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mardi 24 août 2010, par Olivier Bonnet

La voilà, la propagande des dominants, dans sa plus pure expression, voilà le discours de ces ennemis de classe, arc-boutés sur leur privilèges et déféquant sur le peuple, qu’il ne leur suffit donc pas d’exploiter, de toute la hauteur de leurs titres et qualités, avec une morgue insupportable. Lisez donc cette phrase qui nous a littéralement ulcéré, citée dans la revue de presse de RFI du 21 août, sous la plume du directeur adjoint de la rédaction (Economie) du Figaro, Gaëtan de Capèle : "entre la réforme des retraites, le rabotage des niches fiscales, le gel du salaire des fonctionnaires et la baisse des dépenses d’intervention et de fonctionnement de l’Etat, il y a de quoi mécontenter beaucoup de monde dans un pays drogué à la dépense publique où l’on accepte les sacrifices que lorsque ils concernent les autres. Et il ne faudra pas compter sur un sursaut de responsabilité de la gauche et des syndicats pour accompagner cet effort de redressement."

Est-ce donc se montrer responsable que dire amen à la spoliation de la collectivité au profit de quelques-uns ? La vocation de la gauche et des syndicats n’est-elle pas justement de défendre ceux qui souffrent ? Et la classe des privilégiés les accepte-t-elle, les sacrifices ? Pensez-vous, tout lui est dû ! Pour mieux se goinfrer, elle les impose constamment au petit peuple, tout en s’offusquant, comme par la voix de ce journaliste bien mis à particule, que celui-ci grince des dents ! Ainsi que nous l’écrivions dans notre billet du 10 août, pour vitupérer la Déclaration ouvertement xénophobe du porte-parole du parti présidentiel, Frédéric Lefebvre, qui fabrique le bouc-émissaire de l’étranger pour mieux taire la question sociale, la confiscation des richesses par une infime minorité n’est pas pas une vue de l’esprit ni un fantasme gauchiste : "Le 1% des ménages qui gagne le plus en France a vu ses revenus augmenter plus vite que les autres entre 2004 et 2007 car les revenus du capital ont crû davantage que ceux du travail, révèle une étude publiée vendredi par l’Insee, qui décèle une hausse des inégalités, rapportait par exemple en avril dernier le site d’information économique In Business. L’Institut national de la statistique et des études économiques s’est penché sur les «  très hauts revenus  », le 1% de la population qui déclare le plus au fisc." Que chouchoute l’UMP, mais son porte-parole du Figaro Capèle n’en dit mot ! "En 2007, cela correspondait à des revenus dépassant 84 500 euros par an pour une personne seule, 177 400 euros pour un couple avec deux jeunes enfants. «  Entre 2004 et 2007, les revenus moyens des très hauts revenus ont augmenté plus rapidement que ceux de l’ensemble de la population  », observe l’Insee. Cela s’explique notamment par l’origine de leurs revenus. Au sein de la population générale, 99% des ménages perçoivent des revenus d’activité ou de remplacement, 40% des revenus du patrimoine (actions, obligations, foncier…) et 2% des revenus exceptionnels (plus values, dividendes…). Parmi les très hauts revenus, ces proportions sont respectivement de 99%, 93% et 27%. Autrement dit, «  la quasi-totalité des très hauts revenus perçoit à la fois des revenus d’activité et des revenus du patrimoine  ». En moyenne, les revenus de ce 1% de privilégiés sont pour les deux tiers des revenus du travail (revenus d’activité) et pour un tiers des revenus du capital (revenus du patrimoine et exceptionnels). Or, entre 2004 et 2007, les revenus d’activité ont augmenté en moyenne de 11% tandis que les revenus du patrimoine montaient en flèche (+46%) et que les revenus exceptionnels s’envolaient (+55%). Dans cette période, les ménages à très hauts revenus ont capté 12% de la croissance des revenus, selon l’Insee. Selon l’institut, la part de revenu qu’ils détiennent a augmenté de 9% sur cette période. Dans le même temps, les neuf premiers déciles (90% de la population, ceux qui déclarent moins de 35 700 euros par an pour une personne seule) ont vu leur part de revenu baisser de 1%. L’Insee y voit une « augmentation des inégalités par le très haut."

