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Entre 84 000 et 87 000 Gilets Jaunes, selon les sources, ont à nouveau manifesté sur de nombreuses villes en France ce samedi 19 janvier. Le grand débat que beaucoup qualifient « d'enfumage» n'a donc pas réussi à démobiliser les manifestants. L'auraient-ils voulu d'ailleurs que cela n'aurait pas été possible, puisque les forces de l'ordre empêchaient l'accès aux lieus où se déroulaient ces derniers.

Débat est un bien grand mot, puisque de l'avis de nombreux observateurs, il s'agissait plutôt d'un long monologue auquel livrait le monarque au milieu d'un aréopage d'élus trop bien éduqués pour lui couper la parole (à une ou deux exceptions près il est vrai).

Mais de toute façon, quelle crédibilité donner au « grand débat » alors que la répression à l'encontre des Gilets Jaunes est devenue le sujet numéro un du moment. C'est d'ailleurs contre la répression aveugle et violente que les Gilets Jaunes battaient à nouveau le pavé pour exprimer leur indignation. À Paris, en tête de cortège, certains d'entre eux s'étaient même grimé le visage pour simuler les blessures infligées par les armes plus que controversées des forces de l'ordre.

 

Le LBD 40, une arme très controversée



La semaine qui a précédé cette manifestation, plusieurs communiqués ont été envoyés à la presse pour protester contre l'usage irraisonné des plus dangereuses d'entre elles. Peu de ces communiqués ont été repris dans les médias nationaux et régionaux appartenant aux grands groupes. Mais à l'étranger, la presse commence à s'émouvoir face à une telle violence, et le nombre de victimes dont beaucoup resteront marquées à vies par les séquelles suite aux blessures infligées, à tel point qu'il devient difficile de garder le silence.

En Auvergne, l'Union syndicale Solidaires a également diffusé un communiqué pour réclamer avec force un moratoire sur l'usage des armes mises en cause. Nous le publions ici :

 

 

Nous dénonçons avec la plus grande vigueur l’emploi de politiques et de techniques de plus en plus répressives et violentes de la part des forces de l’ordre à l’égard des manifestant-e-s.

Cette tendance ultra-répressive n’est pas nouvelle dans l’histoire des mouvements sociaux, mais sa résurgence est nette depuis les révoltes dans les banlieues en 2005, puis à partir des années 2010 –mouvements contre les lois travail, Notre-Dame-des-Landes, Bure ou Sivens-. Elle atteint en ce moment des sommets à l’encontre des Gilets Jaunes et de leurs soutiens.

En quelques semaines, nous avons pu voir des CRS matraquer au sol des manifestant-e-s réfugié-e-s dans un Burger King, contraindre des lycéen-nes à se mettre à genoux, mains sur la tête, à Mantes-La-Jolie, des policiers tirent régulièrement à hauteur de tête avec des flashball, et l’usage des grenades de désencerclement s’est généralisé. Les rues de Paris ont été parcourues par des blindés de la gendarmerie, des policiers à cheval et survolées par des hélicoptères.

Un recensement provisoire fait état à ce jour d’une personne tuée à Marseille par une grenade lacrymogène, 94 blessés graves, 4 personnes ont eu la main arrachée (grenades GLI F4), 17 personnes ont été éborgnées (balles de LBD 40), 1 personne a perdu définitivement l’audition (grenade), et plus de 1500 blessé-e-s plus légèrement. On peut rajouter plus de 5 000 gardes à vue, 4000 réponses pénales et 216 incarcérations. Et de samedi en samedi, la liste s’allonge.

On a vu aussi apparaître la notion de « casseurs présumé-e-s » : des centaines de personnes ont été interpellées de manière préventive, avant même d’atteindre Paris, ou au petit matin (au total, 820 personnes majeures ont été placées en garde-à-vue, dont 80% sont sortis sans procédure judiciaire, ou avec un simple rappel à la loi). Récemment, le Ministre de l’intérieur faisait porter la responsabilité d’éventuelles violences à tout-e citoyen-ne manifestant avec les Gilets Jaunes.

C’est l’instauration puis l’institution d’une partie des dispositifs de l’état d’urgence dans la loi qui permet le développement de telles pratiques. Ceux-ci, initialement prévus pour lutter contre le terrorisme, sont appliqués désormais à la « gestion » des mouvements sociaux. On a ainsi pu confiner des lycéen-nes dans leurs établissements pour les empêcher de rejoindre leurs camarades en manifestation.

Le premier ministre veut maintenant restaurer une loi « anti-casseurs » inspirée des années post 68. Elle a déjà été votée par le Sénat le 23 octobre dernier, et vise notamment à créer des périmètres de sécurité aux abords des manifs, à empêcher certaines personnes dont le comportement peut laisser penser qu’elles représentent une menace d’y participer et à les ficher comme les hooligans.

Cette loi instaurerait également un principe de responsabilité collective, la création d’un fichier national des manifestants considérés comme « violents », l’extension de la notion d’« armes par destination » à toutes sortes d’objets habituellement anodins, dont la simple détention est désormais punie comme délit par des peines de prison et des dizaines de milliers d’euros d’amende.

Tout cela est absolument contraire au droit fondamental de manifester, inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, et garanti par la Convention européenne des droits de l’homme.

Le pouvoir cherche une solution policière à un conflit social, fait silence sur les victimes et attribue toutes les violences aux manifestant-e-s. Or, une politique qui aggrave continuellement les formes de misères et les inégalités ne peut qu’être contestée et confrontée à des révoltes.

Nous exigeons que les responsables de ces violences institutionnelles soient dénoncés et jugés. Nous exigeons que ces violences cessent et que soit entendues les revendications de justice sociale, fiscale, environnementale ; ainsi que les demandes d’égalité et de démocratie.

Tag(s) : #Actualité sociale, #Communiqué

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