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C'est à "guichet fermé" qu'a eu lieu le débat "Ethique, conflits d’intérêts : comment gérer une mairie de façon exemplaire ?". Il y avait en effet une bonne centaine de personnes présentes et il ne restait plus une place assise lorsque les conférenciers Jean-Luc Trotignon, Délégué National de l’association de lutte anti-corruption Anti-Cor et Eric de Mongolfier, Procureur général près la cour d'appel de Bourges ont pris tour à tour la parole pour introduire un débat qui s'est prolongé jusqu'à 20H 30.

Jean-Luc Trotignon a tout d'abord présenté son association de lutte contre la corruption en précisant que cette dernière n'acceptait aucune subventions de la part des collectivités, que ce soient des Mairies, des conseils communautaires, des conseil généraux ou régionaux ect..ce qui ne semble pas être toujours le cas pour d'autres associations. Anti-cor s'est crée au lendemain de l'élection qui avait vu Le Pen accéder aux deuxième tour des Présidentielles le 21 avril 2002, avec la volonté de moraliser la vie publique. A chaque élection l'association édite une charte qu'elle propose aux candidats. La liste des signataires est ensuite publiée sur leur site internet Anti-Cor  (voir ICI). Ainsi, lors des dernières élections législatives, 5 élus qui avaient pourtant signé la charte (voir LA) n'ont toujours pas renoncé à leurs anciens mandats qui font pourtant d'eux des cumulards. Anti-cor apporte aussi une aide aux citoyens vigilants afin de la guider dans les différentes démarches qu'ils ou elles souhaitent entreprendre (référés, recours devant le tribunal administratifs, CADA etc...). L'association s'est également portée partie civile dans plusieurs affaires emblématiques telles que les sondages de l'Elysée ou l'affaire Karachi et milite également en faveur de ce qu'elle considère comme des avancées indispensables pour la démocratie au nombre desquelles figurent "la participation des minorités municipales aux commissions d'attribution des logement ou des places de crèches", une formation obligatoire pour les nouveaux élus, des modes de désignation consensuels, la mise en ligne systématique des comptes rendu des commissions,  l'attribution d'un local pour les minorités municipales etc..

 D'une manière générale, le tableau qu'ont dressé les deux intervenants à propos de la corruption en France n'est pas tendre pour les élus de quelque bord qu'ils soient. Eric de Montgolfier (voir ICI sa biographie sur Wilkipédia) qui a pris ensuite la parole a tout d'abord rappelé que "la république c'est la satisfaction de l'intérêt général". Il a en ensuite fait le constat que la corruption touche aussi bien la droite que la gauche et pas plus le midi que les autres régions. Le Procureur pour qui "la morale doit précéder la justice" illustré ses propos à l'aide de quelques anecdotes croustillantes qui ont égrenées sa longue expérience magistrat, comme celle de cet élu qui, contraint de se séparer d'un de ses mandat qui faisait de lui un cumulard, se demandait ouvertement "s'il était possible de vendre un de ceux-ci sans être poursuivi". Ou encore celle de cet élu auditionné pour avoir imposé ses décisions sans délibération du conseil municipal qui expliquait au juge "que c'était inutile, entendu qu'il disposait d'une majorité". Mais ce qui a retenu le plus l'attention, c'est l'analyse sans concession de la société française. Une société majoritairement catholique avec un lourd passé royaliste, ce qui a probablement "imprimé" une culture et un mode de pensée qui a du mal à se débarrasser du concept de pouvoir absolu quasi héréditaire ainsi que de la corruption qui en est parfois le corollaire, plus fréquente que dans les pays de culture protestante. Là, on sentait bien que le procureur touchait un aspect extrêmement sensible de notre histoire commune. Bref un exposé très pessimiste à propos de notre passé que le procureur a illustré par une formule implacable lâchée au détour d'une phrase : "Il n'y a plus rien qui n'arrête personne !".

Quelques élus étaient présents dans la salle. mais aussi des anciens élus connus comme Maurice brun qui fut Maire de Montluçon de 1972 à 1977 et député de l'Allier de 1973 à 1978 (voir LA). Maurice Brun est d'ailleurs intervenu et a fait observer que le statut des élus avaient beaucoup évolué par rapport aux années 70. Présent également dans la salle, Alain Gaubert, Maire de St bonnet Tronçais, un ardent partisan du non cumul des mandats et qui l'a fait savoir avec passion lors de son intervention.

Au final, cette soirée était de haute tenue. De celles que savent organiser les militants socialistes lorsqu'il s'agit de débattre sur les grands principes de la société. Mais ne serait-il pas temps de mettre ces derniers en pratique, maintenant que le PS dispose de tous les leviers du pouvoir ? C'est  notamment la question que l'on est en droit de se poser à propos du non cumul des mandats qui figurait dans son programme et dont le projet de loi n'a toujours pas été présenté à l'assemblée nationale. Or, concluait Eric de Montgolfier qui semblait ne plus se faire d'illusion : "l'expérience démontre que les engagements qui ne sont pas tenus dans les 6 premiers mois, ne le sont pas dans la suite du mandat". Espérons que pour cette fois, il se soit trompé.

 

Ethique et conflits d'intérêt : Un débat pour la démocratie.
Tag(s) : #Montluçon

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