Est-ce suffisamment clair ou faut-il traduire ? Avec l’UMP, c’est toujours plus pour 1% des Français, les riches, et toujours moins pour... 90% des autres ! Et Capèle applaudit, osant prétendre que "l’on accepte les sacrifices que lorsque ils concernent les autres". Mais qui donc est protégé par le bouclier fiscal ? Le ci-devant journaliste du Figaro a-t-il des soucis pour boucler ses fins de mois ? Risque-t-il de se trouver embarqué dans la spirale de la précarité puis de la misère ? Mourra-t-il prématurément, goûtant à peine à sa pauvre retraite, usé par des dizaines d’années d’un travail pénible ? Non, évidemment. C’est bien pour cela qu’il se permet, en bon valet du sytème qui institutionnalise de scandaleuses inégalités, de venir donner la leçon au peuple sur les nécessaires sacrifices à consentir... Sa phrase nous en rappelle une autre, à vomir elle aussi, signée Claude Imbert, éditorialiste du Pointdans sa livraison du 1er juillet dernier : "Cette France qui dit non et qui peut mettre, en quelques jours, tout le pays à genoux, le pouvoir n’en parle jamais mais y pense toujours. Il sait depuis longtemps qu’avec ses dents rentrantes de brochet elle ne dégorgera pas sans hurler les avantages exorbitants que la démagogie lui consentit".Des animaux, voilà comment Imbert perçoit ceux qui refusent de se laisser toujours davantage ponctionner ! "Avantages exorbitants", "démagogie" ? Mais au nom de quelle légitimité les possédants amasseraient-ils toujours plus et l’immense majorité seraient-elle précipitée vers le dénuement ? Imbert ne se donne même pas la peine de le justifier. Sans doute pour lui est-ce l’ordre des choses. Une position qui n’est pas sans rappeler celle de l’aristocratie avant la nuit du 4 août 1789. Les privilèges alors abolis ont été rétablis sous une autre forme, qui n’a certes plus rien à voir avec la noblesse mais se transmet toujours de façon héréditaire. A coups d’allègements d’impôts et d’exonération des droits de succession, la droite - avec la complicité de la "gauche" social-démocrate à la DSK - a fini par avoir la peau du système de redistribution des richesses. Si bien qu’une nouvelle révolution est aujourd’hui nécessaire, dont l’éventualité fait trembler nos zélés propagandistes du Figaro ou du Point, qui défendent leur indigne modèle social avec un immense mépris pour la plèbe. Parce qu’au fond, ils savent bien que le syndicaliste Xavier Mathieu, héros de la lutte des "Conti", a raison lorsqu’il affirme : "Sur les retraites, la fonction publique, le privé, il est temps, une bonne fois pour toutes, qu’on y aille tous ensemble. Qu’on y aille tous ensemble, dans la rue, c’est ce qui leur fait peur. On est quarante millions de travailleurs, on est pas des faibles, on est bien plus puissants que n’importe quelle armée". "Avec ses dents rentrantes de brochet [la France qui dit non] ne dégorgera pas sans hurler les avantages exorbitants que la démagogie lui consentit"... Le plumonaute qui nous avait alors alerté sur l’hallucinante violence de cette saillie, Chris, s’était fendu d’une réponse sous l’article : "Un peu plus de respect la prochaine fois pour un peuple qui se lève tôt, paie ses impôts, travaille d’arrache pieds pour enrichir à 15% les actionnaires au-delà de toute mesure, a multiplié par trois la productivité française depuis 45 ans pour des salaires de misère et va même jusqu’à renflouer les banques qui parasitent l’économie et nous poussent à nouveau vers l’abîme ! Ne restez pas assis quand vous insultez les salariés et le peuple français. Levez-vous, ça vous donnera meilleure figure quand vous aurez ce même peuple bien en face." Notons pour ne pas l’oublier : bien penser à tondre les Capèle et autres Imbert à la Libération !

Août 2010, par Olivier Bonnet

Le lien vers plume de presse :

http://www.plumedepresse.net/spip.php?article1483

Gaëtan de Capèle : la voix de l’ennemi de classe
Tag(s) : #La Presse

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