme de justice, notamment par l’augmentation du nombre de tranches pour l’impôt sur le revenu. Rappelons que tous les citoyens sont contributeurs d’impôts, à commencer par la TVA qui frappe tous les consommateurs et pèse proportionnellement bien plus sur les ménages les plus modestes que sur les « premiers de cordée ».

Pour avoir quelques éclairages pertinents sur le prélèvement à la source et ses inconvénients, on peut se reporter, par exemple, à l’interview de Alexandre Derigny, Secrétaire Général de la Fédération CGT des Finances dans l’Humanité 

https://www.cgtfinances.fr/economie/fiscalite/retenue-a-la-source/article/prelevement-a-la-source-plus-juste-ou-plus-complique-plus-injuste

Et également l’interview de Jocelyn Cavillot, responsable régional de Solidaires Finances à francetvinfo

https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/prelevement-source-catastrophe-industrielle-solidaires-622752.html

Je me permets de rappeler que ce sont également les institutions européennes qui ont demandé la mise en concurrence du ferroviaire, prélude à la privatisation de la SNCF. Quand je lis que le PS à Commentry proteste (à juste titre) contre la suppression des guichets à la gare, je me dis que ses militants auraient du protester au siège de ce parti rue de Solférino à Paris il y a quelques années, ce qui aurait peut-être éviter aux députés européens socialistes d’approuver la mise en concurrence du rail.

Les recommandations européennes sont disponibles facilement sur internet :

Pour 2016 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:52016DC0330

Pour 2017 : http://www.consilium.europa.eu/fr/policies/european-semester/2017/

Pour 2018 : http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2018/01/23/council-recommendation-on-the-economic-policy-of-the-euro-area/

Les élections européennes approchent, dans un contexte où la construction européenne façon Maastricht est très contestée et préfigure de grandes déconvenues pour ses défenseurs. Une campagne médiatique de réhabilitation de ses institutions est engagée. Ainsi, nous avons droit, en boucle, à un scoop : le changement d’horaire hiver/été sera peut-être supprimé, « grâce » à un grand sondage réalisé par la Commission Européenne auprès (soit-disant) de millions d’Européens. Quel bel exercice démocratique ! Par contre, sur la directive des travailleurs détachés, sur l’harmonisation sociale et fiscale, sur la casse industrielle, sur l’austérité…bref sur les grandes questions économiques et sociales, pas de sondage, pas d’avis demandés aux citoyens européens. Circulez, il n’y a rien à voir.

Les élections européennes de 2019 seront l’occasion pour les électeurs français de s’exprimer par rapport à tout cela, au-delà d’élire des députés européens qui siègeront dans un parlement doté de bien peu de pouvoirs. Ces élections seront l’occasion, comme l’a dit récemment Jean-Luc Mélenchon à Marseille, de donner à Emmanuel Macron « une raclée démocratique ». Au-delà du fait que cela puisse faire plaisir aux progressistes (divers et variés), je pense qu’il ne faut pas manquer une occasion de déployer pendant plusieurs mois une démarche d’explications et d’éclairages sur la construction européenne qui par bien des aspects est à revoir de fond en comble, en attendant de renvoyer à leurs chères études ceux qui l’ont mise en place, pays par pays, car cette forme d’Europe n’existe que parce que chaque État l’a décidé. Ce qui a été fait peut être défait pour rebâtir un espace commun européen basé sur la coopération et la solidarité entre les Nations et les Peuples, et non sur la soumission aux marchés financiers comme actuellement.

Michel Beaune, co-animateur du groupe d’action Montluçon Nord de La France Insoumise

 

Tag(s) : #Billet d'humeur

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :