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C'est une de leur principale revendication. Reprendre en main leur destinée, redevenir l'acteur de leur vie, décider par eux-mêmes, et de la manière la plus démocratique possible des grandes orientations qui impacteront leur vie.

Justement, ce vendredi 1er février, les Gilet jaunes se sont réunis dans une grande salle qui avait été mise à leur disposition au parc des expositions à Montluçon. Entre 80 et 90 personnes ont participé aux débats et aux votes qui ont systématiquement ponctué ceux-ci.

La démocratie directe n'est pas un exercice simple. Sa mise en œuvre suppose beaucoup de préparation et de rigueur. Surtout, certains sujets demandent du temps et le recueil d'avis éclairés sur des questions parfois complexes et ardues. Or, c'est précisément cela qui a fait défaut pendant le déroulement de cette soirée.

 

Chaque proposition est ponctuée par un vote à main levée



Le principe retenu dans l'organisation du débat consistait en ce que chaque personne présente dans la salle pouvait proposer au vote une action à mener sur le sujet qu'elle estimait prioritaire. Outre le fait que le vote majoritaire est parfois à l'origine de fortes tensions, ce qui explique que certains lui préfèrent un système basé sur le consensus, les sujets qui sont venus en débat étaient parfois clivants.

La première intervention illustre parfaitement la gêne que pouvait provoquer certains sujets à propos desquels il est difficile de se forger une opinion en raison du manque d'information et d'absence de regard critique. La première intervenante concédant elle-même qu'elle n'était pas Gilet jaune profita de cette assemblée générale pour faire voter le principe d'une intervention auprès de la députée de la circonscription, Laurence Vanceunebrock-Mialon, pour rendre non obligatoires les vaccinations, et ce, en s'appuyant sur la loi Kouchner, laquelle reconnaît le droit de disposer librement de son corps pour chaque individu. Cette proposition fut ainsi votée en l'état. ce n'est qu'une fois le vote acquis qu'une autre personne présente dans la salle fit valoir que les grandes pandémies avaient été vaincu grâce à la vaccination obligatoire.

Outre le fait que le sujet était bien loin des préoccupations immédiates exprimées tout au long du mouvement par les Gilets Jaunes, cette manière de trancher sur des sujets particulièrement sensibles, qui plus est, sans prendre la distance nécessaire à la réflexion, montre toutes les limites cet exercice quand les affaires sont menées tambour battant. Le débat allait-il s'enliser en s'orientant sur des questions sociétales, certes importantes, mais très éloignées des préoccupations quotidiennes des Gilets Jaunes ? La suite montra que ce ne fut pas tout à fait le cas.

La grande majorité des présents attendaient surtout que les sujets soient plus en adéquation avec les demandes exprimées depuis le début du mouvement. Ainsi fut confirmé la forte demande pour la mise en place du Référendum d'initiative citoyenne (R.I.C), mais pas que. La possibilité de révoquer les élus en cours de mandat si ces derniers ne respectaient par leur mandat fit aussi l'unanimité parmi les présents.

C'est d'ailleurs à cet instant qu'un des participant proposa de faire venir Étienne Chouard pour que ce dernier expose son projet de démocratie participative, ce qui provoqua la colère d'un militant du Parti ouvrier indépendant (POI) présent dans la salle. Ce dernier s'insurgea contre cette proposition, accusant au passage Étienne Chouard d'être un militant d'extrême droite, proche de Soral, ce qui n'évoqua pas grand chose pour une partie de l'assistance.

 

Un militant du POI propose aux Gilets Jaunes de rejoindre la manifestation du 5 février



Comme alternative il proposa de mettre au vote la participation des Gilets Jaunes à la journée de grève et de manifestation du mardi 5 février à l'appel des organisations syndicales (lire ICI). Les deux propositions (invitation à Etienne Chouard, et participation à la manifestation du 5 février furent finalement votées à une confortable majorité).

Même sir la participation à la journée du 5 février a été actée, beaucoup ont tenu à rappeler le caractère « apolitique » de leur mouvement et surtout leur défiance vis-à-vis des syndicats, ce qui ne rendra pas facile à l'avenir la convergence des luttes pourtant indispensable pour faire reculer le pouvoir. Le chemin vers l'unité sera certainement long et semé d'embûches. Mais le Gilets Jaunes doivent savoir qu'il ne pourront obtenir obtenir satisfaction sur leurs revendications qu'à condition d'emprunter le chemin de l'unité. Dans le cas contraire, les votes auxquels ils ont procédé durant cette soirée ont de grandes chances de rester à jamais lettre morte.

Au-delà de ce constat, il nous faut tout de même rester optimistes, car une soif de démocratie était perceptible durant tout le temps des débats. C'est un puissant vecteur pour ébranler un système politique reposant sur l'illusion que la répression permettra d'étouffer le souffle qui se lève. Après le XII em acte, c'est une nouvelle semaine de mobilisation qui se dessine, et il faut espérer que le gouvernement prenne enfin conscience du rejet qu'inspire sa politique au profit d'une toute petite minorité de nantis.

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Montluçon, #Actualité sociale

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